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Nucléaire : la France a peur

Publié Le 6 Avril 2011 à 15h42
 
Un sondage Ifop réalisé pour France Soir vient de révéler que 56 % des Français sont inquiets par le parc de nos 58 centrales nucléaires. Et 83% des personnes interrogées, de tous bords politiques, souhaitent que l'énergie nucléaire soit réduite au profit d'autres sources d'énergie.
DOSSIER SPECIAL

La catastrophe de Fukushima vient de rappeler une nouvelle fois, s'il en était besoin, après Three Miles Island aux Etats Unis, et Tchernobyl en Ukraine, que l'énergie nucléaire présente des risques très élevés pour l'environnement et notre santé.

Certes les accidents sont très rares. Mais, on le voit bien, ils sont imprévisibles et quand ils surviennent, il n'y a qu'à regarder ce qui se passe depuis près d'un mois au japon, malgré les moyens énormes mis en place, l'aide internationale des meilleurs experts, il est extrêmement difficile, voire impossible, de maitriser l'emballement de l'atome. La seule chose possible est de tenter de limiter les dégâts.

Les conséquences d'une catastrophe nucléaire on le voit bien sont désastreuses : irradiation du personnel des centrales, irradiation des habitants dans un périmètre pouvant atteindre plusieurs dizaines de kilomètres autour de la centrale, évacuation massive et définitive de la population environnante sur un très large périmètre; contamination des sols par des particules radioactives dont la demi-vie peut dépasser plusieurs siècles ; interdiction définitive d'accès à la zone contaminée ; contamination de l'eau des nappes phréatiques et de l'eau de mer ou de rivières qui servent au refroidissement des réacteurs et des combustibles radioactifs usagés; contamination de l'air au niveau local mais aussi à l'échelle de la planète en cas d'explosions et de formation de nuages radioactifs....

Face à ces risques majeurs, cumulés au fait que l'on ne sait toujours pas éliminer définitivement les très grandes quantités de déchets radioactifs produits par les centrales nucléaires, on nous présente des avantages censés l'emporter tel l'indépendance énergétique. Mais cette indépendance est toute relative car il faut se procurer l'uranium auprès de quelques pays producteurs, notamment africains. Et lorsque l'on voit à quel point l'Afrique est déstabilisée politiquement, on peut se poser des questions. Sans compter que l'uranium n'est pas inépuisable. Et que les prix de cette matière première, comme celui du pétrole, peut dans les prochaines années, exploser.

Reste l'argument majeur : les centrales nucléaires n'émettent pas de gaz à effet de serre. Et c'est d'ailleurs sur la base de cet argument que la France fait pression auprès de la Commission Européenne pour que l'énergie nucléaire soit classée dans la catégorie des énergies propres, au même titre que le solaire ou l'éolien...Il faut oser !

Non, bien qu'étant très important, cet argument ne peut à lui seul l'emporter contre les risques. D'autant qu'il existe d'autres sources d'énergie propres et renouvelables. Et les Français l'ont bien compris comme le montre le sondage de l'Ifop.

Ainsi à la question : " Souhaitez-vous que la France, d'ici 20 à 30 ans, diminue de façon significative la part du nucléaire au profit d'autres sources d'énergie ", 83% des personnes interrogées ont répondu " oui ". Et leur appartenance politique a été laissée au placard puisque le souhait a été exprimé par 66% d'électeurs de l'UMP, 79% du FN, 80% de sympathisants Bayrou, et 90% de sympathisants de gauche.

Et c'est bien la crainte des risques nucléaires qui motive globalement ce choix puisque 56% des sondés ont répondu qu'ils étaient inquiets par le parc nucléaire français. Bien sûr les personnes interrogées sont tout à fait conscientes de la difficulté de sortir du nucléaire. Mais 73% ont estimé possible un tel changement.

Déjà dans d'autres pays du monde l'énergie nucléaire est remise en cause. L'Allemagne a décidé de sortir de l'atome d'ici 2020. Et on ne peut pas dire que les Allemands sont des irresponsables qui ont tout d'un coup choisi de casser leur économie, et de s'éclairer à la bougie. Non, ils sont tout au contraire bien placés pour savoir qu'il y a dans les énergies renouvelables le potentiel nécessaire pour remplacer progressivement le nucléaire : ils sont devenus l'un des leaders mondiaux des technologies des énergies vertes.

Lire : Nucléaire : l'Allemagne jette l'éponge

L'Angleterre vient quant à elle de reporter son projet de construction d'une nouvelle centrale de type EPR pourtant censée beaucoup plus sûre. La Suisse ne veut plus construire de nouvelles centrales. Les Russes et les Bulgares ont suspendu leur projet de construction d'une centrale sur le Danube... Et nul doute que les Japonais vont revoir totalement leur politique énergétique suite à l'accident de Fukushima.

Mais notre Président de la République, Nicolas Sarkozy, ne l'entend pas de cette oreille. Hier, en déplacement dans la Somme pour inaugurer les travaux du Canal Seine-Europe du Nord, il a de nouveau exclu l'arrêt des centrales nucléaires françaises. Et il a précisé " je me battrai pour défendre le nucléaire ", parce que " il n'y a pas d'énergie alternative en l'état actuel des choses sauf à dire aux Français qu'ils vont maintenant se chauffer et s'éclairer à la bougie ". Quel argument imparable !

Pourtant, aujourd'hui, en Norvège, par exemple, 58 % de l'énergie utilisée est renouvelable. La Norvège a la production la plus importante en Europe d'énergie hydroélectrique, ce qui représente 96 % de sa production électrique. Et l'énergie éolienne en mer est en plein développement.

Mais cela apparemment ne compte pas. Pour notre Président c'est le nucléaire ou le retour au Moyen Age. Il sait ce qui est bon pour nous, pauvres imbéciles qui ne comprenons décidément rien. Et il va nous imposer son choix, pour notre bien à tous, évidemment. Et un jour, plus tard, on lui dira merci.

Pour lui " le vrai débat n'est pas " pour ou contre le nucléaire ", " c'est celui de la sûreté nucléaire ". Oui c'est bien l'éternel débat. Mais on voit bien comment le Japon, champion du monde des nouvelles technologies, qui n'avait même pas peur de construire des centrales sur des zones sismiques, tellement il était sûr de l'efficacité de ses mesures de sécurité, et qui avait tout prévu, se retrouve aujourd'hui dans une situation lamentable, obligé de bricoler, d'improviser, face à une situation catastrophique aux conséquences humaines et environnementales insupportables.

La France, qui détient le 2ème parc mondial de centrales nucléaires, serait bien inspirée de tenir compte de la réalité, et de l'opinion publique qui fait part de son inquiétude justifiée, et qui indique clairement une sortie progressive du nucléaire pour privilégier les autres sources d'énergies propres et renouvelables.

Hervé de Malières

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