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Français et Japonais unis pour dire non au nucléaire

Publié Le 11 Mars 2013 à 17h23
 
Deux ans après la catastrophe nucléaire de Fukushima, des milliers de Français se sont réunis samedi 9 mars à Paris pour un grand rassemblement en hommage aux victimes japonaises, mais également pour demander l'arrêt du nucléaire en France.
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Ce 9 mars 2013, ils sont près de 20 000 à Paris à former une grande chaîne humaine contre le nucléaire dans la capitale. Cette foule est formée de militants anti-nucléaire, mais aussi de citoyens de tous âges, venus de la France entière.

" Je suis venu manifester aujourd'hui car ce qui s'est passé à Fukushima m'a traumatisé. Utiliser une énergie aussi dangereuse, c'est impensable ! " explique Quentin, 23 ans, venu de Bretagne spécialement pour l'occasion.

" Les Allemands ont décidé de sortir du nucléaire, et ils ont déjà arrêté 9 centrales. Aujourd'hui l'Allemagne est le premier pays producteur d'énergie verte d'Europe. En 2012 l'Allemagne a même produit plus d'électricité qu'elle n'en a consommé ! Et à ce que je sache, ils ne s'éclairent pas à la bougie et ne pédalent pas dans leur salon pour avoir de l'électricité ! Il faut arrêter de penser que l'énergie nucléaire est indispensable " raconte encore Annie, 53 ans, "qui a peur pour ses petits enfants".

Les manifestants, répartis en plusieurs points, ont encerclé plusieurs lieux de pouvoir à Paris. "Aujourd'hui, nous encerclons les ministères, l'Assemblée Nationale, les sièges d'EDF et d'Areva, tous ces lieux où se prennent les décisions sur le nucléaire, de façon opaque et au mépris des populations. Nous exigeons avec fermeté et détermination de reprendre en main ces choix qui nous appartiennent. Nous voulons l'arrêt du nucléaire civil et militaire, nous voulons une vraie transition énergétique maintenant !" scandent les manifestants.

" Alors que les probabilités d'accident nucléaire en France sont alarmantes, nos dirigeants se refusent à changer le cap de la politique énergétique de notre pays. Fessenheim n'est toujours pas arrêtée, la construction de l'EPR se poursuit, le renouvellement du parc nucléaire se prépare et le virage vers la sobriété et les alternatives est loin d'être à l'ordre du jour. Seul "changement" : un discours vidé de sens sur la transition énergétique ! Notre mobilisation ne s'arrêtera pas ce 9 mars ! Nous surveillerons de près la future loi de programmation énergétique et nous mobiliserons à nouveau si, comme il est à craindre, celle-ci renforce la politique pro-nucléaire " précisent le Réseau Sortir du Nucléaire.

De son côté, l'ONG Greenpeace, qui manifeste également, accroche symboliquement au Ministère des Finances, 1000 grues en origami. Parce que la grue est un symbole puissant au Japon : la légende des mille grues (千羽鶴, せんばづる, senbazuru ou zenbazuru) raconte que si l'on plie mille grues en papier, on peut voir son voeu de santé, longévité, d'amour ou de bonheur exaucé.  " C'est une sortie du nucléaire que nous souhaitons bien-sûr " avoue Aurélie, adhérente Greenpeace, avec un large sourire.

Nucléaire : Les Japonais n'en veulent (vraiment) plus !

Aujourd'hui, on sait que le démantèlement total de toutes les installations de la centrale Fukushima Daiichi prendra au moins entre 30 et 40 ans et coûtera quelques 100 milliards de dollars... Mais le pire, c'est bien la contamination par la radioactivité de la population, de la terre, des animaux, de la mer, pour des dizaines, des centaines d'années... L'opérateur Tokyo Electric Power Co (Tepco) a reconnu la semaine dernière avoir du mal à arrêter les infiltrations d'eau souterraines vers les réacteurs endommagés de Fukushima et vient de déclarer que résoudre ce problème pourrait prendre quatre ans, ce qui retarderait d'autant l'évacuation du combustible d'uranium fondu. Tepco doit également trouver une solution pour le stockage de centaines de tonnes d'eau contaminée...

Alors les Japonais sont en colère. D'abord face à la décision du gouvernement précédent de redémarrer une centrale nucléaire après que tous les réacteurs aient été arrêtés après la catastrophe de Fukushima, mais aussi face aux projets du gouvernement actuel de redémarrer plusieurs réacteurs, et de reprendre leur construction.

Les Japonais se sont donc fait entendre. Leur mobilisation a déjà eu un certain succès, puisque seulement deux des réacteurs du Japon sont actuellement en fonctionnement.
L'espoir aujourd'hui, à Fukushima et dans l'ensemble de l'archipel, c'est que les citoyens continuent de parler haut et fort, continuent à exprimer leur opposition à l'énergie nucléaire.

Au cours de la semaine dernière, ils ont été rejoints par des citoyens, des militants, en Argentine, en Belgique, au Canada, Chili, Colombie, en France, Allemagne, à Hong Kong, en Afrique du Sud, Corée du Sud, Suède, Suisse, Autriche, Danemark, Finlande, Inde, Jordanie, Luxembourg, Slovénie, Espagne, Turquie et aux Etats-Unis. Et ce week-end, par les Français !

Cette vague de soutien, de protestation doit continuer. Car nous ne pouvons pas empêcher les séismes, les tsunamis et les autres catastrophes naturelles. Mais la catastrophe industrielle, nucléaire, peut et doit être évitée.

Nous ne pouvons pas rendre aux habitants de Fukushima ce qu'ils ont perdu, mais nous pouvons nous lever, tous ensemble et s'assurer que plus personne n'aura à subir et à souffrir d'une catastrophe nucléaire et de ses conséquences. Jamais. Nulle part.

Stella Giani