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Etats-Unis : Monsanto de nouveau lourdement condamné pour un cancer

Publié Le 15 Avril 2019 à 13h40
 
Un peu plus de 80 millions de dollars : c'est la somme que Monsanto est condamné à verser par le tribunal fédéral de San Francisco (Californie) à Edwin Hardeman, un utilisateur de Roundup atteint d'un cancer. Cette condamnation fait suite à un premier jugement tombé le 19 mars considérant l'herbicide comme un " facteur subtantiel " dans l'apparition de la maladie. Monsanto est ainsi condamné pour la deuxième fois en quelques mois aux Etats-Unis à verser des dommages et intérêts punitifs à des malades atteints de cancer.
Le désherbant Roundup de Bayer-Monsanto a contribué au cancer de Edwin Hardeman, a estimé un jury américain le 19 mars 2019.

 

Le jury de la cour fédérale de San Francisco a condamné Monsanto à payer 75 millions de dommages et intérêts punitifs et un peu plus de 5 millions de dommages et intérêts compensatoires (destiné notamment à rembourser les soins médicaux) à Edwin Hardeman, qui a utilisé du Roundup pendant plus de 20 ans sur les 22 hectares de terres de sa propriété avant d'être atteint d'un cancer rare le lymphome non hodgkinien (LNH). Pourquoi une telle somme en dommages et intérêts punitifs ? Le tribunal a jugé que Monsanto est coupable de ne pas avoir informé des risques liés à l'utilisation du produit. Les bidons de Roundup ne mentionnaient aucun avertissement, la firme a été négligente en ne prévenant pas les usagers des risques de cancer.

A l'issue d'une première phase du procès, le jury avait estimé le 19 mars que le Roundup a été un " facteur substantiel " dans l'apparition du cancer dont souffre Edwin Hardeman. Ce lien établi a permis la deuxième phase du procès.

La société Monsanto, achetée par Bayer l'an dernier, a annoncé faire appel de la décision comme elle a fait appel dans l'affaire Dewayne Johnson en 2018 dans laquelle elle a été condamnée à verser 289 millions de dollars (la somme a ensuite été ramenée à 80 millions de dollars par un juge). Dewayne Johnson est également atteint d'un lymphome non hodgkinien en phase terminale après avoir utilisé du Roundup dans l'exercice de sa profession.

Les premiers procès d'une longue série

Monsanto continue d'affirmer que son herbicide est sûr : "Ce verdict ne change en rien le poids de plus de quatre décennies de science approfondie et des conclusions des autorités de réglementation du monde entier qui soutiennent la sécurité de nos herbicides à base de glyphosate et le fait qu'ils ne sont pas cancérigènes", a déclaré Bayer.

Pourtant, les " Monsanto papers ", des documents internes obtenus par la justice américaine, contredisent ces affirmations. Ils suggèrent que Monsanto attribuait certaines de ses études à des universitaires renommés qu'il payait pour cela. D'autres indiquent qu'un haut responsable de l'agence sanitaire américaine E.P.A. (Environmental protection agency) a oeuvré pour faire annuler un examen du glyphosate au niveau fédéral, précise le New York Times. Ces documents ont encore révélé qu'il existait un certain désaccord au sein de l'E.P.A. sur l'évaluation des risques liés au Roundup.

Les procès Johnson et Hardeman ne sont que les premiers procès d'une longue série. Selon l'agence de presse américaine Reuters, un autre procès doit avoir lieu en Californie en mai et un autre d'ici la fin de l'année. Bayer devra également faire face à deux procédures dans l'Etat du Missouri à l'automne. Au total, Bayer a donné le chiffre de 11200 plaignants contre Monsanto aux Etats-Unis. En France, après douze années de procédure, l'agriculteur Paul François vient également pour la troisième fois d'être reconnu victime d'un herbicide de Monsanto.

A la suite de ses premiers jugements, l'action de Bayer-Monsanto a été chahutée en bourse. "Même si le combat contre Monsanto est loin d'être fini" commente l'association française Phyto-victimes, ces procès ont le mérite de mettre un coup de projecteur sur la cause anti-pesticides dans le monde et de pousser les gouvernements à enfin prendre des décisions contre l'utilisation de produits chimiques dangereux.

Anne-Françoise Roger