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Le ministre de l'Agriculture va interdire le pesticide Cruiser

Publié Le 2 Juin 2012 à 09h41
 
Ce vendredi 1er juin, le ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll s'est prononcé en faveur de l'interdiction du pesticide Cruiser OSR, tenu pour responsable de la mortalité des abeilles par des scientifiques et de nombreux apiculteurs.
Le ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll

En mars dernier, une équipe de chercheur française multipartenarial a mis en évidence l'impact négatif du pesticide Cruiser OSR sur les abeilles dans une étude publiée par la revue Sciences. La mort des abeilles n'est pas liée à une toxicité directe mais à leur désorientation et leur incapacité à retrouver la ruche provoquée par la molécule thiamétoxam. Des taux de mortalité journalière de 25% à 50% ont été relevés chez les butineuses intoxiquées au Cruiser, soit jusqu'à trois fois le taux normal.

Le Cruiser OSR bientôt retiré du marché français

Suite à la publication de cette étude, le Ministère de l'agriculture avait initié une procédure de réévaluation de l'autorisation de mise sur le marché du Cruiser OSR,  commercialisé par le groupe suisse Syngenta et utilisé notamment dans la culture du colza. Vendredi matin, le ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll a décidé de suivre le récent avis défavorable de l'Anses, révélant son souhait d'interdire la commercialisation de ce produit. "L'avis de l'Anses confirme l'effet néfaste observé d'une dose sub-létale du produit concerné sur le retour à la ruche des abeilles butineuses (...). J'ai averti le groupe qui commercialise le Cruiser que j'envisageais de retirer l'approbation de mise sur le marché", a-t-il ainsi déclaré sans toutefois donner d'échéance. Le groupe Syngenta dispose désormais d'un délai de 15 jours pour faire part de ses observations suite à cette décision, a indiqué le ministre.

"Au niveau européen et compte-tenu des conclusions de l'agence, j'ai décidé de saisir sans attendre la Commission européenne de ces questions. Un travail dans ce sens a déjà été confié à l'EFSA mais il conviendra de s'assurer que l'évolution des méthodes d'évaluation prendra bien en compte ces nouveaux éléments" a ajouté Stéphane Le Foll. En effet, parce qu'une telle décision ne peut avoir de sens que si elle est suivie, le ministre a indiqué vouloir "demander immédiatement à la Commission de réexaminer les conditions d'approbation de la substance active (ndlr : la molécule thiamétoxam)" pour son utilisation sur le colza.

Voir la déclaration du ministre au sujet de l'avis de l'ANSES / Cruiser le 1er juin 2012

D'autres causes de mortalité à étudier

"Les abeilles sont indispensables pour 80% des plantes cultivées", a souhaité rappeler le ministre, faisant référence au processus de pollinisation. Au nom de "leur impact direct sur la production agricole", le ministère a donc souhaité donner raison aux environnementalistes et aux apiculteurs, mais il a surtout pris une décision symbolique. Le Cruiser OSR n'est en effet pas la seule cause de mortalité des abeilles. Au-delà, l'ANSES recommande d'ailleurs de réévaluer toute la famille des néonicotinoïdes, dans laquelle on trouve par exemple la substance active du fameux Gaucho.

En tout et pour tout, ce sont près d'une quarantaine de causes de mortalité qui ont été identifiées par les scientifiques et apiculteurs, allant des ondes électromagnétiques au réchauffement climatique, en passant par des champignons ou des parasites transmetteur des germes pathogènes. Ainsi, la mouche Apocephalus borealis a récemment été identifiée par des chercheurs américains comme étant à l'origine de la désorganisation des ruches et la mort des abeilles parasitées. Le mystère du "syndrome d'effondrement des colonies" d'abeilles demeure donc encore entier.

Alicia Munoz