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Le Parlement européen rejette un nouvel étiquetage alimentaire trompeur

Publié Le 7 Février 2012 à 15h10
 
La modification de l'étiquetage nutritionnel visant à autoriser la mention " Contient maintenant X % en moins... " de sel, de graisses ou de sucres, vient d'être rejetée par les députés européens qui l'ont considérée comme ambiguë et trompeuse.

Les industriels de l'agro-alimentaire sont toujours à la recherche de nouvelles idées marketing pour mieux vendre leurs produits. Et tous les moyens sont bons pour y parvenir. Ainsi, sachant que les consommateurs prennent de plus en plus conscience, grâce aux messages répétés des professionnels de santé, que l'excès de sel, de graisses et de sucre c'est mauvais pour la santé, ils ont eu l'idée de vouloir intégrer sur les étiquettes, apres les mentions " Réduit en " et " Allégé/light ", une nouvelle allégation nutritionnelle concernant le sel, la graisse et le sucre : " contient maintenant x % en moins de [nom du nutriment]". Et ils sont parvenus à convaincre la Commission Européenne que l'idée était bonne.

A priori, tout ce qui va dans le sens d'une réduction de ces trois nutriments ne peut qu'être positif. Mais, nous le savons bien, " l'enfer est pavé de bonnes intentions ". Et cela s'est vérifié une fois de plus. Ainsi, après avoir décortiqué le dossier, le Parlement européen, sur proposition de plusieurs députés, dont Corinne Lepage, vient de rejeter cette allégation à une très large majorité la considérant comme " ambiguë, trompeuse et source de confusion pour le consommateur ". Rien que ça.

Des effets pervers

En y regardant de près, on s'aperçoit en effet que cette allégation ne permet, ni de comprendre ses effets bénéfiques (la teneur peut être réduite tout en restant excessive) ; ni de juger de la qualité du produit (ce n'est pas parce que la teneur en sel, par exemple, est réduite que le produit est de bonne qualité) ; ni de comparer la composition du produit alimentaire en question à celle d'autres produits de la même catégorie, et d'autres marques (la teneur en sel, par exemple, peut être réduite tout en étant bien supérieure à celle d'autres produits).

Et que vaut la comparaison des valeurs nutritionnelles d'un produit avec lui-même, sans tenir compte de la teneur de départ en un nutriment donné ?
En outre il est clair que cette mention pénaliserait les produits qui ont déjà une teneur faible en ces nutriments et qui ne pourraient donc pas afficher cette nouvelle allégation nutritionnelle. Ce qui induirait inévitablement les consommateurs en erreur.

Par ailleurs cette nouvelle allégation introduirait de façon évidente une confusion entre les produits qui portent déjà les mentions "réduit en [nom du nutriment]" et "allégé/light".

Elle serait enfin un signe très négatif pour les producteurs. En effet, une réduction d'au moins 10 % pour les micronutriments, de 25 % pour le sodium ou de 30 % pour les sucres/graisses est exigée pour les produits allégés/ lights par rapport à d'autres produits similaires, alors que l'allégation "Contient maintenant x % en moins de [nom du nutriment]" ne requiert qu'une réduction minimale de 15 % seulement de ces nutriments. Si cette allégation avait été retenue il est donc évident que les producteurs auraient été tentés d'abandonner la fabrication de produits " réduit en " ou " allégé/light " aux normes plus exigeantes, la réduction de 15% de sucre par exemple dans la composition d'un produit étant plus simple à réaliser qu'une réduction de 30%.

On se demande comment la Commission Européenne a pu soutenir cette nouvelle allégation sans tenir compte de tous ces effets pervers. En tout cas c'est rassurant de voir que les députés européens veillent parfois au grain et défendent l'intérêt des consommateurs.

Hervé de Malières