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" Non, le Tribunal Monsanto n'est pas une mascarade ! "

Publié Le 14 Octobre 2016 à 16h04
 
Le Tribunal Monsanto se tient à La Haye aux Pays-Bas du 14 au 16 octobre. L'objectif du Tribunal est de livrer une opinion juridique sur les dommages sanitaires et environnementaux causés par la multinationale Monsanto - la firme emblématique de l'agrochimie mondiale - qui est jugée pour violations des droits humains, pour crimes contre l'humanité et pour écocide. Monsanto dénonce dans une lettre ouverte "une parodie de procès" et une "mascarade". Voici la réponse du Tribunal Monsanto.
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Le Tribunal Monsanto est une mobilisation...
Le Tribunal Monsanto est une mobilisation internationale de la société civile pour juger Monsanto pour violations des droits humains, pour crimes contre l'humanité et pour écocide. Il se tient du 14 et 16 octobre 2016 à La Haye, aux Pays-Bas. Ici sur la photo, Renate Künast, ambassadeur du Monsanto Tribunal.

Dans une lettre ouverte publiée le 4 octobre 2016, Monsanto, évoque "une parodie de procès" orchestré par "des dénigreurs de la technologie en agriculture", "des groupes d'activistes", et dont l'objectif est de "détourner l'attention de discussions essentielles sur les besoins en alimentation et en agriculture du monde entier".

"Cette mise en scène est une mascarade organisée et soutenue par la Fédération internationale des mouvements d'agriculture biologique (International Foundation for Organic Agriculture, IFOAM) - une instance qui chapeaute les organisations d'agriculture bio et leurs associés tels que Navdanya et bien d'autres qui s'opposent fondamentalement à l'agriculture moderne" explique Monsanto dans sa lettre ouverte.

"Nous mettons un point d'honneur à écouter et à engager un dialogue constructif. Nous ne nous dérobons pas" précise la firme... qui annonce ensuite "nous ne prendrons pas part à ce procès".

A noter : la lettre de Monsanto est écrite "au nom du Comité directeur pour les droits de l'Homme de Monsanto"

Lire la lettre ouverte de Monsanto sur le site www.monsanto.com.

Voici la réponse du Comité du Tribunal Monsanto, écrite à La Haye et publiée le 14 octobre 2016 :

"Monsanto vient de publier une lettre ouverte que nous avons lue avec attention. Monsanto a été convié au tribunal, mais a décliné notre proposition. Nous constatons que Monsanto a préféré s'exprimer par le format d'une " lettre ouverte " qui ne permet ni le débat, ni la contradiction.

A défaut de l'accueillir vendredi 14 octobre à La Haye, ce que nous déplorons, nous souhaitons répondre à la lettre ouverte de Monsanto.

Le Tribunal Monsanto est une mobilisation internationale de la société civile. Cinq éminents experts seront amenés à juger l'entreprise Monsanto, multinationale spécialiste de l'agro-industrie plus connue pour sa production intensive d'herbicides Round Up et de semences OGM.

Ce tribunal citoyen n'est pas une " parodie " comme le prétend Monsanto, et c'est d'ailleurs bien peu de respect accordé aux victimes de l'agro-industrie intensive que de faire croire à une plaisanterie. D'ailleurs, la réponse de Monsanto à notre initiative montre bien l'enjeu très sérieux qui se jouera pendant ce tribunal. De vrais juges vont instruire le dossier en s'appuyant sur le droit actuel, c'est-à-dire civil, puisqu'il n'est pas possible aujourd'hui de poursuivre une entreprise au pénal pour des crimes contre l'environnement.

Avec ce procès, nous espérons que les juges pourront faire des recommandations à la Cour pénale internationale pour faire évoluer le droit. Ce n'est ni une mascarade, ni une mise en scène comme veut le faire croire Monsanto. Notre objectif est de fournir de vrais instruments juridiques à la société civile, aux peuples, aux états, pour juger les crimes contre la terre et ainsi faire reconnaître auprès d'instances internationales, le crime d'écocide, au même titre que le crime de guerre ou le crime contre l'humanité.

Nous pensons que si le crime d'écocide est reconnu, cela permettra de poursuivre au pénal des dirigeants de multinationales qui en sont coupables. Nous pensons que si le dirigeant de Monsanto ou Bayer sait qu'il risque la prison quand il vend des produits dangereux pour l'environnement, il y réfléchira différemment. Aujourd'hui, seules des sanctions financières sont possibles alors que ces multinationales disposent de moyens colossaux qui leur permettent de polluer impunément.

Monsanto pense qu'en déclarant qu'il oeuvre pour l'alimentation, pour l'environnement, pour la biodiversité et pour les droits de l'Homme, qu'en nommant un Président, Comité directeur pour les droits de l'Homme, une Directrice des Droits de l'Homme ou un Bureau de la Durabilité, ils pourront s'exonérer de leurs responsabilités. Alors, nous nous demandons... où se situe la " mise en scène " ou la " mascarade ", pour reprendre les termes employés par Monsanto dans sa lettre ouverte.

Aujourd'hui, 1/3 des gaz à effet de serre sont dus à l'agro-industrie promue par le modèle de Monsanto. Un modèle également responsable de l'épuisement des sols et des ressources en eau, de l'extinction de la biodiversité et de la marginalisation de millions de petits paysans.

Des témoignages venant du monde entier viendront étayer ces faits. Aujourd'hui, Monsanto provisionne des sommes faramineuses pour faire face à des sanctions au civil. Ces condamnations sont peu connues, les sanctions financières représentent une goutte d'eau par rapport aux moyens provisionnés par la firme.

Nous souhaitons, à travers ce tribunal, faire connaître la réalité des faits et il est dommage que Monsanto ne vienne pas apporter des éléments de contradiction malgré notre appel.

La posture de Monsanto dans sa lettre ouverte est par ailleurs assez surprenante... alors que des populations entières sont menacées, alors que la terre est agressée, Monsanto veut faire croire à l'ensemble de la communauté internationale que c'est lui qui est attaqué. Et quelle est sa réponse ? Il retourne habilement nos arguments en expliquant qu'il défend les agriculteurs, qu'il est du côté des paysans, qu'il est l'avenir et le progrès, quand nous sommes, le passé... d'un autre temps.

Mais la réalité est tout autre, et nous pensons que le monde est mûr pour l'entendre. Il suffit de regarder ce qui se passe sur notre planète pour voir très nettement l'évolution des mentalités et des aspirations, tant en terme de consommation qu'en prise de conscience que notre destin est intimement lié à notre environnement.

D'abord, Monsanto n'aide pas les agriculteurs comme il veut le faire croire.

- Il profite de la misère des peuples,
- il avilie les agriculteurs,
- il détruit les terres durablement en les enfermant dans un cercle vicieux où la surenchère
chimique fait foi.

Monsanto est dangereux, et l'enjeu est planétaire.

Ensuite, Monsanto n'est pas l'avenir, comme nous ne sommes pas le passé

- travailler sur du rendement à court terme pour générer plus de marge, n'est pas l'avenir
- au contraire, penser notre développement en respectant la terre et les hommes, pour donner aux générations futures de quoi se nourrir sainement et durablement, il nous semble que c'est ça... l'avenir !

Notre tribunal est une tribune. Il nous permet de lutter contre un lobby très puissant qui use de toutes les stratégies pour se développer au détriment de tout bon sens et de toute vision d'avenir, à part celle du profit, sans considérer la préservation de la vie sous toutes ses formes.

Alors, oui, nous souhaitons répondre à la lettre ouverte de Monsanto, et nous savons que ni les media, ni les acteurs publics, ni les agriculteurs, ni les peuples, ne se laisseront tromper par les tactiques de Monsanto, car nous avons une conviction, celle que nous sommes enfin prêts pour agir. Notre tribunal doit permettre de faire reconnaître l'écocide : le crime contre la terre. Et nous comptons sur l'ensemble des parties prenantes pour faire passer ce message d'avenir."

Le Comité d'Organisation du Tribunal Monsanto

Pour trouver toutes les informations sur le Tribunal Monsanto et suivre les audiences en direct, rendez-vous sur le site fr.monsantotribunal.org.

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