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Mortalités des abeilles et pesticides : les apiculteurs contestent une étude du ministère de l'Agriculture

Publié Le 10 Avril 2017 à 11h35
 
L'Union nationale de l'apiculture française (Unaf) conteste une étude écrite par un représentant du ministère de l'Agriculture qui minimise le rôle des pesticides dans la mortalité des abeilles.
"Le dispositif de surveillance des mortalités massives aiguës d'abeilles mis en oeuvre au niveau national est défaillant et non fiable", a déclaré dans un communiqué Gilles Lanio, le président de l'Unaf, principale organisation représentant les apiculteurs professionnels.

 

 

Selon un bilan national officiel paru dans une revue spécialisée* et signé du référent-expert national " Apiculture " rattaché au ministère de l'Agriculture, la première cause des mortalités déclarées d'abeilles serait pathologique, la deuxième étant les mauvaises pratiques apicoles. D'après cette synthèse, dans seulement 6.6% des cas, la mortalité est à relier aux pesticides.

Dés la sortie de cette étude, les associations et promoteurs de pesticides comme Bayer-Monsanto ou encore l'UIPP (Union des Industries de la Protection des Plantes) se sont emparés des résultats pour abonder la thèse selon laquelle les abeilles ne périssent pas, ou très rarement, à cause des pesticides.

Mais cette étude est-elle fiable ? Très surprise par ces résultats, l'Union nationale de l'apiculture française (UNAF), principal syndicat d'apiculteurs français, a souhaité mener l'enquête. Elle a exercé son droit d'accès aux documents administratifs en demandant à disposer d'une partie des documents ayant servi de base à ce bilan national officiel sur la mortalité des abeilles.

Résultat : L'UNAF a découvert des "dysfonctionnements graves" qui sont les suivants :

1/ des disparités régionales dans le nombre de déclarations de mortalité. En effet, certaines régions, pourtant très apicoles, n'enregistrent que très peu, voire aucun cas de mortalité. Comment est-ce possible ?

2/ des disparités régionales dans la manière de conduire les enquêtes : certaines régions ne font jamais ou très rarement pratiquer d'analyses toxicologiques quand d'autres en commandent dans plus de 60% des déclarations. De fait, le nombre d'analyses toxicologiques
commandées influence le nombre de conclusions " cause toxicologique ". Comment le ministère de l'Agriculture justifie-t-il de tels écarts de pratiques ?

3/ une sous-évaluation de l'impact des résidus de pesticides dans la mortalité des abeilles : les services de l'Etat ne prennent pas en compte les effets synergiques décrits par les scientifiques. Ces derniers ont prouvé que les abeilles intoxiquées par les pesticides tombent plus facilement malades. Il faudrait donc chercher la présence de pesticides autant que celles de maladies pour faire la part des choses entre les deux.

4/ l'UNAF a également relevé dans le bilan des biais réglementaires et statistiques qui induisent une surreprésentation des causes pathologiques au détriment des pesticides.

Le président de l'Unaf, Gilles Lanio, conclut : " Au regard de ces éléments, le dispositif de surveillance des mortalités massives aigües d'abeilles mis en oeuvre au niveau national est défaillant et non-fiable ". L'Unaf demande que le processus de collecte de données, leur qualité et leur exploitation soit évalués au plan national par un comité d'experts indépendants, rassemblant les parties prenantes, y compris les apiculteurs.

Stella Giani

* " Mortalité des abeilles, la surveillance officielle des mortalités massives aiguës des abeilles : bilan 2015 et perspectives " est paru dans La Santé de l'Abeille n°275

Lire : "Surveillance officielle des mortalités massives aigües des abeilles : de la déclaration des mortalités au bilan national annuel, un dispositif entaché de graves dysfonctionnements" par l'Union Nationale de l'Apiculture Française