reportage

Vulnérabilité et adaptation au changement climatique dans le bassin du Mantaro, Pérou.

 
Centre de l'IGP (Institut géophysique du Pérou)
 
Nicolas Deburge Reporter
Paris

Avec un diplôme de l'ESC Bordeaux et un master en communication de l'université Pompeu Fabra de Barcelone, il réalise aujourd'hui, dans le cadre de son association Résolutions Ecologiques, un premier voyage responsable à travers l'Amérique Latine et l'Asie, sur une durée de 1 an, intitulé "Resolutions Ecologiques, un voyage sur les traces du changement climatique ." www.resolutionsecologiques.com

 

Première considération : la nécessité d'impliquer les populations dans les projets d'adaptation.

Une part importante du projet consiste à étudier la gestion des ressources en eau par la population. A Huancayo, ce sont les femmes qui utilisent ces ressources pour réaliser toutes les tâches ménagères (cuisine, lessive, bain des enfants etc.) mais tout en en étant responsables, elles n'en ont pas la gestion effective (à titre d'exemple, les factures restent au nom du mari). Une autre caractéristique importante de Huancayo est le lien fort maintenu par les habitants avec la nature. Les femmes se rendent régulièrement au fleuve pour faire la lessive, et ce sont donc elles qui peuvent remarquer en priorité une modification du débit.

Alejandra insiste sur les habitudes des populations car celles-ci ont trop souvent été éloignées des projets d'adaptation. En effet, l'IGP considère que les mesures d'adaptation, plutôt que de se focaliser comme c'est souvent le cas sur de grands projets d'infrastructures comme la construction de digues, doivent d'abord s'intéresser aux modes de vie des populations touchées en les impliquant et en les associant au travail des institutions, à l'éducation, et notamment en donnant plus de marge de manoeuvre aux femmes. Et quand on réalise des projets infrastructurels comme les digues, ponts ou réservoirs, la population doit au moins savoir ce qui est en train de se réaliser.

Alejandra me raconte qu'en 1991, un bloc du glacier tomba dans la lagune à côté de la ville, inondant certains quartiers. Les autorités lancèrent alors des travaux de construction de grandes digues, sans en prévenir la population. Il en découla un grand mécontentement, les riverains se constituant en association organisèrent des manifestations et déposèrent des plaintes. Les infrastructures construites leur ont probablement sauvé la vie, remarque Alejandra, mais les habitants pensent encore aujourd'hui que ces travaux n'ont servi qu'à remplir les poches d'une poignée de hauts fonctionnaires et d'hommes d'affaire. On voit trop souvent un certain mépris chez les ingénieurs chargés de ces projets, qui considèrent les populations locales comme des ignorants dont l'avis ne compte pas, regrette-t-elle.


Première phase du projet : la mise au point de prévisions saisonnières fiables

Des réflexions menées par l'IGP, il est également ressorti l'importance de disposer de prévisions saisonnières des températures et précipitations dans le bassin du Mantaro. Ce volet, qui constitue la première phase du travail de l'IGP, est en cours et doit durer encore un an. Mais les scientifiques de l'Institut se rendent compte dès maintenant que même avec des prévisions fiables, il n'est pas certain que les populations vont les utiliser et modifier leurs habitudes agricoles en conséquence.
Le volet des prévisions météorologiques ne marque donc que le début d'un processus beaucoup plus long destiné à le faire connaître, valider et utiliser par les populations locales. Sur ce point, l'IGP ne travaille pas directement en contact avec les agriculteurs, mais en partenariat avec d'autres instituts de recherche qui en seront les utilisateurs finaux et qui, eux, maintiennent un contact suivi avec les agriculteurs. Le processus actuel est de savoir comment le travail de l'IGP peut servir à ces institutions et comment il peut être amélioré.