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A Fukushima, la gestion de crise est toujours aussi périlleuse

Publié Le 13 Décembre 2011 à 18h44
 
L'actualité de Fukushima se perd aujourd'hui dans le flot quotidien d'informations sur la crise, la dette, les scandales politico-financiers, les guerres et autres élections présidentielles... Pourtant, entre déversements d'eaux radioactives dans l'océan Pacifique et contaminations alimentaires, les gros titres ne devraient manquer.

La crise alimentaire prend de l'ampleur

La semaine dernière, un nouvel aliment est venu s'ajouter à la longue liste de produits radioactifs déjà établie dans nos précédents articles. Il s'agit du lait en poudre pour bébés du fabricant de produits alimentaires japonais Meiji Steppu. Il a en effet détecté du césium radioactif dans plusieurs échantillons de ce produit.

Alors que la norme provisoire autorisée par le gouvernement japonais est de 200 becquerels, il a ainsi été mesuré jusqu'à 31 becquerels par kilogramme de césium 134 et 137 dans de la poudre de lait. "Le niveau mesuré n'est pas tel qu'il puisse avoir des conséquences sur la santé," a indiqué le groupe qui a fort heureusement privilégié le principe de précaution en ajoutant étrangement que "compte tenu du fait que le lait est un aliment essentiel pour les enfants, nous proposons aux clients qui ont déjà acheté des boîtes de les échanger"... Environ 400.000 boîtes de lait ont ainsi été rappelées.

Dans le doute (ou par crainte de la catastrophe sanitaire ?!), le ministère de la Santé s'apprête à modifier les plafonds de teneur en éléments radioactifs pour les catégories d'aliments destinés aux enfants. Maintenant que les boîtes ont été vendues, il est effectivement temps de réagir.

Eaux radioactives : les stocker dans les sols ou l'océan ?

L'actualité à Fukushima c'est aussi la gestion de milliers de tonnes d'eau accumulées sur le site Fukushima Daiichi du fait des arrosages destinés à refroidir les réacteurs, suite à l'accident nucléaire survenu le 11 mars dernier.

Si une partie de ces eaux, une fois traitées, sont réutilisées pour refroidir la centrale accidentée, de volumineux excédents s'accumulent dans des réservoirs extérieurs, à ciel ouvert. Que faire de toutes ces eaux contaminées quand, comme l'affirme le gouvernement japonais et l'exploitant Tepco, les réservoirs viennent à manquer ?

En début de semaine dernière, Tepco faisait donc part de son un projet de rejeter dans l'océan Pacifique de l'eau " faiblement " radioactive, car selon lui, la limite de ses capacités de stockage devrait être atteinte d'ici mars prochain. Le projet a bien entendu scandalisé les pêcheurs japonais qui considèrent que ces rejets augmenteront les risque de contamination des ressources marines et seront un nouvel argument de méfiance pour les consommateurs. Prenant acte de la forte opposition des pêcheurs, le gouvernement japonais s'est opposé à un tel déversement et le directeur général de TEPCO, Junichi Matsumoto, a évoqué vendredi la construction de nouveaux réservoirs.

Mais en réalité, Tepco a déjà déversé dans le Pacifique plus de 10.000 tonnes d'eau, qu'il qualifie lui-même de "faiblement radioactive". La version officielle est que ces rejets auraient été largement dispersés et qu'ils ne présenteraient aucune menace pour l'homme et la biodiversité marine. La version officieuse quant à elle, personne ne la connaît encore.

C'est pourquoi, au Japon et dans le reste du monde, les consommateurs redoublent de vigilance.

Olivia Montero