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Perturbateurs endocriniens : les Eurodéputés ont trois mois pour faire mieux

Publié Le 19 Juillet 2017 à 16h31
 
La dernière chance de limiter l'usage des perturbateurs endocriniens est désormais entre les mains du Parlement européen. Il peut encore faire barrage au texte laxiste proposé par la Commission européenne et adopté par les Etats membres, y compris la France malgré les engagements de Nicolas Hulot.

 

Depuis des mois, toutes les ONG et les plus grands spécialistes scientifiques dénoncent les propositions très insuffisantes de la Commission européenne pour arrêter les critères scientifiques définissant les perturbateurs endocriniens. Ces critères serviront à en limiter ou en interdire l'usage, d'abord dans les pesticides puis les aliments, les médicaments, les cosmétiques...

Le texte des propositions jugé laxiste a été adopté le 4 juillet par le Comité technique chargé du dossier qui réunit des experts des 28 Etats membres. Et cela grâce à la France qui a voté en sa faveur, malgré les engagements de Nicolas Hulot, ministre de la transition écologique et solidaire, de " rester ferme ". C'est-à-dire de maintenir la position exigeante du précédent gouvernement.

" On a gagné une bataille, mais pas la guerre ", a déclaré Nicolas Hulot à l'AFP, regrettant de n'avoir pu faire supprimer une dérogation pour les produits spécifiquement conçus pour avoir une action de perturbateurs endocriniens . La commission européenne, elle, s'est félicitée d'une avancée " vers le premier système de régulation dans le monde avec des critères légalement contraignants ".

Trois mois pour réagir

Les ONG, très déçues, sont en revanche unanimes à critiquer un système peu protecteur.
" Ce texte ne permettra (...) pas de protéger efficacement la santé humaine et l'environnement car il exige un niveau de preuve beaucoup trop élevé avant de pouvoir exclure une substance et prévoit des dérogations à l'interdiction pour de nombreuses substances perturbateurs endocriniens ! Il s'agit d'un véritable renoncement que nous dénonçons ", écrit Générations Futures.

Les ONG appellent à présent le Conseil (représentant les 28) et le Parlement européen à rejeter le texte qu'ils ont trois mois pour examiner avant sa finalisation. S'il est probable que le Conseil suive le vote du 4 juillet, le Parlement pourrait être plus offensif. Il est déjà monté au créneau en adoptant une résolution en juin 2016 pour réclamer une action immédiate de Bruxelles sur la définition des perturbateurs endocriniens.

Plusieurs pétitions circulent en ce sens. " Signez cette pétition pour demander aux eurodéputés de ne pas voter ces critères inacceptables ! C'est notre dernière chance de pouvoir forcer la Commission à proposer une autre définition pour les perturbateurs endocriniens, réellement protectrice de la santé humaine et de l'environnement ", explique une pétition de Générations Futures. L'ONG rappelle que 90% des Français sont favorables à ce que le gouvernement poursuive et amplifie la politique de lutte contre ces produits.

Anne-Françoise Roger