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reportage

Reportage : carnet de voyage au coeur de l'Inde bio et équitable

 
Nous avons participé à la Grande Marche Non-Violente d'Ekta Parishad pendant deux jours, une marche qui a regroupé pas moins de 50 000 personnes pour militer pour les Droits des Sans Terres.
 
William Tan Responsable Digital et Audiovisuel
Paris

William Tan est Responsable Digital et Audiovisuel chez Alter Eco. Passionné de voyages et de photographie, son métier lui donne l'opportunité de visiter des organisations de producteurs avec lesquelles Alter Eco travaille à l'étranger. De retour d'Inde, il nous transmet son carnet de voyage accompagné d'un reportage photo. En savoir plus sur le blog : blog.altereco.com

Jeudi 4 octobre, nous sommes arrivés à Gwalior, une ville indienne située dans l'état du Madhya Pradesh (l'état le plus étendu d'Inde situé au Nord) avec les agriculteurs bio de Charente-Maritime ainsi que les producteurs indiens de thé de MINERAL SPRING. Il est enfin temps pour nous de participer à la Grande marche non-violente d'Ekta Parishad pour le Droit des Sans-Terres qui a débuté depuis un jour (mercredi 3 octobre).

Nous rencontrons Yann Forget, un français installé en Inde depuis une quinzaine d'années qui mène une activité dans le tourisme solidaire et qui travaille au sein d'Ekta Parishad depuis 3 ans. Il nous accompagnera tout au long de la marche et veillera à ce que tout se déroule au mieux pendant notre participation.

Sur le trajet du bus nous menant à la marche, nous en apprenons plus sur son contexte et son actualité...

Une situation critique...

Rajagopal P.V., le leader indien charismatique de l'organisation Ekta Parishad est à la base de l'idée de cette marche. L'objectif d'Ekta Parishad (Forum de l'unité en français) est d'appeler à un changement en matière de réforme agraires qui permettrait aux populations les plus marginalisées de sortir de la pauvreté. En effet, depuis 20 ans, la spéculation foncière est très importante en Inde. Des personnes aisées achètent des terres qu'ils peuvent revendre aux industriels ou à des entreprises privées pour en retirer de grands bénéfices...

En 2007, Ekta Parishad avait déjà lancé une marche afin de revendiquer le droit à la terre pour tous et notamment pour les populations tribales Adivassi (12% de la population indienne) qui pour la plupart ne peuvent justifier d'un titre de propriété et qui se retrouvent bien souvent chassés de leurs terres même si cela peut faire des dizaines d'années qu'ils l'occupent. Cette manifestation non-violente avait réunit pas moins de 25 000 personnes entre Gwalior et New Delhi. A l'issue de cette marche avait été prononcé le Forest Rights Act visant à reconnaître des droits à certaines minorités rurales sur les zones protégées qu'ils habitent et de bénéficier ainsi de titres de propriétés.

5 ans plus tard, la situation ne s'est toujours pas améliorée... En effet, le gouvernement indien n'a pas tenu ses engagements malgré les nombreuses relances d'Ekta Parishad. Le Forest Rights Act a certes était mis en place mais c'est à peine 0,5 % des paysans sans terres qui ont obtenu des titres de propriété. De plus, il arrive que seulement quelques villageois reçoivent des titres de propriété au sein d'un même village, ce qui provoque des jalousies.
Sailesh de l'ONG DLR Prerna qui nous accompagne, nous parle de la situation au Darjeeling. Une loi indienne dit qu'après 4 ans de résidence sur une terre, celle-ci appartient aux personnes qui y résident. Cela fait au moins 150 ans que des producteurs de thé du Darjeeling cultivent leurs terres et pourtant ils n'y sont pas propriétaires...
Ekta Parishad revendique le principe à ce qu'une terre n'appartenant à personne revienne à la personne qui la travaille.

Un autre problème est celui des ressources naturelles, certains Adivassi disposent de terres mais sont dans l'interdiction d'y exploiter les ressources naturelles comme par exemple des peuples indigènes vivant dans les forêts et qui ne peuvent pas faire commerce du bois. D'autres sont dans l'incapacité de construire ou d'utiliser des puits pour irriguer leurs champs, ils doivent demander l'autorisation du gouvernement.

La marche pour la Justice : Jan Satyagraha 2012

Face à ce constat qui perdure, l'organisation EKTA PARISHAD a décidé d'organiser une nouvelle " Marche pour la Justice " Jan Satyagraha d'un mois de Gwalior à New Delhi pour faire valoir les droits des sans-terres ainsi que le droit d'exploiter les ressources naturelles.

Pendant 1 an, Rajagopal ainsi que des ONG indiennes partenaires du projet ont parcouru l'Inde à la rencontre de villageois et paysans sans-terres pour évaluer leur situation et recenser les nombreux cas d'injustices et de corruption. Ils les ont également sensibilisés sur leurs droits à la terre et les ont invités à rejoindre la marche Jan Satyagraha.

Désormais des villageois comprennent l'importance de garder leurs terres. Comme à l'image d'un village indien qui s'est vu proposé le rachat de ses terres pour la construction d'une Université et qui a refusé malgré le prix exorbitant qui lui était proposé. En effet, le village est situé près d'une route et son emplacement en fait un lieu stratégique et convoité par des entreprises privées. Ils tiennent à garder leurs terres et adoptent ainsi une vision à long-terme en assurant la pérennité du village.

Coup de théâtre, à une semaine du début de la Grande Marche, le gouvernement indien annonce à EKTA PARISHAD qu'ils sont prêts à accepter leurs revendications. EKTA PARISHAD est alors prêt à annuler la manifestation pour en faire une marche de célébration. Cependant le gouvernement ne tient une nouvelle fois pas ses promesses et refuse de signer les revendications. La marche pour la Justice est maintenue et commença le mercredi 3 octobre avec pas moins de 50 000 personnes...