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Santé : la grande oubliée de la Conférence Environnementale

Publié Le 15 Septembre 2012 à 13h31
 
Gaz de schiste, nucléaire, rénovation thermique, biodiversité... de nombreux sujets ont été évoqués lors de la conférence environnementale. La thématique santé-environnement qui préoccupe le plus les Français a cependant été "complètement occultée", selon André Cicolella, Président du Réseau Environnement Santé.
WWF France a publié le 12 septembre dans le journal Le Parisien un sondage IFOP exclusif réalisé pour le WWF et Rassemblement pour la planète (qui rassemble 5 ONG, Écologie Sans Frontières, Générations Futures, Réseau Environnement Santé (RES), Respire et Robin des Toits) sur les thématiques environnementales prioritaires pour les Français.

Cette enquête révèle que parmi les 5 thématiques des tables rondes prévue lors de la conférence environnementale (santé/environnement, gouvernance, fiscalité écologique, biodiversité, énergie), les relations entre santé et environnement sont la priorité de 52% des personnes interrogées (dont 63% pour les femmes et 41% pour les hommes).

" Tout le monde voit bien que le nombre de cancers et maladies respiratoires explose, qu'il y a aujourd'hui en France 42 000 morts prématurées liées aux particules fines des diesels et les Français ont bien compris qu'on ne peut pas vivre en bonne santé sur une planète malade. " souligne le directeur général du WWF France, Serge Orru.

L'enquête révèle que ce sont les femmes qui ont une sensibilité nettement supérieure à la question (63% pour les femmes contre 41% pour les hommes). "Cette sensibilité féminine plus forte est sans doute due au fait qu'elles donnent la vie et quelles sont en première ligne pour gérer les maladies des enfants" précise le WWF.

La transition énergétique arrive en seconde place avec de 24% des suffrages

Les trois autres tables rondes (biodiversité, fiscalité écologique, gouvernance), jugées moins urgentes par les Français, font des scores en dessous des 10%.

Thématique santé-environnement :  le problème a été soulevé... et reposé !

A la sortie de la table ronde "Prévenir les risques sanitaires environnementaux", André Cicolella, Président du Réseau Environnement Santé, était furieux de ne pas avoir été écouté : "On ne définit pas la politique de santé aujourd'hui sans intégrer tous les facteurs de risques environnementaux que l'on connait aujourd'hui. J'ai rappelé la déclaration de l'OMS sur l'épidemie de maladies chroniques, j'ai évoqué les problèmes liés aux perturbateurs endocriniens, au bisphénol A, mais on m'a empêché de parler, c'est invraisemblable, on m'a empêché de prendre la parole. On a eu un débat ridicule sur l'épidémie de cancers, j'ai eu l'impression de revenir dix ans en arrière. J'ai entendu des propos négationnistes sur ce sujet, c'est incroyable. Je constate qu'il y a un décalage entre la déclaration de François Hollande qui a évoqué la thématique santé-environnement et la déclaration des ministres. Le changement de cap évoqué par le Président n'est pas pris en compte par cette commission, c'est très clair. Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes. La ministre de la santé se satisfait d'un système de santé basé sur le soin. Les Français attendent des décisions en matière de santé, et qu'est-ce qu'on va leur dire à la sortie de cette conférence ? Rien n'a avancé. L'absence de prise en compte de l'épidémie de maladies chroniques est aberrant."

L'enjeu Santé Environnement, un enjeu économique et social

La santé environnementale doit pourtant être mise au coeur des politiques publiques pour répondre à la fois à la crise écologique et à la crise sociale.

La crise écologique se développe à travers trois composantes : dérèglement climatique, épuisement des ressources naturelles et chute de la biodiversité. Elle doit aujourd'hui être complétée par une 4ème : la crise sanitaire. La traduction la plus évidente aujourd'hui de celle-ci est l'épidémie mondiale de maladies chroniques que l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) qualifie de " principal challenge auquel doit faire face l'humanité en ce début de 21ème siècle". Maladies cardio -vasculaires (MCV), cancer, diabète et obésité, maladies respiratoires, maladies mentales ... ont en effet supplanté les maladies infectieuses au cours du siècle dernier sur l'ensemble de la planète et pas seulement dans les pays du Nord.

L'épidémie de maladies chroniques fait imploser les systèmes de santé et d'assurance maladie. Il est urgent que la politique de santé aujourd'hui quasi-totalement axée sur le soin soit dotée d'un second axe " Action sur les causes des maladies ". Les maladies chroniques touchent 24 millions de personnes et représentent 83 % des dépenses de santé dont 62% au titre des Affections de Longue Durée. Sur la période 2004-2009, la seule croissance intrinsèque du nombre de cas de MCV, diabète et cancer (en excluant donc le changement démographique) représente un surcoût supplémentaire total de 8,39 milliards, soit un montant correspondant à celui du déficit de l'assurance maladie. La pollution de l'air tue prématurément 40 000 personnes par an en France, 400 000 en Europe (Aphekom, 2011) et plus de 2 millions dans le monde ce qui selon l'OMS la range au 13ème rang des causes de pathologies mortelles chez l'Homme. L'espérance de vie pourrait augmenter jusqu'à 22 mois pour les personnes âgées de 30 ans et plus, si les niveaux moyens annuels de particules fines PM2,5 étaient ramenés au seuil de 10 μg/m3, valeur guide préconisée par l'OMS. Le respect de cette valeur guide se traduirait par un bénéfice d'environ 31,5 milliards d'euros.

"Cette crise sanitaire impacte l'ensemble de l'économie et du champ social. En priorité, elle met en péril les systèmes de santé et d'assurance maladie qui se sont construits dans l'après-guerre dans les pays développés sur un paradigme biomédical reposant sur le rôle quasi-exclusif du soin dans une politique de santé. Ces systèmes sont la colonne vertébrale de nos sociétés, car ils assurent la protection de chaque être humain face aux aléas de l'existence. Répondre à la crise sanitaire c'est une façon de répondre aux trois autres crises écologiques en même temps qu'à la crise sociale, en évitant que la réponse à l'une d'elle se fasse en aggravant les autres" explique le Réseau Environnement Santé.

En attendant qu'André Cicolella soit enfin entendu par le gouvernement, les Français vont devoir continuer à supporter que plus de 1000 nouveaux cas de cancers apparaissent chaque jour en France(*) sans qu'une réelle politique de prévention environnementale soit mise en oeuvre...

Stella Giani

(*) source : Réseau Environnement Santé