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Pourquoi l'Allemagne a dit " oui " au glyphosate

Publié Le 28 Novembre 2017 à 21h16
 
Ce revirement de dernière minute, qui crée une vraie crise politique en Allemagne, peut s'expliquer en réalité facilement...
Juillet 2013. Le Groupe Bayer fête ses 150 ans avec plus de 1000 invités dont la chancelière allemande Angela Merkel.

 

Alors qu'elle s'était jusqu'à présent abstenue sur la ré-autorisation dans l'Union Européenne de l'utilisation du glyphosate, l'Allemagne vient soudain de changer d'avis. En rejoignant le camp des Etats Membres de l'UE favorables au glyphosate*, elle vient de permettre à l'UE d'atteindre une majorité qualifiée et de voter la poursuite de l'utilisation de cet herbicide par les agriculteurs conventionnels pendant encore 5 ans. Comment expliquer ce revirement ?

L'Allemagne s'est engagée dans l'écologie depuis de nombreuses années grâce notamment à l'appui et la pression des Grünen (les Verts). Juste après la catastrophe de Fukushima, soucieuse de la santé de sa population, elle a, par exemple, eu le courage de décider d'arrêter à court terme ses centrales nucléaires pour éviter les risques d'un accident.

Concernant le glyphosate, contenu notamment dans le Roundup de Monsanto, l'Allemagne a su se montrer critique vis à vis de ce produit car elle sait très bien qu'il est toxique et qu'il a été classé par le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC), un organisme dépendant de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS), comme étant un produit potentiellement cancérigène.

Elle sait très bien aussi que ce pesticide est désastreux pour la biodiversité.

La Ministre allemande de l'Environnement, Barbara Hendricks, du parti Social-Démocrate,  s'est d'ailleurs toujours opposée à ce pesticide.

Aussi lorsqu'elle a appris que l'Allemagne avait changé d'avis, elle n'a pas manqué d'accuser son collègue, le Ministre de l'Agriculture Christian Schmidt, un conservateur appartenant à la famille politique d'Angela Merkel, qui a voté " pour ", d'avoir outrepassé ses prérogatives, et d'avoir rompu la confiance au sein de la coalition gouvernementale. Le Ministre de l'Agriculture n'a rien trouvé de mieux à dire, pour expliquer sa décision, que la Commission européenne aurait fini "de toute manière par voter en faveur de la prolongation du glyphosate"...
A cause de ce dossier, une crise politique majeure est en cours en Allemagne...

L'économie l'emporte encore une fois sur la santé

En fait, la raison du vote allemand en faveur du glyphosate semble toute simple et évidente.
Il se trouve que la firme chimique, agronomique et pharmaceutique Bayer AG est allemande et qu'elle a acheté le Groupe Monsanto en septembre 2016 pour la coquette somme de 66 milliards de US dollars (59 milliards d'euros)...
Le chiffre d'affaires de Bayer était en 2016 de près de 47 milliards d'euros avec un bénéfice net de 4,5 milliards d'euros... L'entreprise employait 115 200 salariés en 2016, dont 37 000 en Allemagne.

Quant au Groupe Monsanto, en 2015, son chiffre d'affaires était de 15 milliards de US dollars. Il employait 22.500 employés, dans 66 pays. Et son chiffre d'affaires était de 15 milliards de US dollars, avec un bénéfice net de 2,3 milliards.

La fusion de Bayer et Monsanto abouti ainsi, selon Morgan Stanley, à la création du premier groupe mondial des herbicides avec 34% de parts de marché, grâce notamment au Roundup (glyphosate)...

Ces chiffres montrent, hélas, clairement, que les enjeux liés au Groupe Bayer-Monsanto et au glyphosate sont majeurs pour l'Allemagne... qui préfère donc mettre en péril la santé de sa population et des 500 millions de citoyens de l'Union Européenne pendant encore au moins 5 ans plutôt que de prendre des risques économiques...

Christina Vieira

* Quels pays ont voté en faveur de la ré-autorisation du glyphosate ?

Un total de 18 États membres de l'Union Européenne ont voté en faveur de la ré-autorisation du glyphosate pendant 5 ans : Bulgarie, Danemark, Espagne, Estonie, Finlande, Hongrie, Irlande, Lettonie, Lituanie, Pays-Bas, Pologne, République tchèque, Roumanie, Royaume-Uni, Slovaquie, Slovénie, Suède).

9 États membres ont voté contre (Autriche, Belgique, Croatie, Chypre, France, Grèce, Italie, Luxembourg, Malte).

Le Portugal s'est abstenu.