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Santé : les pesticides sont responsables de troubles de l'activité cérébrale

Publié Le 2 Juin 2012 à 08h09
 
Après les cancers, maladies respiratoires et cutanées, un nouveau mal s'ajoute à l'interminable liste des effets nocifs des pesticides sur la santé... Et une fois de plus, les agriculteurs sont les plus exposés.
Un agriculteur, membre de l'association Phyto-victimes qui a manifesté contres les pesticides lors du Salon de l'Agriculture 2012 à Paris
DOSSIER SPECIAL

Un rapport de l'INSERM (Institut national de la santé et de la recherche médicale) baptisé Phytomer et présenté ce mercredi 30 mai à Paris, montre que les agriculteurs et en particulier les viticulteurs peuvent subir une perte de leurs capacités cognitives ainsi que des déficiences cérébrales, en raison de leur contacts avec les pesticides.

Diminution des performances cognitives

L'étude financée par l'Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire, de l'alimentation, de l'environnement et du travail), s'appui sur une enquête portant sur un échantillon de 929 agriculteurs âgés de 42 à 57 ans. Ces derniers, exerçant dans le département de la Gironde, ont été suivis sur 12 années. Isabelle Baldi et ses collègues de l'INSERM de Bordeaux ont utilisé des outils de mesure de l'exposition aux pesticides qu'ils avaient spécifiquement développés pour cette étude. Après quatre ans, des tests neuropsychologiques révèlent que certains vignerons montrent déjà des signes de baisses des performances cognitives. Cela se manifestait entre autres par une baisse de la mémoire, de la concentration ou de la simple vigilance. Les derniers relevés de l'étude font état de 50% de ces vignerons concernés par une détérioration notable du fonctionnement du cerveau.

Et si le doute subsistait encore sur la nocivité de ces produits chimiques, les chercheurs affirment qu'au terme de ces douze années près de la moitié des viticulteurs ont souffert d'une détérioration de leur santé.

Conscients qu'il s'agit-là d'accablantes conclusions, les chercheurs précisent que les principaux facteurs susceptibles de biaiser les résultats tels que l'âge, la consommation d'alcool, la durée de l'exposition, ou encore le manque de stimulation lié au niveau d'études, ont été soigneusement pris en compte dans cette étude.

Alzheimer et Parkinson dans la balance

Toutefois, si elle constitue une nouvelle pièce à conviction prouvant l'impact néfaste des pesticides sur la santé des agriculteurs, plusieurs questions demeurent sans réponse. Quelles sont les molécules précisément responsables des troubles de l'activité cérébrale ? Les effets observés sont-ils proportionnels à la dose de produits phytosanitaires avec lesquels les agriculteurs sont en contact ? Comment s'effectue la contamination ?

Pour les chercheurs de l'INSERM, les résultats de cette enquête posent aussi la question de " l'évolution éventuelle de ces troubles vers des maladies neuro-dégénératives, comme Alzheimer ou Parkinson ".

L'objectif de l'équipe bordelaise est donc dorénavant de persister dans l'analyse des données les plus récentes afin d'établir une éventuelle relation de cause à effet avec l'apparition de ces maladies neuro-dégénératives.

Alicia Muñoz