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reportage

Reportage : carnet de voyage au coeur de l'Inde bio et équitable

 
 
William Tan Responsable Digital et Audiovisuel
Paris

William Tan est Responsable Digital et Audiovisuel chez Alter Eco. Passionné de voyages et de photographie, son métier lui donne l'opportunité de visiter des organisations de producteurs avec lesquelles Alter Eco travaille à l'étranger. De retour d'Inde, il nous transmet son carnet de voyage accompagné d'un reportage photo. En savoir plus sur le blog : blog.altereco.com

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 Ivan dans le village Adivasi
Ivan dans le village Adivasi

Après avoir participé pendant deux jours à la Marche pour la Justice Jan Satyagragha et avoir eu l'honneur de rencontrer Rajagopal, le leader d'Ekta Parishad, nous partons en direction d'un village Adivasi près de Gwalior afin d'en savoir plus sur les conditions d'existence de ces paysans marginalisés. Grâce au soutien de l'organisation, ce village a réussi à obtenir à la fin des années 90 des titres de propriété.

Une réalité déroutante...

Notre bus se gare au bord d'une route et des villageois s'empressent de nous attendre en bas du bus. Des femmes et des enfants viennent à notre rencontre pour mendier tout en faisant des signes de la main comme quoi elles ont besoin d'argent pour se nourrir.
Nous sommes très sollicités et contraints de devoir continuer notre chemin vers le village que nous devons visiter.

Nous entrons dans le village. Nous sommes déstabilisés à la vue des conditions sommaires dans laquelle vivent ces villageois. Les enfants ont à peine de quoi porter, les toitures des maisons sont en paille et les potagers sont désertiques. Le chef de village nous reçoit autour d'un grand arbre situé sur ce qui semble être la place du village et nous présente la situation...

Le village existe depuis 40 ans et est composé d'une trentaine de familles Adivasi. Les Adivasi sont une population tribale de l'Inde, ils sont majoritairement présents dans les Etats du Nord Est de l'Inde comme le Bihar, l'Orissa ou le Mizoram. Les autres Indiens non aborigènes ont tendance à les considérer comme des " primitifs ", ils sont classés dans la caste des " Intouchables " bien qu'eux ne suivent pas le système des castes. Le gouvernement indien a mis en place des mesures de discrimination positive envers ces populations notamment en termes d'éducation où des places leurs sont réservées dans les collèges, lycée et dans l'enseignement supérieur. Cependant, bien peu arrivent au collège, l'enseignement dispensé en primaire n'étant pas approprié à ces populations qui ne comprennent et ne parlent pas forcément les langues régionales. Le chef du village nous informe qu'il a dû arrêter l'école à l'âge de 12 ans et qu'il est encore difficile pour les enfants du village de pouvoir continuer leurs études au-delà de cet âge. En effet, pour l'école primaire des professeurs se déplacent jusqu'au village mais ils sont souvent en retard et ne restent pas plus de deux heures, ce qui ne permet pas aux enfants d'avoir un niveau suffisant pour pouvoir continuer leurs études au collège. Les professeurs se sentent impuissants et les parents alors même qu'ils n'ont pas beaucoup de ressources préfèrent envoyer leurs enfants dans des écoles privées.

Sur la place nous avons l'impression que tous les habitants du village sont venus à notre rencontre. Les nombreux enfants nous fixent avec des yeux grands ouverts et assistent calmement à notre réunion.

Yann qui travaille avec Ekta Parishad et qui nous accompagne depuis quelques jours nous fait visiter un champ à quelques mètres de la place. Les villageois y cultivent principalement des légumes et légumineuses, une culture qui est uniquement de subsistance. La région dans laquelle ils sont situés est assez désertique et les récoltes ne sont pas forcément fructueuses. Nous constatons que la terre est en surface très sèche et pourtant l'ensemencement aura lieu dans 3 jours, ils espèrent que les précipitations arriveront prochainement. Ils utilisent de plus des pesticides et semences hybrides, ce qui oblige les hommes à aller travailler dans des carrières de pierre afin de pouvoir financer l'achat de ces produits. Les femmes restant au village pour s'occuper des tâches ménagères.

En creusant la terre, on découvre un sol avec un peu d'humidité. Une source d'eau est située à quelques mètres en-dessous, mais les villageois ne peuvent pas y accéder. En effet, la construction d'une station de pompage pour exploiter la source d'eau requiert une autorisation du gouvernement, une autorisation qu'ils attendent depuis un certain temps... Les villageois sont solidaires entres-eux, l'entretien des terres se fait à plusieurs et un tracteur est loué collectivement pour labourer les champs.

Nous profitons du temps qu'il nous reste pour aller à la rencontre de ces populations. Ils vivent certes dans ce qui pourrait nous paraître comme une certaine misère mais pourtant nous ne ressentons pas foncièrement de découragement en eux. Au contraire, nous sommes touchés par cette maturité et noblesse qui s'exprime à travers leurs regards. Une rencontre qui nous a beaucoup marquée et qui nous a permise de mieux comprendre le combat que mène Ekta Parishad pour faire valoir les Droits de ces populations marginalisés.

Vers un Nouveau Monde !

Dimanche 7 octobre, c'est notre dernier jour en Inde. Pour finir en beauté notre voyage, nous décidons d'aller visiter le Taj Mahal avant de rejoindre l'aéroport de New Delhi.
Les producteurs indiens de Mineral Springs sont toujours avec nous et pour la plupart d'entre eux cela va être également la première fois qu'ils le verront.

Nous arrivons à Agra et visitons le monument tant attendu. Certains sont éblouis par sa majestuosité, d'autres sont déçus de voir toute cette industrie touristique omniprésente mais tous sont touchés par cette belle et triste histoire d'amour qui entoure le Taj Mahal.
L'histoire d'un homme qui par passion amoureuse fit ériger un immense mausolée à la mort de son épouse adorée, qui une fois emprisonné par l'un de ses fils eu pour dernière requête d'avoir une cellule avec une vue sur le Taj Mahal pour ensuite finir enterré dans un tombeau situé près de celui de son épouse !

Ce projet " Un Nouveau Monde en Marche " est aussi né de la Passion, la Passion qui nous anime au quotidien de défendre un modèle agricole à taille humaine en polyculture qui respecte les sols, les hommes et la biodiversité.
Il nous a apporté du Plaisir, le Plaisir d'assister à cette improbable rencontre d'agriculteurs français avec des producteurs indiens et de découvrir un pays surprenant qui tient tous nos sens en éveil.

Mais surtout il a vocation au Partage, le Partage de connaissances et de pratiques agricoles entre le Nord et le Sud, ce Partage qui nous a amené à développer une solidarité pour ceux qui n'ont pas de terres, de marcher avec eux pour les soutenir et d'arriver au sentiment d'appartenir à une seule et même famille.

Il est temps pour nous de quitter les producteurs de Mineral Spring, nous avons tous un pincement au coeur après tout ce que nous avons vécu ensemble. Ces producteurs nous touchent par leur gentillesse, bienveillance et leur humilité, des vrais Militants du Bonheur avec qui nous avons tant appris... Nous échangeons nos emails, numéros, profils Facebook et nous nous promettons de rester en contact.

Dans l'avion du retour, nous sommes nombreux à dormir tout au long du trajet.
Le retour à Paris est quelque peu déstabilisant par le contraste que nous ressentons en arrivant, c'est à se demander si nous n'avions pas rêver pendant 10 jours.

Après quelques jours que nous soyons revenus d'Inde, nous apprenons que suite à la Marche Jan Satyagraha, le ministre du développement rural Indien s'est engagé à une réforme agraire majeure et qu'un accord a été finalement signé ! C'est une belle Victoire pour ces milliers de paysans sans terres et autres Intouchables que relaya LeMonde.fr : http://bit.ly/W08iaw

Une heureuse nouvelle qui nous confirme que ces 10 jours passés en Inde n'était pas un rêve, que nous avions bien assisté à la lutte non-violente et persévérante de ces milliers d'hommes et de femmes n'ayant bien souvent plus que le choix d'Agir. Une belle aventure humaine à laquelle nous sommes fiers d'avoir participé et qui restera longtemps gravée dans nos mémoires.

Un Nouveau Monde est bel et bien en Marche, à nous d'y croire...

William, d'Alter Eco