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Les pesticides agricoles contaminent les habitations des résidents ruraux

Publié Le 20 Février 2011 à 17h06
 
Une nouvelle étude scientifique montre que les pesticides agricoles utilisés dans un rayon de 1250 mètres autour d'habitations finissent par contaminer l'intérieur de ces maisons !

Une équipe de scientifiques américains conduite par Mary H. Ward, du National Cancer Institute, a cherché à savoir d'où provenaient les résidus de pesticides trouvés dans les moquettes et tapis de résidences. Pour cela ils ont collecté des échantillons de poussières dans les moquettes et tapis de 89 résidences en Californie et ont ensuite analysé les résidus de 7 pesticides très utilisés en agriculture (carbaryl, chlorpyrifos, chlorthal-dimethyl, diazinon, iprodione, phosmet et simazine). Ils ont ensuite dressé la carte des cultures dans un rayon de 1250 m autour de ces résidences et calculé l'intensité de l'usage de ces pesticides dans un rayon de 500 m et 1250 m autour des résidences étudiées durant 3 périodes de temps différentes avant le prélèvement des poussières : 180 jours, 365 jours et 730 jours. Enfin ils ont cherché les éventuelles relations entre l'usage estimé des pesticides et les concentrations de pesticides dans les moquettes/tapis.

Résultats : En cas d'usage de pesticides agricoles dans un rayon de 1250 m autour des habitations durant les 365 jours précédents le prélèvement de poussières, les échantillons présentaient des concentrations de pesticides significativement plus élevées que dans les maisons autour desquelles il n'y avait pas eu d'usage de pesticides agricoles, pour 5 des pesticides étudiés (chlorpyrifos, chlorthal-dimethyl, iprodione, phosmet et simazine). La corrélation la plus forte avec les concentrations de pesticides dans les moquettes était généralement pour un usage de pesticides agricoles dans un rayon de 1250 mètres autour des habitations durant les 730 jours précédents. L'utilisation domestique ou professionnelle des pesticides par les habitants n'avait dans cette étude qu'un impact mineur sur la variabilité de la concentration des pesticides retrouvés (de 4 à 28% seulement). Les auteurs concluent que l'usage des pesticides agricoles aux alentours de ces résidences est un déterminant significatif pour la présence de ces 5 pesticides dans les moquettes /tapis de ces maisons.

Cette étude montre ainsi que l'utilisation de pesticides agricoles, dont certains sont soupçonnés d'être cancérigènes, a un impact sur la contamination des habitations avoisinantes, et donc de l'air que respirent chaque jour leurs habitants, dans un rayon (1250m) bien plus important qu'on ne le pensait auparavant, une précédente étude ayant montré un impact dans un rayon de 750 mètres seulement.

Pour l'association Générations Futures, "ces résultats sont très importants. Ils nous montrent qu'il faut absolument conserver l'arrêté du 12 septembre 2006 qui prévoit dans son article 2 que les pesticides " ne peuvent être utilisés en pulvérisation...que si le vent à un degré d'intensité inférieur ou égal à 3 sur l'échelle de Beaufort " (19km/h) afin de limiter leurs dispersion dans le voisinage et la contamination des riverains. Cet arrêté est en effet contesté par la Fédération Nationale des Producteurs de Fruits (FNPF), après le récent procès de trois pomiculteurs de la région de Brive accusés d'avoir utilisé des pesticides par vent fort, dont le verdict a été mis en délibéré au 10 mars."

"Il faut à la fois conserver cet arrêté, unique et mince protection contre la contamination par les pesticides agricoles dont disposent les riverains des zones de cultures, et relancer la dynamique du plan Ecophyto 2018 qui prévoit la réduction de 50% des pesticides en 10 ans" a ainsi déclaré François Veillerette, porte-parole de Générations Futures. "Au lieu de vouloir nier les conséquences environnementales de l'usage immodéré des pesticides, le monde agricole devrait enfin accepter, alors que s'ouvre le Salon de l'Agriculture, que nous sommes face à un vrai problème de santé publique et que nous devons, ensemble, chercher à mettre en oeuvre des formes d'agricultures moins dépendantes des pesticides, afin de respecter au mieux la santé des utilisateurs eux-mêmes, et celles des consommateurs et des riverains", a-t-il ajouté.

Stella Giani

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