Pollution des océans : nous nageons au milieu des ordures

Publié Le 9 Juin 2011 à 15h27
 
Poussés par les vents, nos déchets finissent par se retrouver dans les fleuves puis dans les océans. On estime ainsi qu'environ 80% des débris marins sont d'origine terrestre. Chaque année, 400 à 4000 kg de déchets s'échouent par kilomètre de côte. Quels déchets retrouve-t-on dans nos océans et sur nos plages ? Comment agir contre la pollution marine ?
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Une mer de débris grandissante menace la santé des hommes, des animaux, et la survie de communautés entières qui s'appuient sur les ressources marines pour survivre. L'ONG Ocean Conservancy mène depuis 25 ans un combat sans relâche contre ces accumulations de débris : le nettoyage des plages avec l'aide de centaines de milliers de bénévoles, et la sensibilisation des hommes sur l'impact de la surconsommation. Car si nos déchets se retrouvent dans les océans, c'est bien souvent faute de recyclage ou d'éducation au respect de l'environnement. Ocean Conservancy organise ainsi tous les ans une opération de ramassage de déchets sur les plages dans 108 pays.

Des déchets qui proviennent majoritairement de la terre

Le groupe d'expert des Nations Unies sur les pollutions marines (GESAMP) estime qu'environ 80% des débris marins sont d'origine terrestre. Les 20% restant sont d'origine marine. On peut classer ces sources de pollution en quatre grands groupes :

• le tourisme côtier : détritus abandonnés par les usagers des plages, comme les restes de pique-niques, les emballages de boissons, mégots, paquets de cigarettes et jeux de plages en plastique.

• les rejets d'eaux usées : eaux provenant des déversoirs d'orage et des trop-pleins d'égouts combinés rejetant les eaux usées directement dans la mer ou les rivières en période de forte pluie. Ces eaux usées emportent avec elles des déchets tels que les ordures abandonnées dans les rues, dont des préservatifs et des seringues...

• la pêche : cordages et filets de pêche, nasses et élastiques des boîtes à appâts perdus accidentellement par les bateaux de pêche ou volontairement jetés à l'eau.

• les navires et bateaux : les marées noires dues aux naufrages de cargos sont certes spectaculaires, mais elles ne représentent environ que 5 % des populations marines, tandis que les déballastages, dégazages et autres déversements pétroliers (ports industriels, plate-forme, offshore,...) sont à l'origine d'environ 25% de ces pollutions.

Il est donc indispensable de sensibiliser à la fois les citoyens, les pêcheurs, les industriels et les gouvernements locaux. Les marées noires, souvent plus médiatisées car plus impressionnantes sont loin d'être la cause la plus importante de pollutions marines, d'après ces chiffres.

Quand les plages se transforment en cendriers...

Dans son bilan des 25 dernières années de ramassage de déchets, Ocean Conservacy a dressé un top 10 des déchets les plus courants. Et ce sont les mégots de cigarette qui arrivent sans trop de surprise en tête de ce triste palmarès. On en a ramassé près de 53 millions, soit trois fois la quantité d'emballages alimentaires ou de capsules/bouchons de bouteilles, les suivants sur la liste. Cependant, il ne faut pas croire que les fumeurs qui enterrent soigneusement leur mégot dans le sable sont les seuls responsables de cette pollution. " Un mégot jeté par terre en ville a de très fortes chances de finir sur une plage " souligne la fondation Surfriders. Comment ? Tout simplement sous l'action de la pluie ou des services de nettoyage des villes, le mégot finit dans les égouts, c'est-à-dire dans le réseau d'eaux pluviales, un réseau qui se déverse au final dans un cours d'eau ou dans l'océan. Evidemment, tout autre objet jeté sur le trottoir (chewing-gums, gobelets plastiques, ...) subit le même sort !

Les autres déchets figurant dans le palmarès des déchets les plus fréquemment ramassés sont les couverts, les sacs plastiques, les pailles, les bouteilles, les canettes ou encore les morceaux de corde. Les bénévoles tombent également sur des objets plus inattendus tels que des instruments de musique, des portières de voiture, des préservatifs ou encore des réfrigérateurs.

Les impacts de ces accumulations de déchets sont bien connus. Près de 200.000 articles recensés au cours de l'opération constituent une menace directe pour la santé publique. Les débris issus de l'électroménager, les accumulateurs, les pièces détachées de voiture et les tambours chimiques peuvent libérer des substances toxiques dans l'eau, tandis que les articles issus de l'hygiène personnelle (préservatifs, couches jetables, seringues et les tampons/applicateurs de tampon) peuvent transmettre des bactéries.

Pour Tamoy Singh, le coordinateur du ramassage en Jamaique, " les fragments de plastique sont de loin les déchets les plus présents sur nos plages. Les bénévoles étaient si fatigués de les compter qu'ils finissaient par écrire " un tas ", " énormément ", " trop pour les compter ". Nous avons dû prendre en compte cela dans nos formations pour ne pas mettre en jeu la précision du comptage."

Les conséquences les plus impressionnantes de ces poubelles flottantes sont directement observables sur la faune qui peut rester piégée ou s'étouffer en confondant ces débris avec des aliments. En 2010, 488 animaux ont ainsi été retrouvés pris au piège de débris. Parmi les espèces les plus touchées : les oiseaux marins, les poissons et les invertébrés. Mais certains mammifères tels que le dauphin et l'otarie sont également victimes de leur curiosité. " Ce sont souvent des animaux qui veulent jouer et qui se retrouvent pris au piège de leur jeu avec un élastique, une ancienne ligne de pêche " explique l'ONG Ocean Conservancy.

Comment lutter contre ces pollutions ?

Lutter contre tous ces phénomènes passe d'abord par le choix de produits non emballés. Bien-sûr, le recyclage et la pratique du troc contribuent grandement à diminuer les ordures qui peuvent se retrouver dans l'environnement. Ocean Conservancy conseille notamment d'éviter les bouteilles en plastiques en utilisant une gourde ou encore, pour les fumeurs, d'utiliser systématiquement des cendriers (de poche). Mais plus fort et plus loin que les éco-gestes, l'ONG incite à la responsabilisation de son entourage, des entreprises et des pouvoirs publics. Elle soutient notamment les nouveaux coordinateurs souhaitant organiser une opération de nettoyage. " En tant que coordinateur, vous prendrez un rôle de premier plan contre un problème que l'on peut facilement éviter " explique l'ONG sur son site. " Ocean Conservancy, vous aide à trouver des partenaires appropriés dans votre pays ou région pour procéder à une action de nettoyage. Vous n'êtes pas seul pour mener cette opération; vous recruter d'autres bénévoles motivés pour jouer le rôle de capitaines de site, qui ont la responsabilité des nettoyages localisés. "

Avec son action de lobby sur les industriels et les pouvoirs publics, Ocean Conservancy, aux côtés d'autres associations de défense du milieu marin tels que la fondation Surfriders, agit ainsi de manière déterminante pour la protection de l'environnement.

Pour plus de renseignements : www.oceanconservancy.org

Alicia Muñoz

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