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Perturbateurs endocriniens : le Parlement européen s'oppose à la Commission

Publié Le 5 Octobre 2017 à 17h46
 
Les eurodéputés ont tranché le 4 octobre : les critères qui définissent les perturbateurs endocriniens proposés par la Commission européenne ne sont pas assez protecteurs de la santé des citoyens. Cette dernière va devoir revoir sa copie rapidement.
Après la Commission environnement du parlement européen le 28 septembre, l'assemblée plénière a également rejeté le 4 octobre la proposition de la commission européenne sur les critères des perturbateurs endocriniens (par 389 voix contre 235).

 

"C'est une nouvelle victoire", se réjouit l'ONG Générations futures. L'assemblée plénière du Parlement européen a rejeté le 4 octobre les critères de définition des perturbateurs endocriniens, jugés trop laxistes pour protéger efficacement la santé des citoyens européens.

La principale raison invoquée par les parlementaires européens est le fait que la Commission européenne aurait outrepassé son mandat en proposant d'exempter du champ de la définition des perturbateurs endocriniens certains pesticides et biocides justement conçus pour avoir un effet endocrinien. Précisément, certains produits conçus pour agir sur le système endocrinien de certains organismes n'auraient pas été considérés perturbateurs endocriniens s'ils agissaient également sur des organismes proches. Les eurodéputés ont jugé cette dérogation illégale.

"Nous nous réjouissons de la lucidité d'une majorité des eurodéputés du Parlement européen qui s'opposent à cette proposition de la Commission européenne qui n'est pas acceptable en l'état. Ce que le Gouvernement français n'a pas su entendre, nos représentants européens l'auront eux bien compris." a déclaré F. Veillerette, porte-parole de Générations Futures.

Ces critères vont en effet servir à interdire ou limiter les perturbateurs endocriniens (PE) présents dans de nombreux produits : alimentation, cosmétiques, produits ménagers, jouets, pesticides... Ces substances sont accusées de favoriser par exemple les cancers hormonaux dépendants en plein développement (sein, prostate...), le diabète, l'obésité, l'infertilité, les pubertés précoces chez les petites filles ou encore les malformations congénitales.

Une forte mobilisation scientifique et citoyenne en faveur d'une amélioration des critères

En amont du vote des parlementaires européens, il faut savoir qu'une une pétition -portée par des scientifiques et des citoyens - a été lancée sur la plateforme SumofUs, qui a recueilli plus de 31.5000 signatures. Les populations sont en effet très inquiètes sur ce sujet, et souhaitent que leur santé soit mieux protégée par les pouvoirs publics.

Des enjeux de santé publiques mais également de gains économiques

Le coût sanitaire des PE en Europe s'élèverait chaque année à près de 160 milliards d'euros soit environ 1,23% du PIB de l'UE, selon une série d'études conduites par le Journal of Clinical Endocrynology and Metabolism. Et il ne s'agit pas là du haut de la fourchette qui atteindrait 270 milliards d'euros annuels soit 2% du PIB de l'UE. Aux Etats-Unis, les dégâts sanitaires directement ou indirectement imputables aux PE coûteraient 340 milliards de dollars par an, estime la revue médicale britannique Lancet Diabetes & Endocrinology. Des chiffres astronomiques qui ont sans doute participé à convaincre les eurodéputés. La commission européenne va devoir soumettre rapidement une nouvelle proposition avec des critères plus crédibles.

"La Commission, et les Etats membres, doivent placer la santé au-dessus des intérêts économiques à court terme. N'oublions pas qu'une meilleure santé, c'est aussi des gains économiques", estime Elisabeth Ruffinengo, responsable plaidoyer WECF France, (Women Engage for a Common Future), un réseau de 150 organisations non gouvernementales, qui agit pour construire avec les femmes un monde juste, sain et durable.

AF Roger