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Les variations climatiques vont engendrer de plus en plus de guerres civiles

Publié Le 31 Août 2011 à 14h37
 
Selon une étude menée par des chercheurs de l'Université de Columbia publiée dans le magazine scientifique Nature, les variations climatiques, comme celles d'El Nino et La Nina, ont un impact sur le déclenchement des conflits dans les régions frappées par ces cycles naturels, un phénomène qui risque d'être aggravé par la pollution industrielle.
Carte des conflits liés au climat

Selon ces travaux, les pays tropicaux, victimes des tempêtes provoquées par le phénomène climatique El Nino, sont deux fois plus susceptibles d'être frappés par des conflits intérieurs que ceux touchés par le phénomène plus humide et moins chaud appelé La Nina.

La famine, doublée en Somalie d'une guerre civile, qui frappe la Corne de l'Afrique est un exemple-type des effets des variations du climat dont les causes sont naturelles, provoquant sécheresse et tensions dans une société déjà fragilisée, selon les auteurs de l'étude. Ils ajoutent qu'il faudra aussi tirer les leçons des risques venant du réchauffement climatique entraîné, quant à lui, par la pollution industrielle. L'étude montre indéniablement que, même dans notre monde moderne, les variations climatiques ont un impact sur la propension des gens à employer la violence.

Connu sous l'abréviation ENSO (El Nino-Southern Oscillation), El Nino, qui touche l'hémisphère Sud, est un cycle apparaissant tous les deux à sept ans et qui dure entre neuf mois et deux ans. Il inflige des pertes massives à l'agriculture, la pêche et l'exploitation forestière. Le phénomène débute par l'accumulation de masses d'eau chaude dans la partie occidentale du Pacifique tropical et traverse ensuite l'océan. Cette partie du cycle, appelée El Nino, peut susciter des modifications dramatiques dans les précipitations et les températures, déclenchant canicules, vents secs et violents en Afrique, en Asie du Sud et du Sud-Est, en Australie.

Lorsque le cycle s'inverse, il s'appelle La Nina avec un rafraîchissement des masses d'eau dans la partie orientale du Pacifique, favorisant de fortes pluies dans ces régions.

Les auteurs de l'étude ont examiné ces différents phénomènes climatiques observés entre 1950 et 2004 et en ont superposé les données sur les informations concernant les conflits civils internes ayant fait au moins 25 morts par an par pays sur la même période. 175 pays et 234 conflits, dont plus de la moitié ont causé plus de 1.000 morts dans des affrontements, ont été ainsi passés en revue.

Résultats de l'étude : dans les pays tropicaux, il y aurait deux fois plus de risques de conflits armés pendant les années chaudes et sèches d'El Niño que pendant la fraîche saison de La Niña. Ce risque passe, plus précisément, de 3 à 6 %. Un cinquième des 240 conflits qui ont éclaté entre 1950 et 2004 dans ces pays exposés au courant sont survenus aux périodes où El Niño était "actif". Selon les chercheurs, El Nino a pu jouer un rôle dans 21% des cas de guerres civiles dans le monde, un chiffre qui passe à près de 30% dans les pays spécifiquement touchés par ce phénomène climatique.

Difficile néanmoins d'affirmer un lien de causalité entre variations climatiques et belligérances humaines. Les auteurs glissent quelques suggestions : dans une situation d'instabilité, un conflit qui couvait déjà pourrait éclater prématurément pendant cette période chaude. Autre cause avancée : la sécheresse causée par El Niño sape les récoltes, ce qui entraîne une pénurie alimentaire et une chute des revenus agricoles. Enfin, "des psychologues pensent que les comportements agressifs sont généralement plus répandus lors de vagues de chaleurs exceptionnelles", avance le rapport.

L'année 2011 est placé sous le signe d'une arrivée de la Niña. On ne pourra donc reprocher à son alter ego d'être en cause dans le vent de révoltes qui traverse les pays du Maghreb et du Moyen-Orient. Toutefois, là encore, ces troubles pourraient ne pas être tout à fait étranger au climat, à travers son impact sur l'agriculture et l'alimentation.

C'est ce qu'avance une autre étude, publiée le 11 août par des scientifiques du New England complex systems institute (Etats-Unis), qui défriche ce même champ d'investigation. Celle-ci ne se risque pas à établir les causes profondes de ce mouvement de révolte - pauvreté, chômage, système politique, injustices sociales, droits de l'homme... Mais elle s'attaque à son élément déclencheur, la question étant : pourquoi les révoltes ont-elles éclaté à ce moment précis, plutôt qu'à un autre, dans des dictatures en place depuis des décennies ? Réponse : à cause de la hausse des prix des aliments.

Et de fait, là encore, la coïncidence est éloquente, comme le montre le graphique ci-dessus : la courbe noire correspond aux indices des prix de l'alimentation de la FAO (agence onusienne de l'alimentation et de l'agriculture), les lignes rouges à la date de début de conflits civils. Le premier pic retrace les quelque soixante émeutes de la faim qui se répandirent dans une trentaine de pays en 2008 (selon l'étude). Le second dessine les contours du printemps arabe, jusqu'ici moins explicitement associé à la question de la sécurité alimentaire.

Les auteurs du rapport rappellent que le mariage entre faim et révoltes ont une longue tradition historique. Car comment soutenir un régime politique perçu comme incapable d'assurer la sécurité fondamentale de la population ? "Perçu", car ce gouvernement n'a pas forcément, en réalité, de responsabilités dans un système alimentaire globalisé, précise le rapport.

Selon un récent rapport de la FAO, cette escalade des prix alimentaires - de + 40% entre janvier 2010 et février 2011- n'est pas terminée. Et pour l'étude américaine, au-delà de ces fortes fluctuations, la courbe des prix grimpe régulièrement depuis 2004. A ce rythme, ces prix moyens dépasseront un seuil de sécurité, au-delà duquel il y aurait de forts risques d'émeutes de la faim, dans un avenir très proche. D'ailleurs, ce seuil, situé à l'indice 210 de l'index des prix de la FAO, est déjà dépassé : aujourd'hui, en raison du pic exceptionnel des prix, il atteint 234.

Il y a peu de chance que cette tendance à la hausse fléchisse, puisque le réchauffement climatique menace de plus en plus l'agriculture, souligne le rapport. Parmi les causes de ces prix élevés, viennent en première ligne la spéculation des investisseurs sur les marchés des matières premières agricoles et la conversion de terres pour la production d'agrocarburants. Des facteurs évitables car issus de choix politiques, selon les scientifiques.

Bref, suite à ces observations, les scientifiques prévoient que "la sécurité des populations vulnérables sera largement et durablement compromise." Or en matière de prévision, ils ont déjà fait leurs preuves : le 13 décembre 2010, ils ont rendu un rapport au gouvernement des Etats-Unis identifiant le risque de troubles sociaux à cause des prix alimentaires élevés. C'était quatre jours avant l'immolation de Mohamed Bouazizi qui a mené à la révolte du peuple tunisien, précisent les auteurs.

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