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Pesticides : grande manifestation contre "les tueurs d'abeilles" le 15 mars à Paris

Publié Le 14 Mars 2016 à 12h09
 
A partir du 15 mars 2016, l'Assemblée nationale va examiner à nouveau des amendements pour interdire les insecticides néonicotinoïdes, dits tueurs d'abeilles. Ces amendements votés en première lecture de la Loi pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages en janvier ont été supprimés depuis par le Sénat. Ils sont réintroduits en deuxième lecture par des députés. Quatorze organisations appellent à manifester ce jour là pour les soutenir et voler au secours des abeilles et autres insectes.
Pour soutenir les amendements interdisant les insecticides néonicotinoïdes, quatorze organisations apicoles, agricoles, écologistes et citoyennes appellent à un rassemblement le 15 mars à 10h30 près de l'Assemblée nationale à Paris (angle des rues de Constantine et de l'Université).

 

Ecologiste engagé, le sénateur Joël Labbé a introduit en janvier 2016 des amendements pour interdire les insecticides neurotoxiques néonicotinoïdes, dans la Loi pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages. L'Assemblée nationale l'a alors suivi mais le Sénat a a retoqué les textes. Pourtant, l'ANSES venait juste de préciser qu'en l'absence de mesures de gestion renforcée, " l'utilisation des néonicotinoïdes entraîne de sévères effets négatifs sur les espèces non-cibles qui fournissent des services écosystémiques incluant la pollinisation et la lutte intégrée ".

" Depuis l'arrivée de ces produits sur le marché, nous perdons en moyenne 30% de nos ruches chaque année. Alors que dans l'île d'Ouessant où ces produits ne sont pas utilisés, le taux de mortalité des abeilles varie de 3% à 5%. C'est un taux naturel que nous connaissions avant les néonicotinoïdes ", a confirmé Henri Clément, porte-parole de l'Unaf, principal syndicat d'apiculteurs.

" Les enjeux sont énormes : les trois quarts des cultures dans le monde dépendent de la pollinisation. Au delà de la protection des espèces et de la biodiversité, c'est la sécurité alimentaire, la santé de nos concitoyens et la qualité de notre agriculture qui sont en jeu ", a-t-il ajouté.

Une centaine de produits différents contiennent les sept substances actives des néonicotinoïdes. Ils sont utilisés sur de nombreuses cultures : céréales (blé, maïs et orge surtout), betteraves, vigne, colza, tournesol, arbres fruitiers. Et également pour traiter les forêts. L'Unaf demande des statistiques d'utilisation par département mais en vain. Elle a dû saisir la Commission d'accès aux documents administratifs (Cada) et attend une réponse.
" Plus de 1100 études prouvent le danger de ces produits. Les éléments réunis par les chercheurs justifient qu'on les interdise. Il ne manque que du courage politique ", a déclaré Gilles Lanio, président de l'Unaf.

Syngenta et Bayer ont attaqué la commission européenne

L'espoir est venu en 2013 quand la Commission européenne a limité les usages de trois néonicotinoïdes. Mais sa décision a été attaquée aussitôt par Syngenta et Bayer. Les producteurs de maïs français (AGPM) ont soutenu ces firmes. L'Unaf a rejoint la procédure pour soutenir la Commission européenne, alors que le gouvernement français restait muet. L'affaire est en cours d'instruction au tribunal de l'UE et devrait être jugée cette année.

Mais depuis la Commission a pris une décision surprenante. " L'Europe est schizophrène, elle vient d'autoriser deux nouveaux néonicotinoïdes, sans être en possession de tous les éléments exigés par la réglementation européenne : sulfoxaflor et flupyradifurone ", s'inquiète le président de l'Unaf.

Le problème ne concerne pas que les abeilles domestiques mais également la faune sauvage. Malheureusement, agir pour protéger cette faune est encore plus difficile que pour protéger les abeilles.

" Les ONG environnementales ne peuvent pas attaquer en justice pour la protection de l'environnement et de la biodiversité. Pour attaquer, elles doivent prouver qu'elles sont affectées par le produit. C'est une restriction catastrophique ", a alerté Noa Simon Delso, du Centre de recherche et d'information belge CARI.

Pour soutenir les amendements interdisant les insecticides néonicotinoïdes, quatorze organisations apicoles, agricoles, écologistes et citoyennes appellent à un rassemblement le 15 mars à 10h30 près de l'Assemblée nationale à Paris (75007, angle des rues de Constantine et de l'Université).

Vous pouvez également signer la pétition Interdire les insecticides " tueurs d'abeilles ", c'est possible ! sur le site neonicotinoides.agirpourlenvironnement.org

Anne-Françoise Roger