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Fermes usines : "la FNSEA doit cesser sa course folle au productivisme"

Publié Le 18 Avril 2017 à 15h22
 
" Nous vous demandons aujourd'hui d'arrêter votre course folle au productivisme ". Par ces mots, le collectif citoyen Plein Air, qui réunit une trentaine d'associations de protection des animaux et de l'environnement, a interpellé le principal syndicat d'agriculteurs, la FNSEA, qui tenait son congrès à Brest fin mars.
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Rencontre nationale des associations du...
Rencontre nationale des associations du Collectif PLEIN AIR, le samedi 25 mars 2017 à Landunvez, dans le Finistère

 

Dans une lettre ouverte à la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles (FNSEA) publiée le 25 mars, le collectif breton Plein Air demande l'arrêt d'une " course folle " à toujours plus et toujours plus grand. Le collectif regroupe plusieurs associations de défense de l'environnement. Derrière elles, se rejoint un large public de citoyens, chercheurs, écologistes, vétérinaires, journalistes... et d'agriculteurs qui ont fait un autre choix de production.

Produire toujours plus et agrandir sans fin les fermes provoque dumping environnemental et détresse animale. Les fermes usines renoncent aux pâturages car il impossible de sortir de gros troupeaux. L'élevage y est concentrationnaire. Côté économique, cette course entraine des surproductions et des crises, une pression féroce sur les prix, la disparition accélérée des fermes et un terrible malaise chez les agriculteurs. Personne n'en sort gagnant et ce modèle se serait écroulé sans des soutiens colossaux d'argent public. Personne n'en tire profit à l'exception du système économique : agro-industrie, industrie agro-alimentaire, machinisme agricole, banque, grande distribution... Mais le business ne profite ni aux agriculteurs, ni aux consommateurs, ni aux contribuables, ni aux citoyens.

Refonder le système agro-alimentaire de manière démocratique

Le collectif Plein Air demande ainsi à la FNSEA " de refonder le système agro-alimentaire sur une construction collective démocratique éclairée ", notamment pour ce qui concerne les élevages. Il demande encore d'identifier les vrais besoins de la société et " de renoncer à produire l'inutile ". " Notre système agro-alimentaire en soi est un gaspillage " et " un régime alimentaire durable et sain utilise moins d'animaux ". " Nous avons surtout besoin d'emplois décents ", rappelle-t-il. Troisième point du courrier : apporter une contribution volontariste à la qualité de l'eau et de l'air, à la sauvegarde du climat, sachant que la seule manière d'y arriver est de réduire le cheptel français. Ecologie et agriculture sont inséparables.

C'est l'objectif même de l'agriculture qui doit changer. Aujourd'hui, son mot d'ordre est compétitivité. Il devrait être performance sociale, environnementale, éthique. Le bien-être animal est central et l'éthologie -l'étude du comportement des animaux- doit entrer dans les formations agricoles et les organismes publics comme les chambres d'agriculture. Les subventions de la politique agricole commune (Pac) pourraient aider une transition vers un " produire moins et mieux ". " L'option systématique d'un maximum de subventions avec un minimum de contraintes ne peut plus durer ", estime le collectif.

Utiliser l'argent public pour " produire moins et mieux "

" Il s'agit de construire des filières vertueuses et viables " en associant dans ce but partenaires et financeurs, y compris publics. C'est pourquoi le collectif défend " une politique des prix justes pour rémunérer les éleveurs ayant moins d'animaux, en plein air, biologiques et extensifs, adaptés au territoire, évitant les dégâts environnementaux et sociaux, assurant un bien-être animal supérieur ". Il se veut " ni excessif ni hostile " et demande à la FNSEA de " ne pas émettre de véto syndical " à la demande citoyenne.

A l'occasion de ce courrier, Plein Air a tenu sa première conférence de presse à Landunvez (Finistère), un lieu symbolique de son combat contre les fermes usines : l'été dernier, une exploitation porcine y a obtenu l'autorisation de passer de 10.000 à 13.750 têtes. " Cela signifiera 60 tonnes de lisier produites par jour ", s'alarme Laurent Le Berre qui lutte localement contre cette " méga-porcherie ". L'autorisation préfectorale a été accordée alors que le projet avait fait l'objet de plusieurs avis défavorables des administrations concernées, aussi plusieurs associations ont saisi le tribunal administratif de Rennes.

AF Roger

Cliquez ici pour lire la lettre ouverte du Collectif Plein Air à la FNSEA