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Gaz de schiste : manne énergétique ou calamité écologique ?

Publié Le 7 Février 2011 à 14h17
 
La récente découverte de gisements de gaz de schiste en France suscite l'affrontement entre industriels de l'énergie d'un côté et défenseurs de la cause environnementale de l'autre. Le ministère de l'environnement a annoncé jeudi la création d'une mission sur le gaz de schiste, ce qui montre que le doute est permis.
DOSSIER SPECIAL

La fièvre du gaz de schiste semble avoir gagné la France, où trois vastes zones dans le sud sont désormais l'objet de prospection, et plusieurs autres pourraient suivre. Problème : les eaux utilisées pour extraire ce gaz sont contaminées par de nombreux produits chimiques et menacent les nappes phréatiques.

Un gaz qui suscite bien des méfiances

Le gaz de schiste est un gaz dit non conventionnel car non contenu dans une poche géologique. Il est plus difficile à extraire car emprisonné dans la roche. Pourquoi son exploitation est-elle si redoutée ? D'abord, parce que le complexe process d'extraction de ce gaz n'a pas encore été expérimenté sur le territoire français.
Aux Etats-Unis, où son exploitation va bon train depuis trois ans, cette énergie représente désormais de 15 à 20% de leur production totale de gaz. Mais nombreux riverains et organisations écologistes se sont regroupés pour dénoncer la contamination des sols, l'énorme consommation d'eau et la destruction des paysages. Le documentaire Gasland de Josh Fox, sélectionné au festival de Sundance 2010, a créé un vrai choc : on y voit des habitants mettant le feu à l'eau du robinet avec un briquet tant celle-ci est contient de gaz infiltré.
D'autres enjeux expliquent les réticences. Pour les écologistes, ce désir du gouvernement d'investir des sommes phénoménales dans cette filière revient une fois de plus à repousser la transition vers les énergies renouvelables. Or, il s'agit bien de la seule alternative fiable face aux défis posés par le caractère limité des stocks énergies fossiles et les importations.

Le recul partiel du gouvernement

Mercredi, la ministre de l'Ecologie Nathalie Kosciusko-Morizet a annoncé la création d'une mission chargée "d'évaluer les enjeux environnementaux" du gaz de schiste. "Aucune autorisation de travaux sur le gaz de schiste ne sera donnée ni même instruite avant le résultat de cette mission", a-t-elle ainsi assuré. Un rapport d'étape devrait être rendu en avril, le rapport définitif étant attendu pour juin.

La France, qui disposerait également de ressources importantes, a octroyé trois permis de prospection au groupe pétrolier Total et au texan Schuepbach Energy, associé à GDF Suez. Ces permis couvrent plus de 10.000 km2 sur les départements de l'Hérault, de l'Aveyron, de la Lozère, de l'Ardèche et de la Drôme. Total estime que la zone qu'il explore pourrait contenir jusqu'à 2.380 milliards de mètres cubes de gaz, ce qui équivaut de 10 à 20 fois la consommation annuelle de gaz en France.

De nombreux élus et associations écologistes, soutenus par José Bové, se sont cependant inquiétés de l'impact d'une éventuelle exploitation de ces gaz sur les nappes phréatiques, le paysage et la biodiversité environnante.

Devant la bronca suscitée, le gouvernement a préféré suspendre tout forage. En réponse aux craintes sur le coup de frein potentiel que pourrait donner cette exploitation au développement des énergies renouvelables, la ministre assurait que " toute exploitation n'aurait de sens que si cela fonctionnait en substitution au gaz importé et jamais en remise en cause de nos engagements sur les énergies renouvelables ".

Mais pour le gaz de schiste, cette suspension ne change pas grand-chose à la situation car le premier forage, prévu en septembre à Villeneuve-de-Berg (Ardèche) par Schuepbach, menaçait déjà d'être bloqué par l'opposition du maire de la commune. Quant à Total, il a déclaré ne pas être en mesure forrer avant fin 2011-début 2012.

En revanche, la question est plus délicate pour les huiles de schiste, une forme de pétrole piégé dans la roche et dont l'extraction demande des techniques similaires à celles utilisées pour le gaz de schiste. D'après le député Verts Yves Cochet, " rien que dans le bassin parisien, plus de 5000 kilomètres carrés sont déjà concernés, notamment à Château-Thierry ", où la firme privée Toreador Resources, une entreprise dirigée par Julien Balkany, a été autorisée à réaliser un puits d'exploration. Les autorisations de travaux ayant déjà été données, la marge de manoeuvre du gouvernement est plus limitée et devrait passer par la négociation.

Si Nathalie Kosciusko Morizet affirme que la situation en France sera différente de celle des Etats-Unis et qu'aucune exploitation ne sera initiée sans clarification de l'impact environnemental, ces assurances ne semblent pas convaincre. "Il est surprenant d'entendre la ministre dire qu'en France, on ne fera pas pareil, qu'on n'utilisera pas de techniques sales, c'est un voeu pieux car les brevets et la technologie sont américains", déclarait ainsi José Bové.

Alicia Muñoz