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Déclin des abeilles : le pesticide Cruiser OSR mis en cause

Publié Le 30 Mars 2012 à 12h16
 
Pour la première fois, une équipe de recherche française multipartenariale a mis en évidence le rôle d'un insecticide dans le déclin des abeilles, non pas par toxicité directe mais en perturbant leur orientation et leur capacité à retrouver la ruche. Suite à la publication de cette étude, le Ministère de l'agriculture a lancé la procédure de réévaluation de l'autorisation de mise sur le marché du Cruiser OSR.

Les questions sans réponse aujourd'hui sur le déclin des populations de pollinisateurs, qui touche les abeilles domestiques comme leurs homologues sauvages (bourdons, osmies, etc.), ont (enfin) conduit tous les acteurs concernés à unir leurs forces. Ainsi, chercheurs (INRA, CNRS), et ingénieurs des filières agricoles et apicoles (ACTA, ITSAP-Institut de l'abeille, ADAPI) ont, dans le cadre d'un partenariat pluridisciplinaire sur l'évaluation du déclin des abeilles, étudié le rapport entre l'ingestion d'un insecticide, le thiaméthoxam de la famille des néonicotinoïdes (utilisé pour la protection des cultures contre certains ravageurs, notamment par enrobage des semences) et la mortalité des butineuses. Leurs travaux montrent que l'exposition à une dose faible et bien inférieure à la dose létale de cette molécule entraîne une disparition des abeilles deux à trois fois supérieure à la normale. Ces résultats ont été publiés dans la revue Science le 29 mars 2012.

Pour réaliser leur étude, les scientifiques ont utilisé une méthodologie innovante : des micropuces RFID ont été collées sur le thorax de plus de 650 abeilles, ce qui a permis de contrôler individuellement leur entrée ou leur sortie de la ruche grâce à une série de capteurs électroniques. La moitié des individus a été nourrie avec une solution sucrée contenant une dose très faible d'insecticide, comparable à celle que les abeilles peuvent rencontrer dans leur activité quotidienne de butinage de nectar sur une culture traitée.

L'autre moitié, le groupe témoin, a reçu une solution sucrée sans insecticide. L'ensemble des 650 butineuses a ensuite été relâché à 1 kilomètre de leur ruche, une distance habituelle de butinage chez les abeilles domestiques. En comparant les proportions de retours à la ruche des deux groupes d'abeilles, les chercheurs ont évalué le taux de disparition imputable à l'ingestion du produit testé.

L'équipe a mis en évidence un taux significatif de non-retour à la ruche des abeilles, par un phénomène de désorientation dû à l'intoxication à faible dose. Lorsqu'elle est combinée à la mortalité naturelle, cette disparition liée à l'insecticide aboutit à une mortalité journalière de 25% à 50% chez les butineuses intoxiquées, soit jusqu'à trois fois le taux normal (environ 15% des butineuses par jour).

Afin d'évaluer l'impact de l'augmentation du taux de mortalité en période de floraison, ces valeurs ont été introduites dans un modèle mathématique simulant la démographie des colonies d'abeilles. Les résultats montrent que si la majorité des butineuses étaient contaminées chaque jour, l'effectif de la colonie pourrait chuter de moitié pendant le temps de la floraison - et jusqu'à 75 % dans les scenarii les plus pessimistes. Ce déclin démographique serait critique, à une période où la population de la colonie devrait atteindre un maximum, un préalable nécessaire au stockage de réserves alimentaires et à la production de miel.

Cette désorientation a donc le potentiel de déstabiliser le développement normal de la colonie, ce qui peut en outre la rendre vulnérable aux autres facteurs de stress que sont les pathogènes (varroa, Nosema, virus) ou les variations de la disponibilité des ressources florales naturelles. Cette étude indique ainsi qu'une exposition des abeilles butineuses à un insecticide néonicotinoïde pourrait affecter à terme la survie de la colonie, même à des doses bien inférieures à celles qui conduisent à la mort des individus.

Le Ministère lance la procédure de réévaluation de l'autorisation de mise sur le marché du Cruiser OSR

Suite à la publication de cette étude, le Ministère de l'Agriculture a indiqué qu'il lancerait la procédure de retrait de l'autorisation de mise sur le marché du Cruiser du groupe suisse Syngenta en cas de donnée scientifique nouvelle mettant en cause cet insecticide.

"En application de la procédure prévue à l'article R.253-46 du code rural et de la pêche maritime, le Ministère a immédiatement saisi l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (ANSES) de cette étude. L'avis de l'ANSES est attendu avant le 31 mai. Si ces nouvelles données scientifiques étaient confirmées, l'autorisation de mise sur le marché du Cruiser serait retirée.

Le Ministère a également demandé à l'Institut national de la recherche agronomique (INRA) et l'Association de coordination technique agricole (ACTA) d'accélérer les recherches en plein champ pour évaluer si les éléments de cette expérimentation se retrouvent en conditions réelles.

Le Ministère saisit également la Commission européenne et l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) de cette étude. Il demande d'en tirer toutes les conséquences pour l'évaluation européenne du thiamétoxam et, le cas échéant, de compléter le cadre harmonisé de l'évaluation des produits phytosanitaires pour les abeilles" précise ainsi un communiqué du ministère de l'Agriculture et publié hier.

Stella Giani

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