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Pollution et PCB : après les poissons, c'est l'Homme qui trinque !

Publié Le 12 Avril 2010 à 13h37
 
L'Afssa a défini des valeurs d'imprégnation critiques aux PCB dans le sang. Selon l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments, les femmes qui sont enceintes ou allaitantes et les enfants de moins de trois ans doivent être mieux protégés contre les PCB, classés en tant que substances probablement cancérigènes pour l'Homme.

Interdits depuis 1987, les PCB sont des dérivés chimiques chlorés peu biodégradables qui se sont accumulés dans les organismes vivants tout au long de la chaîne alimentaire. Ils se retrouvent encore essentiellement dans les cours d'eaux français et donc dans les poissons issus de milieux pollués.

Lire "Poules contaminées aux PCB : le WWF redemande une politique de dépollution des sols"

Lire "La contamination de nos poissons d'eau douce par les PCB"

Les PCB s'accumulent dans l'organisme plus particulièrement au niveau du tissu adipeux ; ils peuvent être retrouvés à des teneurs significatives dans le lait maternel et les lipides sanguins.

Une réglementation européenne fixe des seuils maximum à ne pas dépasser dans les aliments mais uniquement sur les PCB de type dioxines et assimilés alors que les PCB regroupent 209 substances !

Les teneurs sanguines en PCB, reconnus comme probablement cancérigènes pour l'homme, dans la population générale ont diminué et se situent dans la moyenne européenne. Cependant, une minorité de la population présente une imprégnation jugée trop élevée.

L'importance de définir un seuil pour femmes et jeunes enfants

" L'ensemble des connaissances actuelles acquises à la fois chez l'homme et chez l'animal montre que le développement neurologique du foetus et du jeune enfant constitue l'effet le plus critique d'une exposition aux PCB ", souligne l'Afssa.

C'est pourquoi, sur la base des effets sur le développement neurologique de l'enfant in utero, l'Agence définit une valeur d'imprégnation critique de 700 nanogrammes de PCB totaux par gramme de lipides plasmatiques pour les femmes enceintes ou susceptibles de le devenir (fillettes et adolescentes incluses), les femmes allaitantes et les enfants de moins de trois ans.

Pour le reste de la population, l'Afssa propose, à titre indicatif, une valeur d'imprégnation critique de 1 800 nanogrammes de PCB totaux par gramme de lipides plasmatiques.

"Environ 90 % des femmes de moins de 45 ans présenteraient des taux d'imprégnation inférieurs à la valeur d'imprégnation critique de 700 ng PCB totaux /g de lipides plasmatiques; les taux d'imprégnation les plus élevés sont observés chez les hommes de plus de 45 ans, très probablement en raison du pic d'exposition aux PCB observé dans les années 1970 et du caractère bio-accumulatif de ces contaminants. Ils montrent néanmoins qu'une attention particulière mérite d'être portée au suivi de l'exposition des femmes enceintes (ou susceptibles de l'être) et allaitantes en raison de la vulnérabilité particulière du système nerveux central en développement aux effets des PCB. Les produits de la mer et notamment les poissons sont considérés comme les principaux vecteurs de l'apport alimentaire en PCB."

" Au regard des résultats du présent avis, l'Afssa recommande l'extension de la réglementation à l'ensemble des PCB, afin de mieux protéger les femmes et les enfants lorsqu'ils consomment du poisson dont le bénéfice pour la santé est avéré. Elle rappelle aussi que l'intensification de la réduction des rejets de PCB, 1er axe du Plan national d'actions sur les PCB, reste essentielle pour diminuer les expositions ", note l'Afssa.

Pour mieux évaluer le risque chez les consommateurs de poissons d'eau douce dans les sites les plus pollués, l'Afssa a engagé avec l'InVS (Institut de veille sanitaire) une étude nationale d'imprégnation sanguine aux PCB dont résultats seront connus au premier trimestre 2011.

En attendant, l'Agence préconise de consommer du poisson au moins deux fois par semaine en favorisant une consommation diversifiée des espèces de poissons et en évitant une consommation exclusive de poissons dits gras (ils contiennent plus de PCB).

Lire l'avis du 5 mars 2010 de l'Afssa relatif à l'interprétation sanitaire des niveaux d'imprégnation de la population française en PCB.

Ainsi, l'Homme paye aujourd'hui directement jusque dans son propre corps les conséquences de la pollution des océans et des rivières...

Emilie Villeneuve