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Marée noire : le point sur la catastrophe BP, un an après

Publié Le 21 Avril 2011 à 11h58
 
Il y a un an exactement, la plateforme pétrolière Deepwater de BP explosait au large des côtes de la Louisiane déversant 4,9 millions de barils brut dans le Golfe du Mexique. Depuis, la compagnie tente tant bien que mal d'effacer les dégâts.

Mercredi, les habitants de Nouvelle-Orléans ont célébré un bien triste anniversaire : celui de l'explosion de la plate-forme Deepwater Horizon, le 20 avril 2010. En un an, BP a tenté d'effacer toutes les traces d'hydrocarbures au large des côtes. De nombreux moyens ont ainsi été mis en oeuvre tels que la dilution par voies chimiques, l'évaporation naturelle.... Mais si la pollution est moins visible, elle reste présente. Pour s'en assurer des journalistes de RTL se sont rendus sur place. Entre 25 et 30% du pétrole ne se serait toujours pas évaporé.

Selon Thad Allen, l'amiral qui avait piloté les efforts du gouvernement contre la marée noir, les Etas-Unis restent exposés : "On ne pourra jamais empêcher un désastre d'avoir lieu " a-t-il ainsi déclaré à l'AFP.

Ayant travaillé sur différentes marées noires depuis les années 80, il a mené les opérations de secours après l'explosion de la plateforme pétrolière, le 20 avril 2010, au large des côtes de Louisiane."Et nous sommes encore en train de nettoyer", a-t-il précisé.

2.000 personnes s'activent encore ainsi pour nettoyer les premiers marécages à avoir été touchés par la marée noire. Les roseaux toujours pollués de la côte du Sud-Est empêchent la nidification de certaines espèces d'oiseaux. "Les quantités sont beaucoup moins importantes que celles que nous avons connues, limitées surtout à des zones marécageuses" a-t-il toutefois ajouté. Les zones de mangroves auraient ainsi été épargnées mais les associations locales craignent que la saison des ouragans ne fasse remonter du pétrole enfoui dans le sable.

Du côté de l'Administration Nationale Océanique et Atmosphérique (NOAA) on estime qu'" il n'y avait aucune raison d'estimer que le Golfe serait rétabli d'ici 2012 ".

Dans l'ensemble, il est encore difficile d'évaluer les conséquences réelles de la catastrophe. Aujourd'hui seuls quelques chiffres circulent, comme la perte de 6104 oiseaux, de 604 tortues de mer ou encore de 153 dauphins. Selon le Conseil américain de défense des ressources naturelles, plus de 1.700 km de zones marécageuses et de plages du Golfe ont été polluées et plus de 6.000 oiseaux sont morts. Mais selon le Guardian, BP tenterait d'étouffer certaines études pour préserver ses intérêts. Les chercheurs ont bien du mal à travailler, va jusqu'à déclarer le magazine américain Nature.

En ce jour d'anniversaire, Barack Obama s'est engagé à "faire tout ce qui est nécessaire" pour rétablir les côtes du Golfe du Mexique. Le gouvernement américain avait déclaré à l'époque un moratoire sur les forages en haute mer et, quelques mois plus tard, le Département de l'intérieur a durci les règlementations auxquelles sont soumises les compagnies voulant acquérir un permis de forage.

"Au plus dur de la crise, quelque 48.000 hommes et femmes ont travaillé sans relâche pour atténuer les conséquences de la fuite. Même si nous avons fait des progrès significatifs, il reste du travail", est-il écrit dans le communiqué de la Maison blanche.

M. Allen a lui exhorté les Etats-Unis à ne pas reproduire les erreurs de la marée noire de l'Exxon Valdez, qui avait déversé 50.000 tonnes de pétrole en mer. Selon lui il ne faut pas concentrer la recherche sur la maîtrise des accidents pétroliers : "Pendant que l'on se focalisait sur les accidents de pétroliers, l'industrie a changé et est allée forer de plus en plus profond". "On ne devrait pas laisser cela arriver. On devrait se concentrer sur l'innovation et les améliorations technologiques pour suivre les changements de l'industrie" a-t-il ainsi affirmé à l'AFP.

Personne ne sembler capable d'évaluer le montant final de la facture pour BP. Plus de 500.000 personnes ont déjà réclamé des dédommagements auprès d'un fonds de 20 milliards de dollars mis en place par la compagnie pétrolière. Ce dernier n'a pour l'instant dépensé que 3,5 milliards de dollars.

Une récente polémique sur la reprise des forages de BP dans le Golfe de Mexique a éclaté en début de mois suite aux allégations du Sunday Times et de la BBC. Selon le Sunday, le groupe serait dans un premier temps autorisé à maintenir ou augmenter sa production dans les puits existants, ne pouvant pas faire d'exploration. Pour l'heure l'administration américaine dément cette information, bien qu'elle ait autorisée en février dernier la compagnie Noble Energy à recommencer les forages dans le Golfe du Mexique.

Il semblerait donc aujourd'hui que le secteur pétrolier n'ait pas réellement été pénalisé par cette catastrophe. Le Congrès américain n'a toujours pas légiféré sur l'engagement des compagnies pétrolières dans le renforcement des réglementations environnementales...

A voir : le reportage poignant d'Isabelle Billet, grand reporter à Thalassa, en exclusivité sur le site blog.france3.fr/equipe-thalassa

Alicia Muñoz

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