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La Grande barrière de corail australienne menacée par les pesticides

Publié Le 12 Février 2017 à 12h31
 
L'année 2016 a été plus catastrophique que les précédentes pour les coraux de la grande barrière australienne. Le réchauffement climatique est en cause, mais aussi les polluants provenant de l'agriculture industrielle, comme l'ont souligné plusieurs études scientifiques. Pour les seuls herbicides, 30 000 tonnes se déversent dans le lagon chaque année.
Des coraux morts, tués par le blanchiment - Northern GBR, Nov 2016. Credit: Greg Torda, ARC Centre of Excellence for Coral Reef Studies.

 

La grande barrière de corail australienne est un joyau marin unique. C'est l'écosystème de récifs coralliens le plus étendu au monde (sur 2000 km le long de la côte nord-est de l'Australie), l'un des plus riches et des plus complexes, ce qui lui vaut de figurer au Patrimoine mondial de l'humanité depuis 1981. Mais ce trésor est aujourd'hui menacé au point que l'Unesco a failli le classer " Patrimoine en péril " en 2015.

Ruissellement de pesticides, azote et phosphore

En cause, un ensemble de facteurs, parmi lesquels les polluants issus de l'agriculture industrielle côtière tiennent une place importante (culture de la banane notamment). Les pesticides, absents avant l'installation des européens vers 1850, ruissellent désormais vers la mer. Des estimations récentes évaluent à 30 000 kg/an au moins la quantité des seuls herbicides exportée vers la Grande Barrière (étude de Kroon et al. 2012). Malgré la dilution dans le lagon, des concentrations dépassant un microgramme de pesticide par litre ont été enregistrées. Les scientifiques estiment que la résilience de ce vaste écosystème, également sous la pression du changement climatique, pourrait être réduite en raison des taux élevés de pesticides auquel il est soumis (impact sur les plantes marines et les coraux).

Aux pesticides s'ajoutent les nitrates et le phosphore. Les apports annuels moyens en azote issus des engrais chimiques, qui se transforment en nitrates, ont augmenté de 2 à 5,7 fois dans les eaux du lagon, par rapport à 1850. Cela favorise le développement d'une étoile de mer invasive, l'acanthaster, qui fait des ravages dans les récifs en dévorant les coraux. Les apports moyens en phosphore ont augmenté de 2,5 à 8,9 fois par rapport à la même période. Les excès d'azote et de phosphore rendent le corail plus sensible aux maladies. Les quantités de sédiments transportés par les rivières ont augmenté de 3 à 6 fois, gênant la diffusion de la lumière à travers l'eau. Ces valeurs ont pu être mesurées grâce à des carottages effectués dans les sédiments marins et les coraux.

Réduire de 80% la pollution provenant des terres agricoles

L'Australie a évité en 2015 la procédure de classement de la grande barrière en " Patrimoine en péril " en présentant un plan qui promet de réduire de 80% d'ici à 2025 la pollution provenant des terres agricoles. Plus de deux milliards de dollars doivent être investis dans ce plan, en bonne partie pour améliorer la qualité de l'eau. Le pays a été salué pour cet engagement. Mais en 2016, la pression climatique (élévation de la température de l'eau) et la pollution ont eu raison d'une grande partie des coraux. Au large du Queensland, entre mars et avril, ils ont connu le pire épisode de blanchissement jamais connu. Dans la partie nord de la grande barrière, 67% des coraux sont morts. Même des zones peu concernées par les pollutions agricoles ont souffert. Il est temps que l'Australie prouve sa capacité à produire sans polluer.

Anne-Françoise Roger