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Batho et Montebourg jouent les "VRP du nucléaire"

Publié Le 30 Janvier 2013 à 12h25
 
Mardi 29 janvier, lors d'un déplacement en Bourgogne à l'usine Vallourec et à l'occasion d'une réunion du Comité stratégique de la filière nucléaire (CSFN) et en présence de Henri Proglio, Président-Directeur général d'EDF, les ministres Arnaud Montebourg (redressement productif) et Delphine Batho (Ecologie et énergie) ont annoncé la création d'un Fonds de modernisation des entreprises nucléaires de 133 millions d'euros.
Arnaud MONTEBOURG, ministre du Redressement productif et Delphine BATHO, ministre de l'Écologie, du Développement durable et de l'Énergie, ont présidé mardi 29 janvier sur le site de l'usine Valinox à Montbard (Côte d'Or) le Comité Stratégique de la Filière Nucléaire (CSFN), en présence de Henri Proglio, Président-Directeur général d'EDF, vice-président du CSFN.

Le " contrat de filière " annoncé lors de cette réunion comprend des mesures destinées à inciter les jeunes à se tourner vers les métiers du secteur nucléaire, à soutenir l'innovation, à accompagner la transition énergétique, et à renforcer la cohésion de la filière pour conquérir des marchés à l'export. L'État et les industriels se mobiliseront pour faire connaître ces métiers auprès des jeunes et maintenir l'excellence de l'offre de formation.

Le gouvernement a en effet pour objectif de mettre en valeur la filière nucléaire en France et de permettre de promouvoir l'offre de la filière française notamment à l'international. Ainsi, "pour faire émerger nos futures " pépites " et financer leur développement, l'État et les principaux industriels de la filière ont créé ce jour le " fonds de modernisation des entreprises nucléaires ", doté de 133 millions d'euros dont 50 millions dotés par la BPI, à travers le Fonds Stratégique d'Investissement" a précisé le ministère de l'Ecologie dans un communiqué.

Malgré la volonté du gouvernement de réduire son poids dans le système énergétique français, le nucléaire continuera ainsi à jouer un rôle important en France. Ce soutient officiel de l'Etat à l'atome crée aujourd'hui la colère des écologistes et des ONG anti-nucléaire.

Pour EELV, allié du PS, ce fonds n'est ainsi qu'une "oeillade aux grandes entreprises du nucléaire et à leur lobby, décidément puissant".

"Encore une fois, les deux ministres se posent en VRP du nucléaire, apportant un soutien à une énergie du passé au mépris des enjeux énergétiques actuels" a encore protesté dans un communiqué le Réseau Sortir du Nucléaire.

"Ce soutien d'Arnaud Montebourg et Delphine Batho se situe dans le droit fil de leurs nombreuses déclarations d'amour à l'atome exprimées ces derniers mois. Aveuglé sans doute par la forte présence d'entreprises nucléaire dans son fief électoral bourguignon, le ministre n'a d'yeux que pour une énergie en déclin dans le monde, qu'il cherche à porter à bout de bras au prix d'un favoritisme scandaleux. Quant à Delphine Batho, sa priorité en tant que ministre de l'environnement devrait être de voler au secours de la filière des renouvelables, qui a perdu plus de 15 000 emplois ces dernières années du fait d'un manque de soutien gouvernemental, et d'aider la France à rattraper son retard en ce domaine. Mais assurément pas d'apporter son appui à une filière industrielle dangereuse et polluante !" a protesté le Réseau Sortir du Nucléaire.

Une bien curieuse façon de réduire la part du nucléaire

Selon Arnaud Montebourg, ce Fonds de 133 millions d'euros permettrait de créer près de 110 000 emplois, soit presque autant que le nombre d'emplois direct dans le nucléaire actuellement. Pour le réseau Sortir du Nucléaire, "ce soutien à la filière montre bien le peu de cas que le gouvernement accorde à l'objectif affiché de réduire la part du nucléaire à 50% d'ici 2025. Il s'agit là d'aider les entreprises du nucléaire à se perpétuer et à grossir, alors que la priorité d'une "transition énergétique" sérieuse serait de préparer l'incontournable reconversion des travailleurs du nucléaire. Encore une fois, des décisions lourdes de conséquences, qui aboutissent à structurer sur le long terme les orientations industrielles, sont adoptées alors même qu'un débat sur l'avenir énergétique de notre pays est en cours. Ceci montre bien le caractère d'alibi de cette procédure, qui n'empêche pas le gouvernement de prendre les décisions qu'il souhaite en matière de politique énergétique."

Un soutien qui ne règlera pas les problèmes de sûreté

C'est un fait : la sûreté nucléaire, aujourd'hui, ne fait que se dégrader. Les travailleurs du nucléaire font état des conséquences désastreuses d'une politique de rentabilité à tout prix. Mais on peut douter que la création de ce fonds change quoi que ce soit aux risques de cette industrie intrinsèquement dangereuse, surtout s'il ne s'agit que de soutenir des PME "prometteuses" sans remettre en question le système de la sous-traitance en cascade et les dégâts qu'elle engendre.

Christina Vieira

Un article illustré par une photo de Alain Bollery avec son aimable autorisation. Lire son article : ARNAUD MONTEBOURG : "Le nucléaire, c'est l'assurance de l'avenir industriel de la France"