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Santé : alerte aux nanoparticules de dioxyde de titane dans les bonbons

Publié Le 30 Octobre 2016 à 11h13
 
Plus de 100 sucreries destinées aux enfants contiendraient des nanoparticules de dioxyde de titane (colorant E171), un composant classé cancérigène probable par le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC), selon une étude de l'association Agir pour l'Environnement.
Plus de 100 sucreries destinées aux enfants contiendraient des nanoparticules de dioxyde de titane (colorant E171), classé cancérigène probable par le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC), selon une étude de l'association Agir pour l'Environnement.

 

A l'occasion d'Halloween, l'association Agir pour l'Environnement a enquêté pour estimer la quantité de confiseries contenant des additifs alimentaires susceptibles de contenir des nanoparticules, majoritairement le dioxyde de titane (colorant E171). Les résultats, publiés le 27 octobre, sont inquiétants : plus de 100 produits alimentaires destinés aux enfants ont été identifiés dans une quinzaine d'enseignes de supermarchés : bonbons Têtes brulées, Elodie, Fizzy, chewing-gum Airwaves, Hollywood, Freedent, Malabar, confiseries M&M's, Skittles, gâteaux LU, chocolats Milka, décorations gâteaux Vahiné...

Q'est-ce que le dioxyde de titane ?

Le dioxyde de titane (ou TiO2) est un pigment blanc se présentant sous forme de poudre. Il est utilisé dans divers domaines : en cosmétique (dans les filtres UV des crèmes solaires), dans les produits d'hygiène (notamment les dentifrices), dans les produits pharmaceutiques (comprimés pelliculés), dans le secteur de la construction (peinture blanche, ciment, les revêtements de route...)... et aussi dans l'alimentation où il rentre entre dans la composition de nombreux produits notamment sucrés et destinés aux enfants : bonbons, chewing-gums, gâteaux, chocolats, décorations pour pâtisserie. Il est considéré comme un additif alimentaire visant à rendre des aliments plus blancs ou plus brillants ou pour décliner une palette de couleurs en étant associées à d'autres colorants alimentaires.

Quelle réglementation et quels risques pour la santé ?

L'additif E171 a été autorisé en 1969, à une époque où les nanotechnologies n'avaient pas encore vu le jour. A l'époque, il a été décidé de ne pas fixer de valeur toxique de référence (VTR) du type " dose journalière admissible ". En 2006 le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) a classé le dioxyde de titane comme cancérigène possible pour l'homme (classe 2 B) lorsqu'il est inhalé - incluant ainsi l'échelle nanométrique.

"L'échelle nanométrique augmente la dangerosité du dioxyde de titane. Les particules de taille extrêmement petite (un milliardième de mètre) ont la capacité de franchir les barrières physiologiques (intestins, cerveau, reins...), de pénétrer dans l'organisme et de s'y accumuler. Des effets toxiques sont documentés : dysfonctionnement de l'ADN, stress oxydatif (interaction avec l'oxygène des cellules), réactions inflammatoires, mort des cellules (phénomène d'apoptose). Classé cancérigène probable 2B par inhalation par le CIRC depuis 2006, l'ANSES a préconisé en 2014 un classement des nanoparticules de dioxyde de titane comme substances dangereuses afin de permettre des mesures de restriction. L'institut sanitaire des Pays-Bas (RIVM) vient même d'alerter sur leurs risques pour le foie, les ovaires et les testicules !" explique Agir pour l'Environnement. L'EFSA vient cependant de ré-autoriser l'additif E171 en septembre 2016, considérant que les données disponibles sur le E171 dans les aliments ne mettent pas en évidence de problèmes de santé pour les consommateurs... tout en recommandant que de nouvelles études soient faite sur les effets possibles sur le système reproducteur.

" Il faut savoir que les industriels se montrent peu enclins à fournir aux agences sanitaires les données permettant une évaluation sérieuse. Inorganiques, les particules de dioxyde de titane sont exogènes à l'organisme et donc non métabolisables : le risque doit donc être sérieusement évalué " précise Agir pour l'Environnement.

Les enfants sont particulièrement exposés

"Les enfants sont en première ligne" alerte l'association : "ils consommeraient deux à quatre fois plus de titane que les adultes du fait de leur consommation de sucreries. Et les enfants sont plus fragiles du fait d'un organisme en plein développement."

"Comment accepter que les enfants soient les cobayes de ces substances dangereuses qui envahissent notre alimentation à notre insu ? N'ayant aucune utilité pour le consommateur tout en leur faisant courir des risques inutiles, un moratoire sur la nano-malbouffe s'impose !", s'exclame Magali Ringoot, d'Agir pour l'Environnement.

Comment protéger les enfants sans leur interdire de manger des bonbons ?

L'association interpelle aujourd'hui les industriels afin qu'"ils cessent immédiatement d'utiliser du dioxyde de titane, additif qui peut facilement être retiré ou substitué".

Après Dunkin' Donuts, Starbucks et Krispy Creme aux Etats-Unis, William Saurin et le fabriquant de bonbons Lutti viennent de s'engager en France, à retirer le dioxyde de titane de leur production d'ici décembre 2016. Les autres industriels doivent suivre !

Il faut savoir qu'il est tout fait possible de se passer de dioxyde de titane : soit il est substitué par un autre additif colorant soit il est tout simplement supprimé. De nombreuses confiseries sont produites sans dioxyde de titane et notamment les confiseries bio. Le cahier des charges de l'agriculture biologique interdit en effet l'utilisation de dioxyde de titane dans l'alimentaire.

Stella Giani

A lire en complément :

le dossier d'Agir pour l'Environnement Les nanoparticules dans l'alimentation : dangereuses, inutiles et incontrôlées Un moratoire s'impose !

- l'enquête d'Agir pour l'Environnement - Plus de 100 sucreries contiendraient des nanoparticules