Bioaddict



Japon : il y a un an, Fukushima...

Publié Le 14 Mars 2012 à 18h02
 
Un an après le tsunami et la catastrophe nucléaire sans précédent de Fukushima, les images du chaos japonais semblent lointaines, presque oubliées. Toutefois, dimanche 11 mars, date de ce triste anniversaire, des dizaines de milliers d'opposants à l'énergie nucléaire ont exprimé leurs craintes aux quatre coins du monde.
DOSSIER SPECIAL
Reportage d'Arte sur la zone alentour de la centrale nucléaire de Fukushima Daïshi, 1 ans après la catastrophe.

Au Japon, le triste anniversaire de Fukushima a été marqué par une minute de silence en hommage aux milliers de victimes, suivie du discours du premier ministre, Yoshihiko Noda, qui a promis de mettre tous les moyens nécessaires au service de la reconstruction de la région ravagée. Très ambitieux, le chef du gouvernement table sur une croissance de 2,2% du produit intérieur brut (PIB) pour 2012.

En parallèle des commémorations, des dizaines de milliers de manifestants écologistes se sont réunis partout dans le monde. Au Japon, devant le siège tokyoïte de la compagnie d'électricité Tokyo Electric Power (Tepco), mais aussi en France où 60 000 personnes se sont donné la main pour former une chaîne de 230 km de long, entre Lyon et Avignon.

Une mobilisation anti-nucléaire a également eu lieu lundi 12 mars, avec la plainte déposée par 259 militants écologistes japonais contre le redémarrage d'une centrale nucléaire dans le centre du Japon. Ces derniers demandent notamment à un tribunal d'Osaka de maintenir à l'arrêt les réacteurs 3 et 4 de la centrale Oi, située sur une autre zone sismique.

Des conséquences limitées sur le PIB japonais

En apparence, le Japon ne semble pas avoir trop souffert de la catastrophe de Fukushima. En effet, son économie s'est contractée de 0,9% en 2011, alors que la crise économique de 2008 affichait un déficit d'1 %. Mais ces chiffres reflètent mal les difficultés que continue de rencontrer le pays.

En premier lieu, la catastrophe a eu des impacts sur le mix énergétique du pays. Alors que la part du nucléaire s'élevait à un tiers, le parc nucléaire japonais ne produit plus que 7 % de l'énergie du pays. Seules 3 centrales demeurent actives sur les 54 que comptait le Japon avant le 11 mars 2011. L'augmentation des importations de matières premières fossiles a lourdement pesée, provoquant le premier déficit de la balance commerciale japonaise depuis une trentaine d'année. Malgré le rejet du nucléaire par une majorité de Japonais, le premier ministre souhaite ainsi aujourd'hui relancer certaines centrales, estimant que seul un retrait progressif du nucléaire, s'échelonnant sur plusieurs décennies, sera viable et efficace... même si ces dernières, comme Fukushima Daiichi, se trouvent sur des zones sismiques. Une prise de risque qui scandalise les écologistes, encore affairés à gérer les conséquences environnementales et sanitaires de Fukushima.

Aujourd'hui on estime que 8 % du territoire du Japon serait fortement contaminé par du césium radioactif. Et si les 22 millions de tonnes de déchets accumulés par le tsunami ont été partiellement déblayés, ils s'amoncèlent dans les décharges. Ainsi, moins de 10 % ont été pris en charge, en raison du manque de lieux d'incinération et de la difficulté de traiter des déchets potentiellement radioactifs.

Le nucléaire reste (malheureusement) une énergie d'avenir pour de nombreux pays

Si l'on pose un regard global sur les conséquences de Fukushima, on constate des effets très limités sur l'industrie nucléaire. En effet, la catastrophe n'a pas ébranlé les certitudes des leaders politiques, majoritairement en faveur de cette énergie dite décarbonnée et dans laquelle ils ont massivement investis pendant la dernière décennie. Seuls l'Allemagne, la Suisse et l'Italie ont définitivement tourné la page. Les Etats-Unis ont tout bonnement décidé d'ignorer le débat, en s'orientant vers la reprise du nucléaire. En effet, les autorisations de construction de deux nouveaux réacteurs dans l'Etat de Géorgie pourraient bien inaugurer le premier chantier du genre depuis l'accident de Three Miles Island en 1979. Quant aux pays émergent, ils restent majoritairement attirés par une énergie bon marché :"Environ 50 pays exploitent, construisent ou envisagent de construire des centrales, dont la moitié sont des "nouveaux venus"", a calculé le Conseil Mondial de l'Energie dans le bilan de l'après-Fukushima qui vient de paraître.

L'espoir d'une prise de conscience mondiale et d'un virage unanime vers les énergies renouvelables semble encore bien fragile.

Olivia Montero