L'Anses s'attaque à la pollution de l'air et à la sécurité alimentaire

Publié Le 19 Mars 2013 à 13h38
 
L'Agence française de sécurité sanitaire et alimentaire (ANSES) va axer ses priorités de travail pour l'année 2013 sur la pollution de l'air et le renforcement des moyens de contrôle et de détection des risques concernant les produits alimentaires et l'eau du robinet.

Alors que l'on parle beaucoup de la toxicité des particules fines émises par le diesel et de la sécurité des produits alimentaires, l'Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail) vient logiquement d'annoncer qu'elle allait axer ses priorités 2013 sur la pollution de l'air et les risques alimentaires en liaison avec la nourriture et l'eau de consommation humaine.

L'air mieux surveillé

Ainsi concernant la pollution de l'air, l'Anses va lancer des travaux sur les allergènes, en particulier les pollens, et sur les risques liés aux particules dans l'air intérieur par l'ameublement et celles émises par le trafic routier.

Pour l'air intérieur des valeurs guides concernant trois nouvelles substances vont être publiées par l'Agence. Il s'agit des VGAI pour le dioxyde d'azote (NO2) (un des principaux polluants liés au trafic automobile), l'acroléine et l'acétaldéhyde (des gaz principalement issus de phénomènes de combustion à l'intérieur ou de transfert de pollution de l'air ambiant dans les environnements intérieurs).
L'Agence va aussi déterminer et hiérarchiser les substances chimiques émises par les produits d'ameublement et proposer une liste de dix substances qui pourraient faire l'objet d'un étiquetage obligatoire, comme pour les produits de construction et de décoration.
Il est également demandé à l'Agence de proposer pour chacune de ces substances, une concentration limite d'intérêt, définie comme un seuil d'émission du polluant élaboré sur des bases sanitaires, et qui pourrait correspondre à la meilleure classe de l'étiquetage réglementaire en identifiant les dangers associés.

Concernant les pollens, l'Anses va produire un état des connaissances sur leurs effets sur la santé, sur la place des différents pollens dans le développement des allergies respiratoires, sur l'existence de seuils d'allerginicité et/ou de relation " dose-réponse "; sur les interactions entre pollens et polluants atmosphériques ; sur les facteurs de développement des plantes pollinisantes, l'émission de pollens et leur dispersion environnementale, ainsi que sur les facteurs influençant la présence d'allergènes.

La qualité de l'air des espaces ferroviaires souterrains, va être également étudiée afin d'évaluer les risques pour les travailleurs mais aussi pour les usagers .

L'alimentation mieux contrôlée

L'Institut de veille sanitaire (InVS) identifie environ 1 100 toxi-infections alimentaires collectives par an. Or, malgré toutes les recherches, plus du tiers d'entre elles restent d'origine inconnue. Les moyens de contrôle et de détection vont donc être renforcés dans la chaine alimentaire.

Ces efforts seront faits dans deux grands domaines : la détection et la caractérisation des agents pathogènes suspectés d'être à l'origine de toxi-infections alimentaires (virus, parasites, toxines) , et la recherche de contaminants chimiques pouvant, même à faible niveau, avoir un effet néfaste sur la santé.

L' identification des " variants " pathogènes de bactéries bien connues dans la chaîne alimentaire (E.coli, Bacillus cereus,...) est devenue indispensable comme l'a montré le grave épisode de 2011 de contamination de graines germées par une nouvelle souche d'E.coli producteur de Shiga-toxines et qui témoigne de la nécessité d'une grande vigilance face aux croisements multiples d'agents pathogènes rendus possible par la mondialisation des échanges. L'Anses s'est équipée récemment d'une plateforme d'identification rapide des gènes de virulence de bactéries.
Une attention particulière sera portée à la bactérie Bacillus cereus, qui produit une toxine émétique à l'origine de toxi-infections dont l'incidence est probablement fortement sous-évaluée.

Quant à la détection de virus dans les aliments ou dans l'eau,  elle demeure particulièrement difficile. Ce qui explique pourquoi les intoxications alimentaires d'origine virale sont souvent mal identifiées. Aussi, l'Anses va développer la détection des norovirus dans les produits de la pêche, et celle du virus de l'hépatite (VHE) dans certains produits à base de foie de porc cru.

Le contrôle de la présence de parasites dans les poissons va être également intensifié. Le développement de la consommation de poissons crus nécessite en effet une grande vigilance concernant la présence de parasites (notamment Anisakis). Ces derniers représentent un risque souvent ignoré des consommateurs. Les modalités de détection étant aujourd'hui principalement visuelles, l'Anses va développer des méthodes de détection rapide permettant d'accroitre sensiblement la fiabilité des contrôles.

La recherche de contaminants chimiques identifiés comme risques émergents va également être accélérée. Aujourd'hui plus de 300 contaminants différents, dont de nombreux résidus de pesticides, sont recherchés dans 40 000 aliments différents. L'Anses a décidé de porter ses efforts sur la détection du Chrome VI, une forme spécifique du chrome reconnue comme cancérigène dans les aliments et dans l'eau, ainsi que la détection de certains perturbateurs endocriniens parmi les plus répandus comme le Bisphénol A et certains phtalates.

Pour accroître la capacité de contrôle, l'Anses développera une nouvelle stratégie analytique de dosage par criblage permettant de rechercher simultanément 150 pesticides à la fois (technique multi-résidus).

Par ailleurs, l'Anses développera des méthodes permettant de dépister la présence de résidus d'antibiotiques d'origine vétérinaire dans les aliments et d'analyser la présence de contaminants dans les aliments spécifiquement destinés aux enfants de moins de 3 ans.

Il est bien dommage, et finalement choquant, que tous ces travaux n'aient pas été lancés plus tôt. Des sujets majeurs dont nous ne manquerons pas de vous reparler.

Mathilde Emery