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Energies renouvelables : pourquoi ça marche en Allemagne ?

Publié Le 25 Février 2013 à 11h12
 
Le ministre allemand de l'environnement, Peter Altmaier, est venu à Paris expliquer pourquoi le marché des énergies renouvelables était en plein développement dans son pays. Une leçon d'optimisme, de réalisme, et de volontarisme qui a laissé pantois les membres du Comité Français de Pilotage de la Transition Energétique. Et révélé le fossé qui existe entre nos deux pays.
Le ministre allemand de l'environnement, Peter Altmaier

Sous la pression des " idéalistes " politiques, les " Grünen ", et de la population, les Allemands se sont lancés vers la fin des années 1990 dans les énergies renouvelables. Au début cela s'est fait dans l'incrédulité quasi générale et presque dans la clandestinité. Mais le mouvement a pris rapidement de l'ampleur. Et les résultats ont suivi. Lorsque la catastrophe de Fukushima est survenue il y a deux ans, les allemands n'ont donc pas eu peur de programmer la fermeture définitive de leurs centrales nucléaires. Aujourd'hui 9 d'entre elles sont déjà arrêtées.

Le pire était bien entendu annoncé. Leurs choix énergétiques ne pouvaient être que pure folie. Mais aujourd'hui le bilan présenté à Paris par Peter Altmaier, ministre fédéral allemand de l'Environnement, de la Protection de la Nature et de la Sécurité Nucléaire, lors de son audition par le Conseil National du Débat sur la Transition Energétique", le 7 février 2013, est impressionnant.

Aujourd'hui l'Allemagne est en pointe au niveau mondial sur les technologies des énergies renouvelables. Aujourd'hui l'Allemagne est le premier pays producteur d'énergie verte d'Europe. Aujourd'hui 25% de son électricité est fournie par les énergies renouvelables, et ce taux va monter à 40% en 2020, et à 80% en 2050. Aujourd'hui 380 000 personnes travaillent dans ce secteur. Aujourd'hui les agriculteurs qui avaient vu leurs revenus baisser au point de mettre en péril l'agriculture allemande, ont repris des couleurs. Ils sont devenus les premiers fournisseurs de l'Allemagne en énergie verte grâce à l'installation d'éoliennes sur leurs terres, de panneaux solaires sur leurs toitures, et à la création de 7800 usines utilisant la biomasse pour produire du biogaz. Aujourd'hui 80% des bâtiments du sud de l'Allemagne sont couverts de panneaux solaires. Aujourd'hui les énergies renouvelables fournissent à l'Allemagne l'énergie de 20 centrales nucléaires. Et en 2012 l'Allemagne a produit plus d'électricité qu'elle n'en a consommé.

La transition énergétique allemande a en outre provoqué une vague d'innovations technologiques concernant les panneaux solaires, les éoliennes, le stockage de l'énergie et sa distribution.

Comment l'Allemagne, un pays ou le soleil ne brille pas tous les jours, et ou le vent sait parfois prendre du temps pour se reposer, en est arrivée là ? Quel prix a dû être payé ? Quelles ont été les recettes utilisées pour obtenir de tels résultats?

Bien entendu tout n'a pas été rose, ni pour les entreprises, ni pour les particuliers. Et les écologistes ont été appelés à tempérer leurs ardeurs.
La transition énergétique a ainsi détruit 400 000 emplois, et le prix de l'électricité a augmenté de 40% depuis 8 ans. Et elle oblige l'Allemagne, si écologiste, à accepter de continuer à utiliser des centrales thermiques fonctionnant au gaz et au charbon, si polluants, et si responsables du réchauffement climatique, pendant la période de transition.

Mais le gouvernement allemand a su utiliser les bonnes recettes pour surmonter les obstacles.
Il a tout d'abord expliqué que la transition vers les énergies renouvelables était, non pas un malheur pour le pays, mais tout au contraire une vraie chance pour développer l'innovation et la compétitivité des industries germaniques. Il a fait comprendre, et accepter aux écologistes, que l'utilisation des énergies fossiles pendant encore une ou deux décennies était le prix à payer pour accéder définitivement aux énergies vertes.

Il a négocié avec les syndicats un plan de reconversion professionnelle. Et il a réussi à compenser les emplois détruits par la création de 380 000 emplois dans le secteur des énergies renouvelables. Aujourd'hui l'emploi en Allemagne est le plus élevé de son histoire et le chômage est le plus bas depuis le rattachement de l'Allemagne de l'est.

Il a soutenu financièrement l'isolation des logements, ce qui a entrainé une baisse de la consommation d'énergie et permis au budget électricité des ménages d'augmenter de " seulement " 15% au cours de ces trois dernières années.

Il a lancé un programme de formation des plombiers pour qu'ils deviennent des conseillers dans les énergies renouvelables.

Il a adopté dès le début des années 2000 un tarif de soutien des énergies renouvelables, fixe et pérenne pendant 20 ans. Et il ne l'a pas changé. Ce climat de confiance généré par un cadre législatif, réglementaire et financier stable, avec un calendrier précis, a ainsi encouragé les entreprises à lancer des programmes de recherche et d'investissement, notamment dans les éoliennes, les panneaux solaires et les usines de biogaz.

Il a programmé la mise en circulation d'un million de véhicules électriques en Allemagne d'ici 2020...

Loin donc d'avoir mis le pays en difficulté, les responsables politiques sont en train de réussir leur pari. Et aujourd'hui, au lieu de s'interroger encore et encore, comme nous savons si bien le faire en France, sur l'intérêt des énergies renouvelables et la façon de les développer, l'Allemagne accélère et passe à une autre dimension : elle se lance maintenant dans la modernisation des réseaux de distribution de l'électricité. Pour mieux pouvoir la distribuer dans les différentes régions du pays, en sachant que la production est surtout basée dans le sud de l'Allemagne et que les entreprises qui en ont le plus besoin sont installées dans le nord. Pour mieux vendre aussi son électricité aux pays voisins, dont la France, puis à l'Europe toute entière. Car elle va devoir rentabiliser les 20 milliards d'Euros nécessaires pour restructurer son réseau.

Mais, pragmatique, l'Allemagne a compris qu'elle ne pouvait pas continuer sa course en solitaire. Car si elle a pu depuis le début des années 1990 développer sans beaucoup de concurrence ses technologies vertes, aujourd'hui tout s'accélère. La concurrence chinoise en particulier est féroce. Les panneaux chinois vendus à bas prix ont envahi le monde et fait perdre à l'Allemagne 80% de ses emplois dans le solaire au cours de ces trois dernières années. L'Allemagne est donc obligée d'accélérer l'innovation pour rester compétitive. Elle a donc décidé de s'associer avec la France. Elle a ainsi signé le 7 février 2013 un accord portant sur la création d'un " Office franco-allemand pour les énergies renouvelables ". L'objectif est de créer des synergies politiques, scientifiques, universitaires, technologiques, financières, commerciales... entre nos deux pays. De créer non pas de nouvelles entreprises mais des consortium d'entreprises pour augmenter la compétitivité.
Son alliance avec la France, dont elle connait les compétences technologiques et le savoir-faire qu'elle a déjà partagés avec grand succès sur des projets comme Airbus, est donc un choix hautement stratégique, réfléchi. Des projets communs de recherche et de développement vont être lancés. En ligne de mire c'est tout le grand marché européen, puis mondial, des énergies renouvelables qui est visé. Et qu'il ne faut pas rater.

" Nous avons raté en Europe la vague de l'informatique dans les années 1960-1970. Nous avons raté la vague des micro-ordinateurs dans les années 1980-1990. Nous avons la chance d'être à l'origine de la vague des énergies renouvelables. Nous devons donc tout faire pour ne pas rater cette troisième vague dont nous pourrons bénéficier pendant les 50 années à venir ", a insisté Peter Altmaier, lors de son audition à Paris, très déterminé.

Cette alliance franco-allemande est donc pour la France et nos entreprises une belle opportunité à la fois écologique, pour lutter contre le réchauffement climatique; industrielle, pour réorienter une partie de notre production; et économique, pour soutenir la croissance et l'emploi. Mais à condition que nos responsables politiques comprennent les raisons du succès allemand, agissent avec conviction et détermination, et mettent en place les mesures incitatives indispensables, claires et pérennes, pour les encourager à se développer. Et ça, ce n'est pas gagné.

Christina Vieira