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Conclusions décevantes de la CICTA pour le thon rouge

Publié Le 2 Décembre 2010 à 11h06
 
Le sommet de la CICTA (Commission internationale pour la conservation des thonidés de l'Atlantique, qui regroupe 48 pays), s'est achevé le 28 novembre sur une note décevante.

Après dix jours de tractations à huis clos, les 48 Etats pêcheurs de la CICTA ont adopté une limite de la pêche au thon rouge en Méditerranée à 12.900 tonnes en 2011, contre les 13.500 tonnes actuelles. Un quota qui est donc en très légère hausse, bien en-deçà des espoirs que pouvaient susciter les engagements pris récemment à Nagoya.

Les ONG se sont déclarées insatisfaites puisqu'elles prônaient la réduction du quota à 6000 tonnes ainsi que l'instauration de sanctuaires dans les zones de reproduction pour le thon rouge dans le Golfe du Mexique et en Méditerranée. Une idée qui a été rapidement balayée par la commission selon des membres du WWF présents en séance.

La réunion a " conduit le thon rouge dans le couloir de la mort ", a estimé Greenpeace, tandis que l'ONG Oceana y a vu " un échec massif " pour cette espèce.

Cette espèce, considérée comme un symbole de la préservation de la biodiversité dans nos océans, représente en effet un maillon essentiel de l'écosystème marin. On peut citer comme exemple le fait que le thon rouge s'alimente principalement des méduses. Des scientifiques ont montré que sa disparition impliquerait un risque de voir se multiplier les méduses sur les plages de la côte atlantique.

Cependant, cette espèce est loin d'être la seule dans nos océans à être menacée d'extinction. Les stocks de cabillaud, hareng, plie, merlan ont également dramatiquement chuté. D'après les biologistes, plusieurs espèces de requins, également à haute valeur commerciale, connaissent des problèmes bien plus graves. Sur les 21 espèces répertoriées dans l'Atlantique, les trois quarts sont menacées de disparition. Certains pays asiatiques, dont la Chine, pèchent illégalement des requins pour leur aileron. Une fois l'appendice coupé, le reste du prédateur, mort ou agonisant, est jeté à la mer.

En ce qui concerne le thon rouge, le Japon est très friand de sa chair crue pour les sushis et sashimis. À lui seul, il accueille 80% des exportations de thon rouge. Alors que le gouvernement japonais refuse de remettre en question la consommation à outrance de ce poisson, sa position à la CICTA était d'exiger un renforcement des mesures de contrôles pour éviter la pêche illégale. Les Etats-Unis soutenaient également la diminution des quotas.

Les deux pays se sont donc inclinés devant les pays pêcheurs, au premier rang desquels la France, l'Espagne, l'Italie et Malte. La France, plaidait pour un maintien du quota à 13.500 tonnes mais elle a vu sa demande d'échelonnement du remboursement de sa ''dette-thon'' rejetée. La France a en effet été un des plus mauvais élèves en dépassant son quota en 2007. Elle doit rembourser 1.500 de tonnes par an pour 2011 et 2012. Sur les 2.500 tonnes de quota français pour l'an prochain, les thoniers ne seront donc autorisés à pêcher qu'environ 1.000 tonnes de thon, soit la moitié de 2010.

Le ministre Bruno Le Maire a justifié les ambitions de la France par des arguments économiques et sociaux, souhaitant "plus de considération" pour les emplois des pêcheurs. Celui-ci estime que 500 emplois sont concernés directement par la pêche de cette espèce et 500 autres emplois concenés indirectement.

Il semble ainsi aujourd'hui difficile de protéger une espèce dont l'exploitation alimente des centaines d'emplois. Dont-on davantage médiatiser la situation tout aussi critique des autres espèces afin de susciter une réelle prise de conscience et des quotas plus efficaces?

Alicia Muñoz

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