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Nucléaire : l'Allemagne jette l'éponge

Publié Le 5 Avril 2011 à 18h21
 
Après avoir annoncé la fermeture de huit centrales suite à l'accident de Fukushima, l'Allemagne a décidé de sortir du nucléaire d'ici 2020. Et si c'était le début d'un effet domino ?
DOSSIER SPECIAL

L'Allemagne n'a jamais vraiment aimé les centrales nucléaires. C'est dans ce pays que les anti-nucléaires se sont montrés depuis longtemps les plus virulents. Et aujourd'hui la catastrophe de Fukushima leur donne raison sur trois points :

- Oui l'énergie nucléaire malgré les progrès techniques n'est pas une industrie sûre, ni contrôlable en cas d'accident majeur, toujours possible;

- Oui le prix à payer pour le nucléaire est trop élevé car il fait courir aux populations, à l'ensemble de l'humanité et à l'environnement des risques considérables liés à la radioactivité émise en cas d'accident, mais aussi aux déchets, et dont les effets peuvent durer des centaines d'années ;

- Oui c'est sur les énergies propres et renouvelables, et les économies d'énergie, qu'il faut désormais miser.

Angela Merkel a compris très vite après l'accident survenu à Fukushima, même si l'opportunisme électoral et politique l'y a un peu poussée, qu'elle ne pouvait pas rester sans réagir face à l'événement. Elle a donc décidé, malgré les vives critiques des industriels et de nombreux économistes, d'arrêter 8 centrales nucléaires d'ici la fin de l'année 2011. Et aujourd'hui, alors que le drame continue au Japon et s'enlise, son Gouvernement a décidé, selon le Ministre de l'Environnement Jurgen Backer, non seulement de ne plus remettre ces huit centrales en fonctionnement, mais de fermer les neuf autres centrales que compte le pays et d'abandonner carrément l'énergie nucléaire d'ici 2020.

L'annonce a été faite dans le cadre du Sommet organisé aux Emirats Arabes Unis par l'Agence Internationale sur les Energies Renouvelables (AIER).
Bien entendu cette décision va avoir des conséquences que l'Allemagne va avoir à gérer en seulement quelques années.

Des conséquences économiques : elle va devoir acheter de l'énergie pour compenser. Elle a déjà par exemple doublé ses importations d'électricité française depuis la mi-mars.

Des conséquences éthiques : elle va devoir assumer le fait qu'elle renonce au nucléaire par sécurité tout en s'approvisionnant en énergie atomique, auprès de la France en particulier qui possède, rappelons-le, le deuxième parc nucléaire du monde avec ses 58 réacteurs.

Des conséquences environnementales enfin : l'Allemagne qui possède encore de grandes réserves de charbon dans ses sous-sols risque fort d'être tentée de mettre en surchauffe les centrales thermiques dont on sait qu'elles émettent de très grandes quantités de C02 contribuant ainsi au réchauffement climatique de la planète.

Mais l'Allemagne est un pays particulier que bien des dirigeants, dont notre Président Nicolas Sarkozy, regardent avec envie. L'Allemagne a en effet réussi l'intégration de la RDA communiste dans son giron sans que son économie ne s'effondre, bien au contraire.

L'Allemagne a réussi, grâce à son engagement limité dans le nucléaire, à développer des technologies de pointe dans le domaine des énergies renouvelables, l'éolien, le solaire et la biomasse notamment, et devenir ainsi l'un des leaders mondiaux de ce type d'énergies.

Enfin l'écologie est depuis longtemps un sujet de préoccupation très important pour les Allemands. A tel point qu'ils viennent de voter massivement pour les verts Allemands " Die Grünen " lors des élections régionales qui viennent de se tenir dans deux Land fin mars. Ainsi dans la région du Bade-Wurtenberg, deuxième Land allemand en termes de population, le parti " Die Grünen " a obtenu 24% des suffrages. Et dans la région de Rhénanie-Palatinat il a quadruplé son score électoral le portant à plus de 15%. Ces résultats consacrent le parti " Die Grünen " comme la troisième force de l'Assemblée allemande dont le consentement va être nécessaire pour l'adoption des futures lois fédérales.

L'Allemagne n'est donc pas seulement un exemple économique. Elle veut aussi devenir un exemple écologique. Et montrer qu'il n'est pas utopique de vouloir sortir du nucléaire. Y parviendra-t-elle ?

" Là ou la volonté est grande, les difficultés diminuent " affirmaient Nicolas Machiavel.

José Vieira

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