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Catastrophe de Fukushima : Tepco savait...

Publié Le 25 Août 2011 à 12h15
 
La compagnie d'électricité Tokyo Electric Power (Tepco) qui exploitait la centrale de Fukushima Daiichi aurait fait part verbalement aux autorités nippones d'un risque de tsunami sur sa centrale, moins d'une semaine avant la catastrophe du 11 mars.

Après la dégradation du triple A américain début août, c'est au tour du Japon de subir une dégradation de la note de sa dette par une agence de notation. Le Premier ministre Naoto Kan, qui bat des records d'impopularité, quittera le pouvoir dans quelques jours alors que la situation se complique et devient quasiment impossible à gérer à Fukushima .

D'abord l'éclatement de la crise nucléaire de la centrale de Fukushima Daiichi (exploitée par Tepco) et l'évacuation de dizaines de milliers de personnes. Puis la découverte d'un grand nombre d'aliments contaminés, entraînant une crise alimentaire, qui impacte lourdement le secteur agricole à l'approche de la saison des récolte de riz.

Lundi 22 août, une autre mauvaise nouvelle a été annoncée aux anciens habitants de la zone désaffectée : les autorités japonaises ont décrété une zone d'évacuation obligatoire dans un rayon de 20 kilomètres autour site. Ils seraient ainsi plus de 85.000 à vivre depuis plus de cinq mois dans des centres d'accueil ou des logements préfabriqués, sans aucune certitude de retrouver leur logement.

Les mises en garde de Tepco

C'est dans ce contexte de crise économique et sociale que les Japonais ont appris hier une nouvelle des plus consternantes : les autorités n'auraient pas mis en oeuvre tous les moyens possibles pour éviter le désastre nucléaire.

En effet, un responsable de l'Agence de sûreté nucléaire et industrielle cité mercredi par les médias nippons, a révélé que Tepco aurait présenté dès le 7 mars un calcul selon lequel il existait une probabilité de tsunami dépassant le niveau initialement pris en compte pour construire le site (moins de 6 mètres).

L'agence affirme avoir répondu à cette mise en garde en sommant l'exploitant nippon d'agir promptement mais, quatre jours plus tard, le 11 mars, la centrale Fukushima était en partie submergée par une vague de plus de 14 mètres de haut consécutive à un tremblement de terre de magnitude 9 au large de la côte nord-est. Qu'aurait-il été possible de faire dans un labs de temps si réduit ?

Seulement voilà, selon la même source, Tepco avait déjà fait de calculs révélant cette possibilité en septembre 2009, mais le responsable de l'agence qui avait été averti n'aurait pas transmis l'information à la hiérarchie. Une faute très grave que viennent de rapporter les médias nippons.

Précisons que les autorités avaient jusqu'alors affirmé à plusieurs reprises que le désastre avait excédé toutes les hypothèses... On imagine mal les Japonais avoir de nouveau confiance en leurs responsables gouvernementaux tant l'erreur de jugement est impardonable.

Des volumes d'eau radioactive qui ne diminuent pas

Pendant ce temps là, les températures des trois réacteurs endommagés restent trop élevées et Tepco tente toujours de les abaisser en modulant les volumes d'eau injectés.

L'usine de décontamination des eaux construite par Areva et l'américain Kurion a connu de multiples pannes qui ralentissent l'avancée des opérations. A la date du 9 août, 42.000 m3 d'eau ont été décontaminés, alors qu'il restait encore environ 120.000 m3 à traiter. Ce volume est déjà supérieur aux 110.000 m3 annoncés mi-juin à l'occasion de la mise en marche de l'usine. "Il est possible que la décontamination ne soit pas achevée d'ici la fin de l'année, comme le prévoit notre plan, et que cela affecte le processus d'arrêt à froid" a annoncé un porte-parole de Tepco aux journalistes de Reuters.

Or, la présence de cet énorme volume d'eau radioactive empêche les ouvriers de pénétrer dans les installations et procéder aux travaux nécessaires pour rétablir un circuit de refroidissement stable.

Au regard de ce cercle vicieux auquel est confronté Tepco, on voit mal comment le prochain gouvernement japonais pourrait remonter la pente.

Alicia Muñoz