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Paul François : l'agriculteur qui fait trembler Monsanto

Publié Le 13 Décembre 2011 à 13h00
 
Ce lundi 12 décembre au tribunal de grande instance de Lyon, s'est déroulée la première instance du procès de Paul François contre Monsanto. L'agriculteur avait été intoxiqué en 2004 au Lasso, puissant herbicide commercialisé par la firme jusqu'en 2007.
Paul François, lors d'une interview accordée à l'association Générations Futures.

Cela fait 5 ans que Paul François, avec l'aide de son avocat Maître Lafforgue, se bat pour faire reconnaitre les dommages qu'il a subit depuis l'inhalation du Lasso et engager la responsabilité du géant Monsanto dans son intoxication.

Déjà relaté dans l'un de nos précédents articles, l'accident a eu lieu le 27 avril 2004. Après le traitement d'un champ de maïs, l'agriculteur entreprend le nettoyage d'une cuve d'où s'échappent des vapeurs gazeuses très nocives qu'il inhale à pleins poumons. Il tombe alors dans le coma et est frappé d'amnésie. En 2008, les séquelles de son accident sont reconnues maladie professionnelle par le tribunal des affaires de sécurité sociale (TASS) de Charente. Mais le céréalier n'en reste pas là. Il décide d'assigner en justice la firme Monsanto qui commercialise le Lasso.

Le premier proccès du genre en France

L'audience qui s'est tenue hier en début d'après-midi au tribunal de grande instance de Lyon est ainsi une première en France selon Me François Lafforgue.

D'après l'AFP, l'avocat de l'agriculteur a insisté sur la responsabilité de la firme américaine rappelant que le produit en question avait été retiré du marché en 1985 au Canada, 1990 en Belgique, deux ans plus tard au Royaume-Uni et seulement en 2007 en France. Preuve que Monsanto aurait dû se soucier de sa nocivité avant l'interdiction de sa commercialisation au sein de l'Union européenne. 

L'association Générations Futures, qui a assisté au procès, a jugé la plaidoirie de la partie adverse "bien pauvre", l'avocat de Monsanto ayant principalement fait valloir le respect des règles en matière d'information fidurant sur l'étiquette imposées par l'Etat. L'avocat du géant agrochimique a mis en doute la survenue de l'accident lui-même, affirmant que personne n'était présent au moment de l'accident, et allant jusqu'à suggérer une intoxication volontaire.

Pesticides et maladies : la fin de l'omerta ?

Toutefois, Générations Futures reste confiante. "L'impression laissée par les plaidoiries et le juge sont bonnes. Maintenant la justice doit faire son travail et nous attendons avec impatience le délibéré prévu le 13 février 2012", a ainsi déclaré François Veillerette, porte-parole de Générations Futures.
"Si le juge venait à reconnaitre la responsabilité de Monsanto dans cette affaire cela constituerait une première et ne permettrait plus aux firmes de se cacher dernières des arguments spécieux en se défaussant de leur responsabilité sur le Gouvernement ou les utilisateurs eux-mêmes", conclut-il.

Alors que Paul François a reçu le soutien de nombreux agriculteurs de la région hier et que la salle d'audience était comble, ce procès révèle la nécessité de mettre fin au tabou sur les maladies liées à l'utilisation de pesticides.

Olivia Montero