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Sécurité nucléaire : les Etats découvrent enfin la nécessité de collaborer

Publié Le 8 Juin 2011 à 16h02
 
Il aura fallu trois catastrophes nucléaires majeures, Three Miles Island, Tchernobyl et Fukushima pour que les États prennent la vraie mesure des risques du nucléaire et comprennent la nécessité de travailler ensemble à l'échelle mondiale. A l'initiative de la France, 35 pays viennent de se réunir à Paris et proposent des solutions pour améliorer la sûreté des centrales.

Si " le vrai peut quelquefois n'être pas vraisemblable "* l'inimaginable peut quelquefois être vrai. Et c'est exactement ce qui s'est passé à trois reprises dans des centrales nucléaires.

Dans chacun des cas l'accident ne pouvait pas se produire. Tout avait été prévu, organisé, planifié... Mais voilà, le sort en a décidé autrement. Et comme les protocoles d'expertise nucléaire disent qu'il ne faut pas prendre en compte les accidents invraisemblables, ni la fusion d'un réacteur à Three Miles island, ni la grossière erreur humaine de Tchernobyl, ni le tremblement de terre suivi d'un énorme tsunami à Fukushima n'ont été anticipés par les concepteurs des centrales nucléaires. Et nous avons vu ce qui s'est passé.

Mais cette fois, incontestablement, la catastrophe du Japon, le pays des technologies les plus avancées, a provoqué un électrochoc chez les responsables politiques du monde entier qui ont pris soudain conscience que l'atome est une énergie bien particulière que l'homme, en cas d'accident majeur, ne parvient plus à maitriser.

Nathalie Kosciusko Morizet , notre Ministre de l'Ecologie qui vient d'organiser à l'OCDE à Paris, en prolongement du G8/G20 qui s'est tenu à Deauville, un séminaire Ministériel sur la sûreté nucléaire en présence des représentants de 35 pays, vient d'ailleurs de reconnaitre " qu'il n'est plus possible de penser comme on pensait avant Fukushima " . " Ce que nous avons appris de cette catastrophe, ce qu'il faut en retenir, a-t-elle ajouté, c'est qu'il suffit d'un accident dans une centrale pour avoir des conséquences terribles et irréversibles sur l'humain et sur l'environnement ".
Les deux précédentes catastrophes n'avaient donc visiblement pas suffit...

Revoir toutes les règles de sécurité

Les règles mondiales de la sûreté nucléaire doivent être de toute évidence, enfin, revues à la lumière de ce qui s'est passé, tant en ce qui concerne la prévention des risques que la gestion gobale des accidents, ont estimé les participants au séminaire, qui reconnaissent en creux que ces règles sont pour l'instant bien insuffisantes.

Les 35 pays rassemblés ont donc décidé de progresser ensemble sur la mutualisation des moyens et des connaissances, sur les audits de sûreté, sur la transparence ou encore sur les dispositifs de solidarité technique et humaine en cas de crise.

Les participants, qui regroupent les pays du G8 et les pays membres de l'Agence de l'OCDE pour l'énergie nucléaire (AEN), se sont appuyés sur les conclusions du G8 de Deauville (qui s'est tenu le 27 mai dernier) pour faire avancer ce débat. Et à l'issue de cette réunion, ils proposent un ensemble de mesures censées nous rassurer.

Prévenir les risques

Ainsi, en matière de prévention des risques nucléaires, un large consensus s'est dessiné pour que tous les pays disposant d'installations nucléaires réalisent des audits de sûreté ou " tests de résistance " afin d'évaluer leur niveau de sûreté et de tester leur capacité à résister à des événements majeurs.

Mais le risque lié aux attentats, ou au crash volontaire d'un avion sur les réacteurs, n'a pas été retenu par l'Europe dans le cahier des charges pour les " stress tests ". Ce risque doit sûrement faire partie des risques invraisemblables...

Les pays participants ont également rappelé l'importance de " réaliser dans chaque pays des revues périodiques de la sûreté de leurs installations, à chaque étape de leur exploitation, examinant l'ensemble des composants des installations, et s'assurant de leur bon fonctionnement ".

Mais la France, par exemple, via Aréva et EDF, qui assure la gestion des centrales ne cesse de répéter que nos centrales sont déjà constamment contrôlées, et bénéficient en permanence de tous les progrès technologiques possibles.

Mais doit-on faire totalement confiance aux opérateurs pour savoir si tout va bien dans les centrales dont ils assurent la gestion? Pour les participants la réponse est non. Et ils estiment qu'il est nécessaire de renforcer le rôle global et les missions de l'Agence internationale pour l'énergie atomique (AIEA) et en particulier les systèmes d'évaluations (des cadres nationaux de sûreté, des installations nucléaires) qu'elle pilote.

Ils considèrent qu'il est également " nécessaire de renforcer les activités de sûreté nucléaire de l'Agence de l'OCDE pour l'énergie nucléaire (AEN) visant une plus grande harmonisation des pratiques en matière de sûreté ".

Dans ce sens la France a demandé à l'AIEA de revoir ses standards de sûreté à la lumière de l'accident de Fukushima et de veiller à leur bonne application. En particulier, comme demandé par le G8, l'AIEA est invitée à revoir ses standards sur la construction et l'exploitation des centrales nucléaires en zones sismiques, et en tenant compte de l'impact global d'événements naturels.

Mieux gérer les catastrophes

En matière de gestion de crise en cas de catastrophe, les participants ont par ailleurs bien compris qu'il était devenu nécessaire d'organiser la solidarité internationale face à ce type d'accident, " en développant des équipes d'intervention rapide et en prévoyant de mutualiser leurs dispositifs de secours et d'assistance ". Le Japon a été un très mauvais élève sur ce plan car il n'a autorisé l'aide internationale que trop tardivement.

Les participants au séminaire souhaitent enfin que des formations à la gestion de crise soient menées au niveau international, pour mutualiser au maximum les expériences ; que les procédures de gestion de crise soient harmonisées (par exemple faire en sorte que les rayons d'évacuation autour des centrales ou les seuils à partir desquels ingérer de l'iode soient cohérents entre pays proches géographiquement), et que la coopération entre les cellules de crise soit facilitée.

Ces recommandations seront transmises à l'AIEA, qui organise du 20 au 24 juin prochain à Vienne une réunion internationale qui devrait mettre en place des solutions concrètes pour renforcer la sûreté nucléaire à l'échelle mondiale.

Il aura tout de même fallu attendre trois catastrophes majeures pour en arriver là. Mais il est fort à craindre que l'entente entre les pays qui veulent sortir du nucléaire, ceux qui hésitent, et ceux qui veulent poursuivre, soit très difficile à trouver.

Christina Vieira

*Boileau. Art poétique. Chant III