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Agriculture biologique : le gouvernement supprime des aides

Publié Le 28 Septembre 2017 à 16h05
 
L'Etat se désengage des aides accordées aux producteurs bio à l'issue de la période de conversion, en reconnaissance de leur effort en faveur de l'environnement. C'est ce qu'a annoncé le ministre de l'agriculture le 20 septembre. Et cela, alors que les producteurs bio attendent encore les aides de la Politique agricole commune (PAC) de la campagne 2015.
Stéphane Travert, ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation, a annoncé le 20 septembre que l'Etat ne participerait plus aux aides au maintien de l'agriculture biologique.

 

L'agriculture biologique profite bien peu des aides publiques et la situation va en s'aggravant. Le ministre de l'agriculture Stéphane Travert a annoncé le 20 septembre que l'Etat ne participerait plus aux aides au maintien. Ces aides modestes, obtenues il y a quelques années de haute lutte, étaient une reconnaissance des effets positifs pour l'environnement -et notamment pour l'eau- de ce mode de production sans pesticide chimique ni engrais de synthèse. Elles étaient accordées à la fin des trois ans de conversion.  " C'est au marché de soutenir le maintien de l'agriculture biologique car la demande est là ", a estimé le ministre au salon Tech et Bio à Bourg-lès-Valence (Drôme).

Depuis quelques années, il revient aux régions de distribuer les aides au maintien. Mais toutes les régions n'ont pas le même engagement en faveur de l'agriculture biologique et certaines y rechignent. Désormais, " Les régions pourront continuer de financer des aides au maintien sur de nouveaux contrats mais elles devront le faire en responsabilité et sans mobiliser les crédits du ministère ", a averti le ministre. Le paiement de ces aides par l'Etat s'arrêtera de manière brutale fin 2017. Quant aux régions, dont les crédits sont en baisse, il n'est pas sûr qu'elles prennent le relais sur leur fonds.

Des aides modestes mais qui complètent des revenus modestes

La suppression des aides au maintien est en rupture avec les annonces du gouvernement précédent qui les avait au contraire renforcées. Elles allaient de 35 €/ha/an à 600 €/ha/an, sachant que la plupart des exploitations bio sont de petites tailles. En maraichage par exemple, où les aides atteignent 600 €/ha/an, la taille des exploitations dépasse rarement 5 hectares. Cependant, elles sont appréciées dans le monde agricole où les revenus sont de plus en plus modestes. Un tiers des agriculteurs vit avec moins de 350 € par mois, selon la Mutualité sociale agricole (l'équivalent de la sécurité sociale pour l'agriculture).

La décision du ministre révèle un manque de réflexion profond sur l'avenir de l'agriculture biologique. Supprimer les aides au maintien bio pour ne plus soutenir que les conversions envoie un signal désastreux aux paysan-nes : l'Etat vous abandonnera dès votre conversion achevée, et débrouillez-vous seul pour faire face à la pression sur les prix ", estime le syndicat Confédération Paysanne.

En revanche, le ministre s'est dit prêt à accompagner le développement de la filière bio, notamment la transformation et la distribution des aliments. Il attend des Etats généraux de l'alimentation qu'ils élaborent des propositions en ce sens.

Il s'est également engagé une nouvelle fois à régler aux producteurs bio les paiements des aides de la politique agricole commune (PAC) des années passées. Les paiements devraient intervenir en 2017 pour la campagne 2015 et en 2018 pour la campagne 2016. Soit avec deux ans de retard. Voilà qui est bien peu encourageant pour ceux qui hésitent à s'engager en bio.

Anne-Françoise Roger