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Énergie : pour Sarkozy, c'est le nucléaire ou le Moyen-Âge

Publié Le 4 Mai 2011 à 11h30
 
Alors que la situation reste inquiétante au Japon, Nicolas Sarkozy a réaffirmé mardi son soutien à la filière du nucléaire civil après avoir visité la centrale de Gravelines.
DOSSIER SPECIAL
Nicolas Sarkozy défend le choix du nucléaire civil devant les ouvriers de la centrale de Gravelines.

"Nous allons continuer d'investir dans le nucléaire pour développer la production d'électricité autonome de la France", a-t-il ainsi déclaré. Après la catastrophe de Fukushima au Japon, et alors que les sondages dévoilent qu'une grande majorité des Français sont pour l'arrêt de la production d'énergie nucléaire dans le pays, le Président a souhaité rappeler que "ceux qui voudraient qu'on arrête le nucléaire n'ont pas le courage de dire aux Français" que dans ce cas "le prix de l'électricité pour les particuliers serait multiplié par quatre" et coûterait 45 milliards d'euros.

Le président a ainsi affirmé que le moratoire proposé par les écologistes et certains responsables socialistes était "incompréhensible".

Rappelons que l'Allemagne et l'Italie ont de leur côté fait le choix du moratoire. Actuellement, l'Italie ne possède aucune centrale, le pays ayant renoncé au nucléaire civil au terme d'un référendum tenu à la suite de la catastrophe de Tchernobyl. Cependant, l'année dernière, le gouvernement de Silvio Berlusconi a entériné la relance du programme nucléaire italien.

Pour Nicolas Sarkozy, la catastrophe de Fukushima ne permet pas de faire machine arrière : "Pendant 50 ans, nos prédécesseurs ont investi dans cette économie et il faudrait, parce qu'il y a eu un tsunami au Japon, qu'on remette en cause ce qui fait la force de la France, la fierté, l'indépendance de la France ? Ce serait un choix irréfléchi et déraisonnable", a martelé le Président. "C'est la dévalorisation du passé, le choix du Moyen-âge", a-t-il soutenu en référence aux moratoires. Une parallèle vivement contesté par les écologistes qui soulignent qu'aucun scénario proposé n'exige l'arrêt immédiat de la production d'énergie nucléaire.

" Arrêter le chantier de Flamanville, il n'en est pas question. "

De son côté, l'association écologiste Greenpeace bloquait lundi les quatre accès au chantier EDF du réacteur nucléaire nouvelle génération EPR de Flamanville. Le positionnement du futur EPR en bord de mer, proche des habitations et au milieu d'industries classées Seveso, en fait en effet un site très sensible. Le chantier est régulièrement la cible des associations écologistes comme le 23 avril où plusieurs centaines de personnes s'étaient rassemblées devant les grilles du site pour réclamer la sortie du nucléaire. Fin mars, André-Claude Lacoste, président de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN), avait d'ailleurs évoqué devant le Parlement français la possibilité d'un moratoire sur la construction de l'EPR. Mais sur ce point, Nicolas Sarkozy a également exprimé un refus catégorique : " Arrêter le chantier de Flamanville, il n'en est pas question. Drôle d'idée d'arrêter la centrale qui sera la plus sûre. "

La Cour des comptes va auditer le nucléaire

Nicolas Sarkozy a rencontré lundi huit ONG environnementales parmi lesquelles figuraient WWF, Greenpeace et France Nature Environnement. Au terme de cette réunion, le Président de la République a accepté le lancement d'un audit sur toute la filière par la Cours des Comptes. Celui-ci devrait permettre pour la première fois d'évaluer les coûts précis de la construction, du traitement des déchets et du démantèlement des centrales.

Benoît Hartmann, de France Nature environnement, espère ainsi que "des informations convaincantes vont en sortir". "On n'arrive pas à convaincre les décideurs sur la question de la sûreté ou des déchets, on espère leur montrer que le nucléaire a beaucoup de coûts cachés, et qu'on les paie très cher".

Mais cette avancée certaine a été contrecarrée par une proposition du Président qui a rencontré moins de succès : celle de la tenue d'un Grenelle de l'efficacité énergétique excluant le nucléaire.

Par communiqué, Greenpeace a alors jugé "innacceptable" une telle proposition, estimant que "les conditions préalables à un débat serein, bien informé, contradictoire et démocratique font malheureusement défaut."

"L'énergie nucléaire pousse à la consommation, donc parler d'efficacité énergétique sans remettre en cause le modèle nucléaire français, pour nous c'est inadmissible" a déclaré pour sa part Karine Gavand, chargée de campagne Climat-Energie, présente à la réunion.

Ainsi, Nicolas Sarkozy s'entête quant à la question du nucléaire... et le peuple français est prisonnier d'une technologie qu'il n'a pas choisie... Une chose est sûre, le débat sur la sortie du nucléaire sera au coeur de la campagne présidentielle.

Alicia Muñoz

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