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Pollution de l'eau par l'agriculture : il faut cesser de faire payer le consommateur !

Publié Le 4 Décembre 2017 à 17h34
 
Pollués et payeurs : ça suffit ! Une dizaine d'ONG demandent que la politique de l'eau soit complètement revue lors des Etats généraux de l'alimentation organisés en ce moment par le gouvernement. D'année en année, les pollutions provoquées par l'agriculture productiviste s'aggravent et les coûts de retraitement de l'eau flambent, sans pour autant éliminer les pesticides. La facture est essentiellement supportée par les consommateurs. Une pétition en ligne de l'UFC-Que Choisir a déjà recueilli plus de 100 000 signatures.

 

Elles sont onze ONG* à signer un communiqué commun demandant que les Etats généraux de l'alimentation (EGA) ne fassent pas l'impasse sur la protection de la ressource en eau alors que les analyses officielles témoignent d'une aggravation continuelle des pollutions d'origine agricole. Parmi elles, l'association de consommateurs UFC-Que Choisir est passée à l'action. Elle a lancé une pétition le 17 octobre pour réclamer une réforme en profondeur de la politique de l'eau en France et a déjà recueilli plus de 110 000 signatures.

Le bilan de l'agriculture intensive est catastrophique pour l'eau

Les ONG dressent un bilan catastrophique pour la ressource aquatique de plusieurs décennies d'agriculture productiviste conjuguée à " l'inaction des pouvoirs publics ". " Les pesticides sont désormais massivement présents et dépassent la norme définie pour l'eau potable, dans les cours d'eau de la moitié du territoire français et dans le tiers des nappes phréatiques ! ", rappelle l'UFC. Et la situation continue de se dégrader : " l'utilisation des pesticides a (...) augmenté de 18 % en 5 ans ", constate l'UFC.

Cette agriculture est " la principale responsable des pollutions de la ressource aquatique, à hauteur de 70 % pour les pesticides et de 75 % pour les nitrates " et elle " accapare 80 % de la consommation nette estivale de l'eau, et la moitié de la consommation nette annuelle ". Pourtant, le monde agricole contribue faiblement au retraitement de l'eau. " Les consommateurs paient, via leurs factures d'eau, l'essentiel des taxes " consommation " et " pollution " en lieu et place des principaux préleveurs et pollueurs ! ", dénonce l'association.

Les consommateurs sont peu consultés sur la politique de l'eau

La politique de l'eau est en cause. " Les aides publiques encouragent essentiellement l'agriculture intensive et insuffisamment les modèles agricoles moins consommateurs de pesticides, d'engrais et d'eau ", critique l'UFC. Les agences de l'eau, dont la principale mission est la prévention, y consacrent " à peine 30 % de leur budget ". En revanche, elles financent des retenues d'eau pour l'irrigation agricole comme le projet abandonné du barrage de Sivens (destiné à irriguer la culture du maïs, encouragée même dans les régions où l'eau est rare).

L'UFC souligne que, à l'inverse des agriculteurs, les consommateurs sont sous-représentés dans les instances qui décident de la politique de l'eau. " Ceci explique que dans 60 % à 80 % des cas les actions décidées au sein de ces structures privilégient des mesures palliatives telles que la dépollution des eaux contaminées, sans oser s'attaquer à l'origine de ces pollutions ", estime-t-elle.

Enfin, une nouvelle goutte d'eau a fait déborder le vase. Le projet de finances 2018 prévoit de piocher dans le budget des Agences de l'eau, constitué par les consommateurs et contribuables, pour de tout autres usages. La situation n'est donc pas prête de s'améliorer.

Prévenir les pollutions coûte trois fois moins cher que dépolluer

" Nous, consommateurs, qui avons été trop largement mis à contribution, refusons la fuite en avant alors que des solutions simples, concrètes et efficaces existent et coûteraient en moyenne 3 fois moins cher que les traitements actuels de dépollution ", déclare l'UFC. D'autant que la dépollution n'est que partielle. Les usines de retraitement des eaux font baisser les teneurs en nitrates pour respecter les normes mais ne sont pas équipées pour éliminer les résidus de pesticides.

Aussi, les ONG demandent la mise en place de véritables mesures de prévention des pollutions agricoles, une aide à la reconversion vers des cultures moins consommatrices d'eau et de pesticides, l'arrêt des ponctions de l'Etat dans le budget des agences de l'eau et la stricte application du principe " préleveur-pollueur-payeur ".

Au-delà de ces demandes, cette démarche met en lumière un des nombreux coûts cachés de l'agriculture intensive. Au final, manger bio coûterait sans doute moins cher si tous ces coûts cachés devenaient apparents.

Anne-Françoise Roger

* Agir pour l'Environnement, Eau et rivières de Bretagne, la Fédération Nationale de l'Agriculture Biologique (FNAB), Générations futures, la Ligue pour la Protection des Oiseaux, Nature et Progrès, le Réseau Environnement et Santé, l'UFC-Que Choisir, l'Union Nationale de l'Apiculture Française (UNAF), WECF France et WWF France