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Agriculture : la France veut interdire un nouvel engrais moins polluant

Publié Le 10 Août 2011 à 13h30
 
Depuis le mois de juin, le gouvernement français a demandé aux agriculteurs de cesser l'utilisation du phosphite, une substance beaucoup moins polluante que les produits phytosanitaires utilisés habituellement. L'incompréhension règne dans le milieu agricole.

Pour certains producteurs de fruits et légumes, la pillule ne passe pas. Le ministère de l'Agriculture, sous un prétexte règlementaire, désire interdire l'utilisation du Sémafort, une substance beaucoup plus respectueuse de l'environnement que les produits phytosanitaires chimiques employés quotidiennement.

Des messages contradictoires adressés aux agriculteurs bio

Ce mélange fait à base d'algues, d'extraits végétaux et de produits nutritifs est censé renforcer les défenses naturelles des plantes avec un impact moins toxique sur l'environnement que les substances conventionnelles. Il est encore peu présent sur le territoire français hormis Alsace où un groupement de 460 producteurs dénommé "Planète légumes", le teste avec succès depuis 2007

La mise en garde du ministère de l'Agriculture adressée en juin aux producteurs concernés, soulignait que les produits contenant des phosphites (composés d'acide
phosphoreux) ne peuvent être commercialisés qu'en tant que "produits phytopharmaceutiques"
. S'ils le sont en tant qu'engrais - c'est le cas du Sémafort en France- ils doivent être "retirés du marché sans délai."

Mais le dilemme est de taille pour les maraîchers de l'Est : depuis les nouvelles réglementations voulues par le Grenelle de l'Environnement, tous les agriculteurs doivent s'orienter vers des modes de cultures plus écologiques et diviser par deux leur consommation de produits phytosanitaires, d'ici à 2018.

L'Allemagne continue d'utiliser ce produit

Les agriculteurs sont d'autant plus en colère, que le produit reste autorisé dans certains pays européens, dont l'Allemagne qui est à l'origine de sa fabrication. "Cela crée une distorsion supplémentaire entre la France et l'Allemagne", explique Fabien Digel, directeur de Planète légumes. "Les Allemands ont plus d'armes pour lutter contre les parasites, car beaucoup de produits autorisés chez eux ne le sont pas en France." Certains maraîchers sont déjà mobilisés pour contrer cette concurrence déloyale.

Un expert du ministère a expliqué la décision controversée à l'AFP : "Nous n'avons aucune opposition de fond à l'usage des phosphites, qui sont d'ailleurs autorisés au niveau européen. Simplement, tout produit à base de phosphites ne peut être commercialisé que s'il a obtenu une autorisation de mise sur le marché."

Problème : l'autorisation qui peut s'avérer longue et coûteuse, est, selon Fabien Diget, "hors de portée" du fabriquant du Sémafort. Les agriculteurs bio ne semblent pas au bout de leurs peines.

Alicia Muñoz