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Boom des conversions en agriculture bio : les aides ne suivent pas

Publié Le 2 Mai 2016 à 15h28
 
Les agriculteurs français sont de plus en plus nombreux à se tourner vers l'agriculture biologique... mais les aides à la conversion ne suivent pas.

 

En 2015, le nombre d'hectares cultivés en France en agriculture biologique était de 1,3 million. Un chiffre en hausse de 17% par rapport à l'année précédente avec 200 000 nouveaux hectares en conversion.

L'année 2016 promet d'être plus spectaculaire encore, particulièrement dans le secteur laitier ! Selon l'Agence bio et le Centre national de l'industrie laitière (Cniel), 20 exploitations se tournent vers la bio chaque mois depuis novembre 2015, soit deux fois plus que sur l'ensemble de l'année écoulée.

" Sur les deux ou trois derniers mois, il y a autant de producteurs à accompagner que sur toute l'année 2015. Ce que l'on vit est inédit ", déclare Stéphanie Pageot, présidente de la Fédération nationale de l'agriculture biologique (FNAB). Et l'ampleur du mouvement devrait s'accentuer au mois de mai car c'est l'époque où les éleveurs décident en général ce type de changement ! La Fnab s'attend à un véritable boom des demandes de conversions.

Trop de demandes de conversions et pas assez d'aides

La forte progression de la consommation et donc de la demande de produits bio, la volonté de protéger l'environnement et de proposer des produits sains, mais surtout les crises qui touchent le secteur agricole... sont autant de raisons qui poussent aujourd'hui les agriculteurs conventionnels à se tourner vers le bio. Problème : les aides à la conversion ne suivent pas.

Il faut savoir que les agriculteurs qui veulent passer en bio peuvent bénéficier le temps de la conversion (3 ans) d'un accompagnement technique et financier financé par Bruxelles (à hauteur de 75%) et par l'Etat français (à hauteur de 25%). Bruxelles ne verse les aides que si la France participe. Or la France peine à dégager les fonds. Aussi, le budget européen des conversions n'est pas utilisé en totalité. L'enveloppe moyenne de 160 millions d'euros par an sur la période 2015-2020 n'a été consommée qu'à hauteur de 130 millions d'euros l'an dernier. Alors même que cette enveloppe est sous-dimensionnée car elle a été calculée sur un rythme de conversions beaucoup plus modeste, datant d'avant 2015. Selon la Fnab, les besoins pour en 2016 sont d'au moins 230 millions d'euros pour coller au rythme de croissance de la consommation de produits bio qui est supérieur à 10% par an.

Les régions tiraillées entre agriculteurs bio et agriculteurs conventionnels

" Nous avons un problème, c'est un vrai sujet. Il est question d'un réajustement des aides en accord avec la dynamique constatée ", a reconnu le ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll lors du Séminaire de l'Agence Bio le 3 mars 2016. Il incite ainsi aujourd'hui, non sans peine, les régions chargées de distribuer les 25% d'aides, à trouver des solutions. Déjà très sollicitées par les agriculteurs conventionnels en crise quasi-permanente, certaines d'entre elles (PACA, Midi-Pyrénées-Languedoc-Roussillon...) ont imaginé une solution : pour aider les conversions, elles cesseraient de verser les (modestes) " aménités " environnementales et sociales aux agriculteurs déjà labellisés bio, données en raison de leurs efforts en faveur de l'environnement et de l'emploi... Les régions pourraient ainsi choisir de favoriser les conversions en bio... tout en pénalisant les agriculteurs bio déjà installés. Et cela même alors que Stéphane Le Foll a confié la mission à l'Institut technique de l'agriculture biologique (ITAB) et l'Institut national de la recherche agronomique (INRA) d'évaluer ces aménités d'ici juin 2016 afin de mieux les rétribuer à travers la future Politique Agricole Commune pour la période 2020-2025.

Anne-Françoise Roger


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