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Nucléaire, gaz de schiste: un combat perdu d'avance ?

Publié Le 28 Janvier 2013 à 16h25
 
La pression économique risque d'obliger le Gouvernement français à maintenir les centrales nucléaires en fonctionnement et à donner le feu vert pour l'exploitation des gaz de schiste.
François Hollande
DOSSIER SPECIAL

Le Comité de pilotage du " Débat national de transition énergétique " a fait le point le jeudi 24 janvier sur son programme d'action pour les mois à venir en présence de Delphine Batho (lire infos Plus). Laurence Tubiana, la " Facilitatrice " du débat, en a profité pour bien rappeler quel était le rôle du Comité : faire remonter les demandes, identifier des consensus et formuler au gouvernement des recommandations sur les stratégies à mettre en place pour assurer la transition énergétique, mais sans nuire pour autant à la compétitivité de la France. Ce dernier point est fondamental à souligner car il ouvre directement la porte à la remise en question des promesses du candidat François Hollande concernant l'énergie nucléaire et les gaz de schiste. Peut-on se passer de ces deux sources d'énergie sans nuire à la compétitivité ?

Le Président de la République avait déclaré pendant sa campagne électorale qu'il allait réduire la part du nucléaire dans la production d'électricité pour la faire passer de 75% actuellement à 50% d'ici 2025.

Et dans la foulée il avait précisé qu'il allait commencer par demander la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim, l'une des plus anciennes de France, située sur une faille sismique, et cela dès 2016. L'Elysée vient d'ailleurs de confirmer que cela serait fait début 2017 au plus tard. Mais la petite phrase de Delphine Batho, notre ministre de l'Ecologie et de l'Energie, prononcée ce samedi 25 janvier 2013, et dans laquelle elle dit que la centrale de Fessenheim ne présente pas de problème de sécurité est loin d'être anodine. Si la centrale est sûre pourquoi la fermer ? Bien que la déclaration ait été faite pour justifier juridiquement la poursuite de l'activité de la centrale, elle pourrait en fait préparer le terrain d'un prolongement de sa durée de vie bien au-delà, et, dans la foulée, de toutes les centrales. D'ailleurs l'Etat vient d'annoncer la création d'un fond de modernisation des entreprises nucléaires (FMEN) doté de 153 millions d'euros pour aider les PME spécialisées dans le nucléaire et faire connaître leur savoir faire à l'international. En général on n'investit pas dans un secteur que l'on ne souhaite pas développer.

Il faut dire que beaucoup d'économistes et de spécialistes du nucléaire estiment que ce serait un énorme gâchis que de se passer de cette énergie présentée comme étant sans risque, malgré ce qui s'est passé à Tchernobyl et à Fukushima, et bon marché alors que, par exemple tous les coûts de démantèlement et de stockage des déchets, notamment les déchets de haute activité et longue durée de vie, ne sont pas pleinement pris en compte . Mais c'est un argument massu dans le contexte économique actuel, car le coût de l'énergie compte beaucoup dans la compétitivité des entreprises. Alors si le nucléaire est " sûr " et " pas cher ", pourquoi s'en passer ? Louis Gallois dans son rapport au Gouvernement a d'ailleurs estimé que ce serait une grave erreur de l'abandonner. Les Allemands et les suisses qui ont fait le choix inverse sont des ânes.

Quant aux gaz de schiste, le problème est du même niveau. François Hollande après son élection a fini par dire récemment que si de nouvelles techniques autres que la fracturation hydraulique était mises au point, l'exploitation des gaz de schiste deviendrait possible. Il faudrait en effet être stupide, nous disent les économistes, et Alain Minc, pour ne pas exploiter les réserves, a priori considérables, de notre sous-sol, comme le font par exemple les Etats-Unis. Que pèse en effet la pollution des nappes phréatiques et de l'environnement liée à la fracturation hydraulique face aux avantages de cette manne énergétique ?

Delphine Batho a tenu à rappeler, le 24 janvier, devant la presse que rien n'était encore figé, et qu'elle attendait beaucoup du débat " ouvert et citoyen " sur la transition énergétique organisé dans toutes les régions de France jusqu'en juillet 2013. Mais elle a précisé aussi que les recommandations que va faire le Comité de pilotage à l'issue de cette concertation, ne seraient que des recommandations faites au Gouvernement. Et que le Parlement, bien évidemment aurait le dernier mot.

Autrement dit ces recommandations vont pouvoir servir, éventuellement, d'alibi à François Hollande pour ne pas tenir ses promesses électorales sur le nucléaire et les gaz de schiste au nom du réalisme politique. Et les parlementaires pourront décider d'en tenir compte ou pas au nom du réalisme économique.

Mais restons optimistes. Ce débat pourra peut être nous réserver de bonnes surprises au nom du réalisme écologique.

Hervé de Malières