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Politique : qui veut la peau de l'écologie ?

Publié Le 28 Février 2016 à 11h34
 
Avec la nomination de trois sénateurs au gouvernement, le groupe politique des écologistes risque fort de disparaître au Parlement. Le ministère de l'écologie n'en est plus un et Ségolène Royal va surtout devoir s'occuper du nucléaire. Le parti Les Républicains prône carrément le gaz de schiste et les OGM. Les assauts contre l'écologie se multiplient à la veille des élections présidentielles.
L'Assemblée nationale

 

Le Sénat va t-il être orphelin de son groupe écologiste ? Ils ne seront plus que neuf sénateurs à défendre l'écologie en France. Trop peu pour créer un groupe. Qu'est-ce que ça change ? Ils ne pourront plus bénéficier des prérogatives des groupes politiques et leur capacité à promouvoir ou défendre les questions écologiques en sera affaiblie (1).

En chassant des têtes dans les rangs des sénateurs écolo, le gouvernement ne pouvait l'ignorer. D'ailleurs pourquoi avoir recruté trois sénateurs et pas deux ? Pourquoi avoir boudé les députés plus nombreux ? L'analyse d'Esther Benbassa, sénatrice Europe écologie Les Verts (EELV) du Val-de-Marne, est que François Hollande " a voulu casser EELV ". Le parti, déjà mal en point, a fini d'exploser.

Que vont en penser les Français ? Que ces embauches témoignent de l'importance accordée à l'écologie ? La manoeuvre est habile. Et c'est à peine si l'on réalisera que les missions confiées aux recrutés sont hors sujet : Emmanuelle Coste est en charge du logement, Jean-Vincent Placé à la réforme de l'Etat. Barbara Pompili veillera à la biodiversité, certes en phase avec l'écologie. Mais de quel pouvoir disposera t-elle en tant que secrétaire d'Etat ? Et de quels délais d'ici les élections présidentielles ?

Ce gouvernement a choisi l'affichage plutôt qu'un travail de fond. Avec calcul. Sinon, pourquoi un référendum sur le projet d'aéroport de Notre Dame des Landes plutôt qu'une décision courageuse alors que tant d'éléments donnent raison aux opposants ? Et pourquoi pas un référendum sur l'avenir des 58 réacteurs nucléaires qui concernent bien davantage tous les Français ?

Le ministère de l'Ecologie est mort

Dans le même temps, l'écologie ne fait plus ministère. Le terme disparaît. Le nouveau ministère s'occupe de "l'environnement, de l'énergie et de la mer". Quelle différence ? L'écologie veille au respect de notre planète et de tous ses occupants. L'environnement définit ce qui nous entoure, dont la nature n'est qu'une composante. Quand plus de 50% de la population vit dans les villes, l'environnement est d'abord urbain.

La cohabitation avec l'énergie au sein d'un même ministère en devient plus facile : le précédent ministère gérait écologie et énergie. En France, l'énergie, c'est surtout le nucléaire. Et promouvoir l'écologie tout en développant le nucléaire relève de la schizophrénie.

D'autant que le nucléaire au sein du ministère prend de plus en plus de place. EDF lance un cri d'alarme : il ne peut faire face au " mur d'investissements " de 55 milliards d'euros pour sécuriser ses centrales à bout de souffle, en soutenant Areva en plein naufrage, sur fond de dégringolade boursière. On le comprend : la mission première de Ségolène Royal est de tout faire pour éviter la catastrophe... économique.

Gaz de schistes et OGM sont de retour

L'écologie est donc malmenée pour de bon. Pas que par les Socialistes au pouvoir. Le principal parti concurrent a choisi la surenchère. Luc Chatel a déclaré le 14 février que Les Républicains, dont il préside le conseil national, " doit être le parti du principe d'innovation plus que du principe de précaution, le parti du gaz de schiste, le parti des OGM, le parti des biotechs ".

Alors que les présidentielles approchent, on peut craindre de n'être qu'au début des grandes manoeuvres. On devine en sous-main les pressions des lobbys qui veulent remettre en cause ce qui a été péniblement construit pour protéger la planète et ses habitants. Comme le règlement européen sur l'agriculture biologique que le Parlement européen voudrait vider de sa substance. La mobilisation citoyenne semble bien être être actuellement le seul garde-fou à ces retours en arrière.

Anne-Françoise Roger

1) Prérogatives des groupes politiques au sénat : http://www.senat.fr/role/fiche/groupespol.html