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Ecologie: Nathalie Kosciusko-Morizet hérite d'un ministère amputé

Publié Le 17 Novembre 2010 à 10h36
 
La nouvelle Ministre de l'Écologie n'est pas nommée Ministre d'Etat et se voit attribuer un ministère qui rétrograde la 2ème place à la 4ème au sein du Gouvernement en perdant beaucoup de ses attributions. Ça commençait à bien faire...
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Passation de pouvoir entre Jean-Louis Borloo et...
Passation de pouvoir entre Jean-Louis Borloo et Nathalie Kosciusko-Morizet à l'hôtel Roquelaure le lundi 15 novembre 2010

 

Evincé de la course à Matignon, Jean-Louis Borloo préfère retrouver sa " liberté de proposition et de parole " au service de ses " valeurs ". A la suite du remaniement ministériel du 14 novembre, c'est donc Nathalie Kosciusko-Morizet, qui le remplace.

Une passation de pouvoir entre le " chevalier blanc " Jean-Louis Borloo et une spécialiste de l'environnement, icône verte de la droite, assez ironique.

Cette nomination au sein du Gouvernement Fillon III est en effet une belle revanche pour la députée de l'Essonne qui avait été initialement Secrétaire d'Etat à l'Ecologie auprès de Jean-Louis Borloo, et qui avait dénoncé en 2008 "la lâcheté et l'inélégance" de son Ministre de tutelle et du patron du groupe UMP, Jean-François Copé, suite aux débats sur les OGM à l'Assemblée, et qui lui a valu une " sanction " : elle a été écartée du Secrétariat d'Etat à l'Ecologie en 2009.
NKM revient donc par la grande porte de l'Hôtel de Roquelaure.

Un Ministère amputé

Mais elle n'a pas le titre de Ministre d'Etat, qui avait été attribué à Jean-Louis Borloo. Or ce titre était un engagement du " Pacte écologique " de Nicolas Hulot en 2007, signé par le Président de la République : un " vice-ministre " de l'environnement associé au Premier Ministre. Et son Ministère se retrouve en 4ème position au sein du Gouvernement alors qu'il était N°2 sous Jean-Louis Borloo.

NKM perd également le secteur de l'Energie considéré par Jean-Louis Borloo comme "le sujet du siècle ".
Le portefeuille de l'Energie est désormais transféré à Bercy. L'économie reprend ses droits sur l'écologie... Et c'est Eric Besson, chargé "de l'industrie, de l'énergie et de l'économie numérique" auprès de la Ministre de l'Economie, Christine Lagarde, qui va s'en charger.

Ce nouveau Ministère de l'Ecologie est enfin amputé de l'Urbanisme et des Technologies vertes, et de la Mer. L'aménagement du territoire a été attribué à Bruno Le Maire, désormais ministre de l'Agriculture, de l'Alimentation, de la Pêche, de la Ruralité et de l'Aménagement du territoire.

Et nous ne savons pas qui va avoir la responsabilité des négociations sur le climat.

Le MEEDDM (Ministère de l'Ecologie, de l'Energie, du Développement Durable et de la Mer, et en charge des négociations sur le climat) devient donc le MEDDTL (Ministère de l'Ecologie, du Développement durable, du Transport et du Logement).

" On est très, très, loin du " Pacte écologique " qui est clairement déchiré", regrette Arnaud Gossement, de l'ONG " Droit et Environnement ", et ancien porte-parole de la Fédération France Nature Environnement (FNE). "Pour l'avenir des énergies renouvelables, c'est catastrophique", a-t-il ajouté.

"Il nous reste à espérer que les forces de l'écologie feront comprendre qu'il est impératif que l'Énergie réintègre ce Ministère", a déclaré le directeur général du WWF France, Serge Orru.

Nicolas Hulot avait, lui, réclamé, à l'approche du remaniement ministériel, une "impulsion claire" en faveur de l'environnement, mettant en garde contre un retour en arrière "incompatible avec le défi écologique". Il n'a pas été entendu.

" Plus que les personnes, c'est d'abord le périmètre diminué du ministère de l'Écologie qui inquiète. Disparu, le grand Ministère dessiné par le candidat Sarkozy et mis en place en 2007", note " Greenpeace France " dans un communiqué. "Exit la Mer et surtout l'Énergie, qui se trouve placée au sein du Ministère de l'Industrie, et donc sous la coupe de Bercy, où elle va redevenir une variable d'ajustement de politiques productivistes", redoute l'organisation.

"On sait à quel point Christine Lagarde, Ministre de l'Économie pour la deuxième fois, a toujours été extrêmement hostile à la dynamique du Grenelle de l'Environnement et aux décisions qui ont été prises dans la foulée", dénonce Pascal Husting, directeur général de " Greenpeace France ". "On ne peut qu'être sceptique sur la marge de manoeuvre dont disposera Nathalie Kosciusko-Morizet, là où Jean-Louis Borloo a eu les coudées franches", a-t-il ajouté.

Malgré son périmètre réduit, espérons que cette polytechnicienne, qui s'est spécialisée en biologie à l' "École Nationale du Génie Rural, des Eaux et des Forêts", garde son caractère et ses convictions pour faire de l'environnement son cheval de bataille. Surtout à l'heure de l'application de la loi " Grenelle 2 " promulguée le 12 juillet dernier.

Emilie Villeneuve