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Bruxelles réautorise le glyphosate pour cinq ans

Publié Le 28 Novembre 2017 à 09h04
 
Le glyphosate, matière active de nombreux herbicides dont le RoundUp de Monsanto, a été ré-autorisé le 27 novembre 2017 pour cinq ans. Cette décision soulève la colère des ONG et des députés européens qui se sont mobilisés pour son interdiction. Malgré tous les éléments scientifiques connus aujourd'hui, malgré les manoeuvres dévoilées de Monsanto et la forte implication des citoyens européens, la Commission européenne a maintenu sa position.
Malgré tous les éléments scientifiques connus aujourd'hui, malgré les manoeuvres dévoilées de Monsanto et la forte implication des citoyens européens, la Commission européenne réautorise le glyphosate pour cinq ans.

 

Le glyphosate, matière active de nombreux herbicides dont le fameux RoundUp de Monsanto, a été réautorisé pour 5 ans. Rien n'y aura fait : ni la classification de la molécule en cancérogène probable par le Centre international de recherche contre le cancer (CIRC), ni les "Monsanto Papers" qui ont révélé la fraude scientifique dont la firme s'est rendue coupable, ni la pollution généralisée des eaux et des aliments, ni les témoignages des victimes de par le monde.

La commission européenne a obtenu la majorité qualifiée avec 18 pays en faveur de cette décision. Pour cela, elle a consenti à ramener la durée de réautorisation de 15 ans à 5 ans. Tout en sachant qu'elle peut très bien recommencer dans cinq ans. Et même si l'UE décidait enfin d'interdire cette molécule en 2022, le règlement européen sur les pesticides donne aux distributeurs le droit de vendre les produits qui viennent d'être interdits pendant 6 mois à 2 ans pour éliminer leurs stocks. Puis les agriculteurs ont encore le droit pendant un an d'écouler leur propre stock. Ce qui fait dire aux députés européens Eric Andrieu et Marc Tarabela : " on est reparti pour 8 ans minimum de glyphosate ! ".

" Non-assistance à citoyens en danger "

" En accordant un sursis supplémentaire à Monsanto, Bayer et compagnie, la Commission européenne balaie le principe de précaution et la santé du revers de la main, de même que la voix des millions de citoyens qui ne veulent plus de l'herbicide le plus controversé de la planète ", s'insurgent les ONG Générations Futures, Foodwatch et la Ligue contre le cancer.

" Lorsqu'il y a un doute, une controverse, en tant que responsables politiques, nous nous devons d'appliquer le principe de précaution " et donc mener le glyphosate " vers une interdiction définitive ", soulignent Marc Tarabella et Eric Andrieu. Ils accusent les 28 États membres de " non-assistance à citoyens en danger ".

Ils ajoutent : " Nous demandons à ce que la décision concernant le renouvellement de l'approbation du glyphosate soit fondée sur des résultats scientifiques crédibles et indépendants et non sur des copiés-collés d'études biaisées, fournies par l'industrie. La Commission européenne doit arrêter sa politique de l'autruche, en se réfugiant derrière ses agences, et assumer enfin ses responsabilités ! Censée être garante de l'intérêt général européen, force est de constater qu'elle se comporte davantage comme le dernier lobby des grandes multinationales ! "

Arunas Vinciunax : " Le meilleur système mondial de sécurité alimentaire "

La commission européenne semble très loin de partager le point de vue des citoyens et des élus. Alors que les ONG se disent " scandalisées " par la décision prise, le chef de cabinet du commissaire européen à la santé et à la sécurité alimentaire, Arunas Vinciunax, a écrit le tweet suivant à leur sujet : " quelques activistes financés de manière obscure n'ont pas réussi à détruire le meilleur système mondial de sécurité alimentaire ".

De tels propos seraient compréhensibles venant d'un employé de Monsanto mais pas d'un chef de cabinet européen en charge de la sécurité de 743 millions de personnes. Quel manque de considération pour le million d'européens (1,3 exactement) qui a signé l'initiative citoyenne européenne demandant l'interdiction du glyphosate, pour près de 80% des Français qui se sont prononcés pour la même interdiction, pour les 34 organisations françaises qui appellent Emmanuel Macron à interdire ce produit.

Il est probable que les réactions ne font que commencer et que dans cette histoire, la Commission européenne donne une fois encore des arguments de poids aux eurosceptiques.

Anne-Françoise Roger