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Les pesticides font mourir les abeilles par désorientation

Publié Le 20 Avril 2012 à 18h14
 
Une équipe de recherche française vient de mettre en évidence le rôle d'un insecticide dans le déclin des abeilles, non pas par mortalité directe mais en perturbant leur orientation et leur capacité à retrouver la ruche. L'exposition à une dose faible et bien inférieure à la dose mortelle de cette molécule entraîne une disparition des abeilles deux à trois fois supérieure à la normale.

Les pesticides sont régulièrement accusés d'être responsables de la baisse croissante et dramatique du nombre d'insectes pollinisateurs et en particulier des abeilles domestiques. Mais qu'en est-il exactement ? Comment agiraient-ils?

Pour le savoir des chercheurs de diverses disciplines rassemblant des spécialistes de l'apidologie, de la biologie du comportement, de l'écotoxicologie et de l'agro-écologie, travaillant à l'INRA et au CNRS, se sont joints aux ingénieurs des filières agricoles et apicoles (ACTA, ITSAP-Institut de l'abeille, ADAPI). Et ils ont étudié le rapport entre l'ingestion d'un insecticide de la famille des néonicotinoïdes, dont on connait le rôle toxique pour le système nerveux central, et la mortalité des abeilles butineuses.
Pour réaliser l'étude, des micropuces RFID ont été sur le thorax de plus de 650 abeilles, ce qui a permis de contrôler individuellement leur entrée ou leur sortie de la ruche grâce à une série de capteurs électroniques.

La moitié des abeilles a été nourrie avec une solution sucrée contenant une dose très faible d'insecticide, comparable à celle que les abeilles peuvent rencontrer dans leur activité quotidienne de butinage de nectar sur une culture traitée. L'autre moitié, le groupe témoin, a reçu une solution sucrée sans insecticide.

L'ensemble des 650 butineuses a ensuite été relâché à 1 kilomètre de leur ruche, une distance habituelle de butinage chez les abeilles domestiques. En comparant les proportions de retours à la ruche des deux groupes d'abeilles, les chercheurs ont évalué le taux de disparition imputable à l'ingestion du produit testé.

L'équipe a ainsi mis en évidence un taux significatif de non-retour à la ruche des abeilles, par un phénomène de désorientation dû à l'intoxication à faible dose. Et lorsqu'elle est combinée à la mortalité naturelle, cette disparition liée à l'insecticide aboutit à une mortalité journalière de 25% à 50% chez les butineuses intoxiquées, soit jusqu'à trois fois le taux normal (environ 15% des butineuses par jour).

Les chercheurs ont voulu aussi évaluer l'impact de l'augmentation du taux de mortalité en période de floraison. Pour ce faire ces valeurs ont été introduites dans un modèle mathématique simulant la démographie des colonies d'abeilles. Les résultats montrent que si la majorité des butineuses étaient contaminées chaque jour, l'effectif de la colonie pourrait chuter de moitié pendant le temps de la floraison - et jusqu'à 75 % dans les scenarii les plus pessimistes. Ce déclin démographique serait critique, à une période où la population de la colonie devrait atteindre un maximum, un préalable nécessaire au stockage de réserves alimentaires et à la production de miel.

Cette désorientation a donc le potentiel de déstabiliser le développement normal de la colonie, ce qui peut en outre la rendre vulnérable aux autres facteurs de stress que sont les pathogènes (varroa, Nosema, virus) ou les variations de la disponibilité des ressources florales naturelles.

Jeannine Czech

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