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Pesticides et santé : l'étau se resserre autour du glyphosate

Publié Le 16 Février 2016 à 10h01
 
Alertée par l'ANSES, Ségolène Royal vient de demander une réévaluation immédiate de l'ensemble des produits phytosanitaires contenant du glyphosate (considéré comme cancérigène par le CIRC), et des co-formulants de la famille des Tallow amines. Elle demande en outre le retrait des autorisations de mise sur le marché des produits concernés présentant des risques préoccupants.

 

Le glyphosate est un herbicide non sélectif très largement utilisé en France, par les professionnels, mais aussi par les jardiniers amateurs. Il entre notamment dans la composition du Roundup commercialisé par la firme Monsanto.

Entre 2008 et 2014, les quantités vendues de ce pesticide de synthèse se sont élevées à un tonnage annuel compris entre 5157 tonnes et un peu plus de 7421 tonnes pour les produits dont l'emploi n'est pas autorisé en jardin. Concernant les produits dont l'emploi est autorisé en jardin, ce tonnage est compris entre 1264 tonnes et 2055 tonnes selon les années.

Le glyphosate fait ainsi partie, avec le soufre, des deux produits phytosanitaires les plus vendus en France.

Or le 10 mars 2015, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), placé auprès de l'organisation mondiale de la santé (OMS), a annoncé que le glyphosate devait désormais être classé cancérigène 2A, soit " cancérigène probable pour l'homme ", considérant le faisceau de preuves de cancérogénicité du glyphosate limité au plan épidémiologique, mais suffisant au plan expérimental chez l'animal et au plan des mécanismes d'induction tumorale (génotoxicité, stress oxydant...).

Dès le 16 octobre 2015, l'Anses (Agence de sécurité sanitaire de l'alimentation) a donc demandé à un groupe d'expertise collective d'urgence (GECU) d'identifier si les résultats des études de génotoxicité du glyphosate sont suffisamment robustes compte tenu des protocoles utilisés, et si ces résultats doivent conduire à des études supplémentaires concernant les formulants destinés à améliorer l'efficacité des herbicides, et/ou sur les préparations contenant du glyphosate et des formulants.

Au vu de l'ensemble des résultats analysés, l'ANSES vient d'annoncer dans un rapport remis à Ségolène Royal ce vendredi 12 février 2016, et ceci en contradiction avec les conclusions du CIRC, que " le niveau de preuve de cancérogénicité du glyphosate chez l'animal peut être considéré comme relativement limité " et que " il est peu probable que le glyphosate ait un effet potentiel sur la perturbation endocrinienne des voies dépendantes de la régulation oestrogénique ".

En revanche, l'Agence estime que le mélange du glyphosate avec certains co-formulants, notamment des co-formulants de la famille des Tallow amines, peut présenter des risques particuliers pour les utilisateurs du grand public ou du monde agricole. Les Tallow amines sont des agents tensio-actifs qui augmentent l'activité des herbicides en améliorant la mouillabilité de la surface hydrophobe des plantes et la pénétration de l'herbicide dans la plante.

La Ministre de l'Environnement, Ségolène Royal, vient donc de demander à l'Anses de réexaminer immédiatement l'ensemble des préparations de glyphosate contenant ces co-formulants et de retirer d'ici la fin du mois de mars les autorisations de mise sur le marché des préparations phytopharmaceutiques contenant ces co-formulants présentant des risques préoccupants.

L'association Générations Futures, qui soutient la décision de la ministre de l'écologie, rappelle cependant "que de nouveaux adjuvants tout aussi problématiques pour la santé ont été développés ces dernières années par des firmes comme Monsanto et qu'il faut aussi interdire sans délai les préparations associant glyphosate et ces autres adjuvants, dans un soucis de cohérence et d'efficacité".

Hervé de Malières