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Marché des produits alimentaires bio : la concurrence s'annonce rude

Publié Le 7 Février 2012 à 09h05
 
La consommation de produits bio est en forte progression depuis plusieurs mois. Alors que le bio aiguise les appétits de l'ensemble des professionnels de la filière alimentaire, une étude publiée lundi 6 février par le cabinet Xerfi et qui s'adresse aux industriels et aux distributeurs de produits bio, stipule que la concurrence se renforcera inévitablement à l'avenir. Alors quelles stratégies et quels positionnements adopter pour rester compétitif sur ce marché ?
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Leader Price mise sur le bio
Leader Price mise sur le bio

Le bio perturbé par un environnement économique chahuté

Selon l'étude, la filière alimentaire dans son ensemble restera sous pression jusqu'en 2013. " Face aux menaces sur le pouvoir d'achat (inflation, tensions sur les salaires), les Français procéderont à des arbitrages dans leurs dépenses, y compris alimentaires. Celles-ci progresseront de moins de 1% en volume en 2012 et en 2013. C'est dans ce contexte que les acteurs du bio, exploitants agricoles, industriels agroalimentaires, grossistes et détaillants, évolueront dans les mois à venir " explique ainsi le cabinet Xerfi.

Les acteurs du bio devront s'adapter aux nouvelles attentes des ménages

De puissants moteurs relatifs à la santé, à l'environnement, à l'éthique... ont jusqu'ici porté le marché du bio qui a doublé de taille en 5 ans pour atteindre 4 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2011. Toutefois, les opérateurs devront tenir compte d'autres aspirations de consommation qui se développent, à l'image de la notion de proximité devenue une valeur incontournable dans la filière alimentaire. " La proximité concerne d'abord les produits élaborés localement : l'offre locavore, les produits régionaux du terroir ou encore " made in France ". Ce " locavorisme " montant est une opportunité pour les acteurs du bio " made in France " mais aussi une menace dans la mesure où il représente une offre concurrente pour le consommateur souvent infidèle et zappeur " précise l'étude.

L'impératif de différenciation compte tenu du renforcement de la concurrence

  • Concernant les industries agricoles et alimentaires : La hausse constante de la demande en produits bio transformés incite un peu plus les industriels agroalimentaires à se lancer sur le créneau. Ainsi, aux côtés des spécialistes historiques du marché tels que Distriborg, Léa Nature ou encore la PME Senfas, nombreuses sont les IAA (industries agricoles et alimentaires) " conventionnelles " à élaborer leurs références bio (Charal, Bonduelle, Heinz, Materne...). " Elles devront toutefois rapidement étoffer leurs stratégies de marque dans le bio pour gagner en notoriété et en légitimité. Ce qui n'est pas gagné d'avance comme l'illustre la récente annonce du volailler Duc de son intention de commercialiser d'ici à 2015 quelque 15 000 poulets bio par semaine. Cette initiative a en effet crée un tollé dans la filière bio française car Duc s'appuie sur la réglementation européenne, plus souple en matière de nombre de jours d'élevage et de lien au sol, des aspects décriés par des acteurs commela Fnab (Fédération nationale de l'agriculture biologique) " explique l'étude Xerfi.
  • Concernant les distributeurs : " La crédibilité est aussi une carte à jouer par les distributeurs. D'un côté, la grande distribution alimentaire continue d'étendre son offre bio, notamment à travers ses MDD (U Bio, Carrefour Agir Bio, etc.), et communique massivement sur ses prix bas. De l'autre, les circuits spécialisés, qui ont perdu des parts de marché ces dernières années, misent sur " l'éthique " et comptent s'imposer comme les acteurs les plus légitimes dans l'univers du bio en France. Certains d'entre eux (Biocoop, Biomonde) sont d'ailleurs partie prenante du nouveau label " bio cohérence " (0% OGM, 100% bio) lancé en 2010 " indique Xerfi.
  • Concernant les restaurateurs : Selon l'étude, " les acteurs de la restauration hors foyer ne sont pas restés insensibles aux perspectives du bio en France. Les sociétés de restauration collective en particulier (les SRC) ont intégré des offres bio plus spécifiquement à destination des écoles. Et pour cause : le gouvernement français avait fixé en 2008 un objectif de 20% de produits bio dans les menus des établissements publics en 2012. Cette contrainte est peu à peu devenue un outil de communication pour les SRC qui font de la " nutrition-santé-développement durable " l'un de leurs axes de développement. Du côté de la restauration commerciale, les offres bio sont moins représentées en l'absence de contrainte, même si quelques chaînes de restauration rapide surfent sur la vague du " fast good " (Planetalis, Exki...) ".

Ainsi, même si le secteur de l'alimentation bio semble rattrapé pas la crise, les ventes de produits bio devraient continuer à croître. L'Agence Bio dévoilera d'ailleurs dans quelques jours son étude annuelle sur la consommation du bio en France. Et c'est vraisemblablement une guerre entre distributeurs qui devrait commencer dés les prochains mois et qui s'annonce pour les prochaines années. Entre grandes surfaces et magasins spécialisés, ce sera dans tous les cas les choix des consommateurs qui établiront qui sera gagnant.

Stella Giani