L'avenir de l'agriculture est dans la biodiversité

Publié Le 14 Mars 2013 à 11h41
 
La biodiversité est un trésor inestimable qui a permis le développement de l'agriculture et de l'humanité. Mais il ne reste plus aujourd'hui qu'environ 1% à 1,5% des 3,9 milliards d'espèces développées depuis la formation de la terre, il y a 4,6 milliards d'années. Un nouvel ouvrage de la CIRAD* explique pourquoi l'agriculture doit se transformer radicalement.
Cultiver la biodiversité pour transformer l'agriculture
Coordination éditoriale par Etienne Hainzelin
Coll. Synthèses
Ed. Quae

Le terme " biodiversité " est un terme tout nouveau utilisé il y a seulement une trentaine d'années. Devant l'accumulation des preuves de la disparition de milliers d'espèces végétales et animales et microbiennes, les scientifiques se sont mis à étudier ces espèces et la biologie des sols. Ils ont ainsi découvert le rôle fondamental de la diversité du vivant dans le développement de l'activité agricole et ses innovations. Et ils ont constaté que le travail accumulé par des formes de vie depuis des millions d'années pour construire les écosystèmes a été en très grande partie détruit en seulement quelques dizaines d'années. Aujourd'hui il ne nous reste plus qu'à peine 2% de la biodiversité qui nous a été léguée.

Les attaques sur la biodiversité ne datent pas d'hier. Toutes les activités humaines ont toujours eu tendance à la détruire. Mais l'harmonie entre la terre et l'homme a finalement été très longtemps préservée. Ce n'est que depuis une cinquantaine d'années que le phénomène s'est vertigineusement accéléré. Ainsi entre 1945 et 1985, la consommation des pesticides a doublé tous les dix ans. Avides de rendements, les agriculteurs se sont mis à produire toujours plus, avec des produits chimiques de synthèse, des pesticides (insecticides, herbicides, antifongiques) et des engrais, dont ils ne connaissaient pas le plus souvent la toxicité, et soutenus dans leur démarche par la science aveugle qui ne voyait pas, ou ne voulait pas voir, les conséquences de l'artificialisation des milieux et de l'empoisonnement des sols.

L'homme a puisé dans la Nature sans compter. Il n'a pas hésité à la doper aux engrais chimiques de synthèse pour augmenter ses performances. Il n'a pas hésité à attaquer les " parasites " qui venaient diminuer la productivité, en utilisant des armes chimiques de destruction massive. Il n'a pas hésité à manipuler la génétique des plantes pour les rendre plus résistantes aux " parasites ", qui ne cessent de s'adapter...

Aujourd'hui le résultat est désastreux. Oui les rendements ont augmenté mais à quel prix ? 98% de la biodiversité d'origine a disparu. Les produits toxiques se sont accumulés dans les sols et dans les eaux. La pollution, liée à la consommation énorme d'énergie fossile par les exploitations agricoles, a considérablement augmenté. Aujourd'hui la Nature, épuisée, n'arrive plus à suivre. Et la course de vitesse engagée entre les pesticides et les ravageurs est sans fin.

Comment sortir de cette impasse ? Pour Etienne Hainzelin , agronome, Docteur Es Sciences du végétal et conseiller du CIRAD " il est urgent de changer de paradigme , de repenser complètement les relations entre la nature et la société ". Ce n'est donc plus l'agriculture conventionnelle, mais bien l'agriculture respectueuse de la biologie des sols qu'il faut soutenir. Parce qu'elle est source de biodiversité. Et parce que c'est bien la biodiversité va aider l'agriculture à retrouver son âme et son rôle nourrissier.

Bien entendu le retour vers le futur d'une agriculture viable, durable et équitable ne va pas être si simple à piloter. Cette agriculture va devoir concilier la rentabilité et la préservation de l'environnement, mais aussi les équilibres sociaux au niveau mondial. Mais cette nouvelle agriculture est possible. Et c'est même la voie qu'il faut d'urgence emprunter.

Le CIRAD, dont la mission est d'éclairer les politiques et de les aider à prendre les bonnes décisions, vient de publier un ouvrage** de synthèse qui démontre que c'est en utilisant et en respectant la biodiversité que l'on parviendra à concilier la mise en valeur des terres agricoles en harmonie avec la planète ; à résoudre l'équation consistant à produire plus sans utiliser toujours plus de pesticides ou de fertilisants de synthèse, sans gaspiller l'eau, sans augmenter indéfiniment les surfaces agricoles, sans contribuer au réchauffement climatique, et sans nuire à la santé

Généreuse et pas rancunière, la Nature tend aujourd'hui la main à ceux qui l'ont meurtrie et leur propose de revenir à la sagesse. Les politiques et les agriculteurs sauront-ils l'écouter ?

Hervé de Malières

*Cirad : Centre international de recherche pour le développement de l'agriculture
** " Cultiver la biodiversité pour transformer l'agriculture ". Ouvrage coordonné par Etienne Hainzelin. Editions Quae