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Pesticides : alerte sur l'effet des néonicotinoïdes sur les femmes enceintes

Publié Le 5 Avril 2018 à 16h48
 
Les insecticides néonicotinoïdes, encore appelés "tueurs d'abeilles", les plus utilisés dans le monde, ont un effet sur le fonctionnement hormonal des femmes enceintes, selon une étude scientifique québécoise.
Les insecticides néonicotinoïdes perturbent la production des oestrogènes selon une étude québécoise menée par l'Institut national de la recherche scientifique (INRS)

 

Si les effets des insecticides néonicotinoïdes ont été étudiés sur les abeilles, ils l'ont peu été sur les humains. Un organisme de recherche canadien, l'Institut national de la recherche scientifique (INRS), a ainsi décidé d'étudier les impacts de ces produits sur la santé humaine. Les premiers résultats de son étude devraient être publiés prochainement dans la revue scientifique Environmental Health Perspectives.

"A notre connaissance, on est les premiers à émettre un avertissement sur l'effet des néonics comme perturbateurs endocriniens chez l'humain" a expliqué la chercheuse Elyse Caron-Beaudouin à Radio Canada.

Les néonicotinoïdes perturbent la production des oestrogènes

Dans cette étude, l'INRS s'est notamment intéressé aux femmes enceintes. Les chercheurs ont utilisé en laboratoire un outil qui mime la relation cellulaire entre le foetus et le placenta. Cet outil a ensuite été soumis aux néonicotinoïdes, à des concentrations que l'on trouve dans l'environnement des régions agricoles. Résultats : les insecticides ont perturbé le fonctionnement hormonal, augmentant la production d'aromatase, une enzyme clef dans la production des oestrogènes.

Cette découverte est importante car le développement du foetus dépend de la production des oestrogènes, un dérèglement peut avoir des conséquences comme un plus petit poids du bébé à la naissance ou un périmètre crânien plus petit. D'autre part, une augmentation de la production d'oestrogènes favorise le développement du cancer en accélérant la multiplication des cellules cancéreuses.

Les chercheurs incitent aujourd'hui le gouvernement canadien à combiner leurs résultats avec des études plus larges, regrettant que ce travail arrive après la mise sur le marché des insecticides. "On lève un drapeau rouge. Ces études auraient dû être faites avant d'autoriser l'utilisation de ces produits" regrette Elyse Caron-Beaudouin, qui souligne également l'importance de l'"effet cocktail" lié à la combinaison de plusieurs contaminants qui n'a pas été pris en compte dans cette étude. "Dans une optique d'analyse du risque, l'idéal serait d'avaluer les effets et la toxicité des mélanges de ces contaminants" explique la chercheuse.

La contamination de l'environnement aux néonicotinoïdes est générale

Les néonicotinoïdes sont retrouvés dans 99% des champs de maïs et de canola (variété de colza) et dans 50% des cultures de soja au Québec. "Le ministère de l'environnement en a retrouvé dans la totalité de ses analyses de cours d'eau agricoles et les critères de qualité de l'eau étaient dépassés dans 99% des cas. Ces insecticides ont récemment été retrouvés dans le fleuve Saint-Laurent et dans les Grands Lacs", écrit Radio-Canada.

Il faut savoir que les insecticides néonicotinoïdes sont également utilisés sur des millions d'hectares de cultures en France. Même les zones de montagne n'y échappent pas ! (Lire l'article Pesticides : les champs français contaminés aux néonicotinoïdes sur des millions d'hectares)

Une étude franco-suisse parue dans la revue Science du 6 octobre 2017 a montré que les trois quarts des miels produits dans le monde contiennent des résidus d'insecticides néonicotinoïdes.

De l'abeille à l'être humain, la contamination est générale... et pourtant l'usage des néonicotinoïdes continue d'augmenter alors même que les impacts négatifs de ces produits ont déjà été amplement démontrés par de nombreuses études.

AFR